Interfeel a deux ans ! Les leçons tirées.

Hello !

Anniversaire aujourd’hui ! Nous fêtons les deux ans de la sortie d’Interfeel, premier du nom ! (la famille s’est aggrandit depuis).

Snif… je l’ai connu il était… de la même taille en fait. D’ailleurs, avec la version poche, il est plus petit maintenant. Mon livre, c’est Benjamin Button.

J’avais déjà fait un long article de remerciements. Tous ces remerciements sont toujours d’actualité. Interfeel a continué sa vie, malgré la présence d’un virus qui ne manque définitivement pas d’air, et qui a souffleté toutes ces belles activités pendant plusieurs mois.

Cette année, autre approcheJ’ai écris quatre romans depuis (notamment Interfeel 2, 3 et 4), et chaque nouvelle page rédigée a apporté son lot d’expérience. Le temps ayant fait son office, J’ai pu tirer des leçons et des erreurs de mon premier livre. Je vais donc effectuer un retour critique et honnête d’Interfeel 1, pointer en avant des erreurs que je vois maintenant, dans ce premier livre. J’espère que cette auto-pinaillage vous apportera quelques graines de réflexion (des graines pour éviter de se planter, c’est plutôt cocasse).

L'échange de graines
Espérons qu’il ne sorte pas que des navets

Interfeel 1 : les défauts.

Les persos

Quoi ? Ils sont pas beaux, mes héros ?

L’un des défauts qui revient le plus souvent, en parlant d’Interfeel 1, ce sont que les personnages ne sont pas assez développées. Chose intéressante, cette critique vient de moi et de certaines lectrices et lecteurs. Constat unanime ! Mais alors, pourquoi ? Il y a deux raisons : l’une volontaire, l’autre non.

Volontaire

Pour résumer grossièrement, il y a deux types de personnages dans Interfeel 1, les adolescents, et les adultes.

Je n’invente pas l’eau chaude, me direz vous, mais pour en rajouter au moulin, je précise : cette distinction ne se fait pas que sur l’âge, mais sur la nature même des personnages. Les adultes ont déjà leur personnalité définitive, arrêtées. Celle des adolescents est en devenir.

Prenez Kassandra Kacem (la commissaire des Forces Spéciales). Son caractère est déjà forgé, figé, par des années de guerre et les épreuves surmontées. Ce que nous allons apprendre au fil de ce livre (et des autres), c’est sont les nuances de son caractère. Elle n’est pas que autoritaire. Elle n’est pas que rigoriste. Vlad Ekaton (son assistant), c’est pareil : sa personnalité est déjà élaborée au début de l’histoire. Ce qui évolue, c’est notre perception de celles, au fil des pages (et elle ne fait pas plaisir à voir !).

De l’autre côté, nous avons les ados : Nathan, Adila, Livia, Nadem, Hanek et Elizabeth. Eux sont à l’orée de leur « aventure initiatique ». Ils n’ont pas encore les qualités inhérantes aux héros : ils les acquéreront au cours de l’histoire. Au début de celle-ci, ils sont encore « neutres », sentiments renforcés par le Réseau Social Interfeel, qui annihile toute tentative de distinction individuelle. Nous l’allons pas découvrir leur personnalité : nous allons suivre leur évolution jusqu’à l’âge adulte.

Coucou, mon vieil ami.

Voilà pourquoi, à l’origine, ces héros peuvent faire pâles figures : ils ne sont pas encore, ou pas totalement, eux. Chose heureuse : dans tous les retours que j’ai lu sur le Tome 2, cette perception disparaît. Tant mieux : avec le 3, ce sont les livres qui font la part belle à leur évolution. Je deviens jardinier, pour les connaisseurs.

Mais mais mais…

Je serai de bien mauvaise foi en affirmant qu’il s’agit là de la seule raison du « non développement » de mes personnages ! Très clairement, et malgré mon beau discours précédent, j’aurai pu y mettre du mien, pour qu’ils soient un peu plus « eux », dès les premières parge d’Interfeel. Pourquoi ne l’ai-je pas fait ?

Les raisons involontaires.

Créer un nouvel univers, c’est mastoque. Vraiment. Surtout quand on a l’esprit un peu tatillon, et qu’on veut que tout coïncide : les évolutions technologiques, la nourriture, la politique, l’urbanisme, la psychologie… et le système Interfeel. Dans la construction minutieuse de cet univers, les personnages sont passés, un peu, au second plan (j’étais plus architecte, à cet époque, toi même tu sais).

J’ai écris Interfeel 1 entre 2013 et 2014. C’était grosso modo mon premier bouquin. Je n’avais clairement pas l’expérience, à l’époque, pour me concentrer aussi bien sur les personnages que sur la construction de l’univers.

J’espère l’avoir fait sur les livres suivants. Je dis souvent que la saga d’Interfeel se découpe en trois cycles. Le Tome 1, premier cycle repose sur le système Interfeel. Les Tome 2 et 3 se concentrent sur les personnages. Le Tome 4, final, dressera un portrait de la société. Ce découpage est l’image de la critique sur les personnages : volontaire et involontaire. Il est un moyen pour moi de me concentrer sur une chose à la fois, de le développer à fond et d’avoir, une fois l’oeuvre achevée, couvert tout ce que je voulais exprimer.

Ce qui ne veut pas dire que je ne parlerai pas d’Interfeel sur les Tome 2 et 3, ou que les personnages disparaîtrons dans le dernier volume ! Le focus sera simplement différent.

Avec le recul…

Aurais-je pu parler autant du système Interfeel tout en développant davantage les personnages, dans le Tome 1 ?

On ne va pas refaire l’histoire (lol). Mais avec l’écriture de quatre autres bouquins dans les pattes, je sais désoramis quelle aurait été ma méthode pour mieux développer les personnages tout en gardant cette prédominance du réseau, dans le Tome 1.

On va considérer la construction d’un livre comme un mille feuille.

Le Gâteaux individuels | Boulangerie-Pâtisserie Nonnet
Et techniquement, s’il y a mille feuilles, c’est déjà un gros livre.

Une première feuille, c’est Interfeel. Une autre feuille, c’est un personnage, une autre feuille, un second personnage, la troisième feuille correspond à un lieu, etc.. Un bon livre possède un juste équilibre entre ces différents niveaux. Les personnages sont développés, et l’histoire est intéressante, et les lieux sont pertinents. Libre à chacun, ensuite, de se concentrer sur tel ou tel aspect de son histoire (plus développer les personnages / les lieux / l’histoire). L’important était que cela reste digeste.

Mon erreur a été de vouloir travailler sur toutes les feuilles en même temps : faire avancer l’histoire en même temps qu’expliquer l’univers en même temps que développer mes personnages. Par conséquent, et sans m’en rendre compte, je me suis concentré sur Interfeel, sur le réseau, au détriment de mes personnages.

En gros, j’ai écris mon livre comme si j’étais en train de me livre.

J’avançais dans l’histoire, en pensant, à tout moment, à tous les curseurs. Je déconseille absolument cette méthode. Outre le fait que cela va vous prendre monstrueusement la tête, vous ne pouvez pas penser à tout, tout le temps. Spoiler : même si votre narrateur est omniscient, vous n’êtes pas Dieu.

Ce que j’aurai du faire, ce que je fais maintenant pour le Tome 4, c’est de bosser déjà les idées générales de mon histoire. Des indication sur mes personnages, sur les lieux, vont poper. Je les mets dans un coin de ma tête / de mon ordi ; j’y reviendrai plus tard. Puis je fais un premier jet, qui est proprement dégueulasse, MAIS qui permet au moins d’assembler les différentes couches. Ensuite, je peaufine. J’affine les personnages. J’affine les lieux. Et oui : écrire, c’est l’art du repassage. Qui l’eut cru ?

The Most Clever Laundry Hacks You've Never Heard Of
Pas d’excuse : vous avez un livre à écrire.

Cela peut sembler plus long que l’écriture « d’un coup ». Mais le temps n’est pas le seul critère. La qualité finale s’améliorera avec cette méthode. Aussi (et surtout) votre sérénité sera plus grande en tant que créateur. Vous vivrez beaucoup mieux votre travail si vous ne vous prenez la tête que sur un seul thème en même temps.

2. Seconde critique : trop d’action.

Rambo III (1988) - A Review
Passage typique du livre Interfeel (non).

Une autre critique est souvent survenue : trop d’actions, de rebondissements, on n’a pas le temps de voir ce qu’il se passe ou d’apprécier une situation. Et… c’est une remarque également pertinente !

Mais alors, pourquoi donc ai-je mis ce déferlement de renversements dans Interfeel ?

Explication en trois points…

  • Quand on sort son premier livre, on a envie qu’il plaise. C’est tout simple, et ça explique beaucoup. Cela m’a incité à mettre des coups de théâtre, des « pages turners », généralement à la fin des chapitres. Quand on écrit, quand on débute au moins, on veut que le lecteur soit happé par notre histoire. Qu’il ne puisse lâcher le livre. Et pour cela, quoi de mieux que ce suspsens intenable ?
  • Cela est aussi dû à mon passé de novellistes : en écrivant Interfeel 1, j’ai souvent considéré chaque chapitre comme une nouvelle, avec son propre rythme, sa propre tonalité… et sa conclusion, généralement accrocheuse.
  • J’étais aussi dans une période de ma vie où j’adorais cette notion de rythme, de cliffhangers qui vous scotchaient à votre siège. Forcément, quand on écrit, nos propres aspirations transpirent.

Revers de la médaille : à l’instar d’un trampoline, trop de rebondissements usent les ressors narratifs de votre histoire. La répétition fatigue. Vous connaissez tous des séries télés qui usent et abusent de ce même stratagème avant chaque coupure pub : musique intense, situation dangeureuse, noir. Ainsi, vous restez pendant les réclames, le temps que Lactel vous disent que vous le valez bien, ou que l’essentiel est dans l’Oréal. Ces rebondissements deviennent des stimulis. Usés, ils ne vous accrochent que par habitude.

(Pour ma défense, et contrairement à beaucoup de ces « shows », tous mes rebondissements étaient construits et ne faisaient réellement avancer l’histoire, alors que certaines séries se contentent de faire des fausses frayeurs sans conséquence histoire que vous restiez jusqu’à la fin).

Outre mon plaisir personnel (clairement), l’utilisation de ces procédés de rythme est avant tout mis pour rassrer l’écrivain débutant : être certain que le lectorat ne décroche pas, que le roman ne tombe pas des mains. Plus serin désormais, je me suis employé à ralentir le rythme des tomes 2 et 3, pour entrer plus profondément dans l’histoire, m’approcher des personnages, et ne pas rester qu’à la surface des plots twists…

Quelle leçon tirer de cette « surabondance de rythmes » :

C’est simple : faîtes vous confiance. Parfois, il veut mieux un ou deux chapitres avec moins de rythme, mais qui installent plus profondément les personnages, et les enjeux. L’implication des lectrices et lecteurs sera plus profonde. Clairement, ils plongeront dans votre histoire ! Le maigre risque que vous prenez, de voir quelques personnes quitter votre livre, vous le compenserez rapidement, car quand tant d’autres s’investiront dans votre univers. A réfléchir !

Voilà ! J’espère que ce retour introspectif vous aura plu ! Je pense que c’est un exercice intéressant à faire pour toute autrice et auteur : cela permet de prendre du recul, de voir le chemin parcouru, et de faire preuve d’un peu de modestie :).

Attention !

Deux précisions : je n’ai pas souligné toutes les critiques portées sur Interfeel 1. Certaines, par exemple, parlaient de leur déception de voir l’histoire aller dans un sens et pas dans l’autre. Je ne parle pas de ces retours, car il s’agissait d’un choix légitime de ma part. Je voulais que l’histoire évolue ainsi. Pas de regret. Par contre, j’aurai aimé plus développer mes personnages, mais je n’en avais pas les compétences à l’époque. Donc j’en parle.

C’est très important : toute critique n’est pas à prendre au pied de la lettre (lol). Elle doit souligner quelque chose que vous auriez aimé faire, sans y parvenir. Si une personne est en désaccord avec certains de vox choix assumé, c’est très différent.

Je souligne également que ces critiques sur Interfeel sont non seulement minoritaires, parmi tous les retours que j’ai eu, et que certaines, beaucoup même, ont au contraire adoré le rythme du premier tome. Et c’est un point essentiel à ne pas oublier. On est plus enclin à commenter lorsque nous n’avons pas aimé, et nous, autrices et auteurs, avons tendance à surestimer les retours négatifs. Qui n’a jamais eu son moral en joie après plusieurs supers retours flamboyants, retomber à terre après la découverte d’une seule critique incendiaire ? Notre perception de l’éloge et de critique ne sont vraiment pas les mêmes, ne l’oubliez pas.

Nous devons, autrices, auteurs, prendre du recul. Ne vous laissez pas (trop) affectés pas la critique. Jugez-là. Si elle vous semble pertinente, utilisez là.. ou pas ! Ce choix n’appartient qu’à vous !

A très bientôt !

A propos Antonin Atger

Ecrivain, mon livre Interfeel est disponible aux Editions Pocket Jeunesse : https://www.lisez.com/livre-grand-format/interfeel/9782266248280
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