Mais au fait, qu’est-ce que j’étudie pour ma thèse en psychologie sociale sur les théories du complot ?
Pour le dire simplement, j’explore la relation entre la pensée complotiste et les valeurs politiques.
Très concrètement j’ai effectué une succession d’études pour étudier comment ces éléments s’influencent et s’associent.
Première étude.
Il s’agissait d’un questionnaire donné à un vaste échantillon pour mesurer 1) le complotisme 2) de nombreuses valeurs politiques : conservatisme, populisme, autoritarisme de droite (RWA), théorie de la dominance sociale (TDS), Anomie, peu de contrôle et incertitude politique.
Le but ? Voir si une corrélation existait entre 1) et 2).
Ce que l’étude a montré, c’est que les corrélations existaient, mais surtout « en fonction du type de complotisme ».
Car mes résultats s’expliquaient bien mieux si on les considérait en deux groupes plutôt qu’un seul.
Le premier groupe concerne les personnes qui vont penser au complotisme de manière verticale avant tout, c’est-à-dire imaginer une élite malfaisante écrasant le peuple.
Le second groupe se concentre davantage sur des groupes minoritaires (religieux, LGBT), tentant de renverser l’ordre établi (parfois avec l’aide des élites).
Mon étude a montré que les deux groupes n’ont pas les mêmes relations avec les valeurs politiques !
Le groupe 1 (complotisme vertical) va être sensible à l’anomie, au RWA, au populisme. C’est logique, le populisme présuppose une élite malfaisante. Par contre, ce groupe ne corrèle pas avec la TDS, le peu de contrôle politique ou le conservatisme.
Le groupe 2 (complotisme des minorités) sera lié à la TDS, peu de contrôle et incertitude politique, populisme et conservatisme. Logique à nouveau, comme il considère que les minorités veulent challenger le statu quo. Par contre, ce groupe ne corrèle pas avec l’Anomie ou le RWA.
Deuxième étude.
Il s’agit en réalité d’une succession d’études. J’ai voulu voir si les élections influençaient le taux de complotisme. Pour cela, nous avons mesurer le « niveau de complotisme » d’un groupe de personnes avant et après les élections française, anglaise, européenne et américaine (en 2024).
Les résultats sont, globalement, négatifs : peu d’évolution. Ce qui laisse supposer que la « mentalité complotiste » n’est pas fluctuant au grès des évènements mais présent de manière durable.
Troisième étude
Ma dernière étude (en cours) consiste à chercher un lien de causalité entre ce que l’on appelle l’anomie et la pensée complotiste.
L’anomie, est un terme qui provient de Durkheim. Il définit un sentiment de déconnexion de l’individu avec la société. Le fait de ne plus se reconnaître dans ses valeurs. C’est le « suicide social » d’Orelsan, en quelque sorte.
Nous savons depuis longtemps que ce sentiment d’anomie est corrélé au complotiste. Mais est-ce qu’il en est la cause, la conséquence, ou est-ce un peu plus compliqué ?
Pour ce faire nous allons « provoquer » un sentiment d’anomie sur un groupe de personne, en leur faisant lire un texte sur un futur où la société est en totale déliquescence, puis écrire à ce sujet. Nous verrons ensuite si, par rapport aux deux autres groupes (un groupe avec un texte prônant une faible anomie et un groupe contrôle), si la pensée complotiste est plus forte. Je vous tiendrai au courant de mes résultats !
Point important : ces résultats n’ont PAS été publiés, donc ils n’ont PAS encore été relu par des paires ! A prendre, donc avec précautions ! (même si j’ai bien sûr fait attention que tout soit fait dans les règles de l’art.)
N’hésitez pas si vous avez des questions sur ce travail, ou sur le complotisme en général !