Il est parfois tentant, dans la lutte contre le complotisme, de nier l’existence même des complots.
C’est absurde : les complots existent. Ils sont nombreux.
Et cet exemple en est la dernière preuve.
Un complot se définit par un groupe de personnes, généralement puissantes, qui tentent le biais d’actions secrètes et malveillantes de porter atteinte aux intérêts d’un autre groupe ou d’accroître leur gain personnel.
C’est exactement ce qu’il passe ici.
Outre le fait que nier l’existence de vrais complots est une erreur épistémique, elle donne un argument très solide aux complotistes qui pourront dire :
« vous voyez, même quand on a des preuves, ils n’y croient pas. Pourquoi les croire alors quand ils nient l’existence de théories du complot ? » (qui elles, sont généralement fausses).
Au delà de l’égo absolument boursoufflé de Didier Raoult dans cette séquence, qui écrase Palomba et Perronne (respectivement journaliste et médecin complotiste), cet extrait est très intéressant pour plusieurs choses.
Tout d’abord, il montre la différence fondamentale entre un docteur Perronne et un docteur Raoult.
Le docteur Perronne est un complotiste assumé, avec une rhétorique de complotiste (les preuves ont disparues, il existe des signes dans les couvertures de magazines, etc.).
Didier Raoult, lui, est devenu complotiste « par défaut ».
Malgré son côté « rebelle » lors du COVID, c’était un docteur parfaitement intégré au « système », grand ami des politiques du sud (Estrosi l’a soutenu à plusieurs reprises, E Macron lui a rendu visite), et c’est en s’enfonçant dans ses erreurs qu’il s’est fait éjecté du système et qu’il a rejoint, malgré lui, la mouvance complotiste.
Mais on voit clairement qu’il ne peut s’empêcher de les mépriser, et de vouloir ramener sans cesse « sa science ».
Et c’est justement le second point intéressant : cet extrait montre le rapport très ambivalent entre le complotisme et la science.
Contrairement à une idée répandue, les complotistes ne rejettent pas la science.
Au contraire, ils s’en revendiquent.
Mais la « vraie » science (celle qui appuie leurs théories).
C’est pourquoi Palomba s’appuie sur des rapports officiels (en réalité inexistants) pour appuyer ses propos, et que Raoult et Perronne insiste sur leur autorité médicale (déchue) pour continuer à garder une légitimité.
Les figures du complotisme ne rejettent pas la science.
Ils l’utilisent comme un argument d’autorité pour appuyer leurs théories…
Qui bien souvent, vont à rebours du consensus scientifique.
Le décès de Marjane Satrapi entraîne son lot de débats, notamment sur la récupération de Persepolis.
Certains accusent cette oeuvre d’avoir été récupérée par certains pour en faire un symbole anti-musulmans et anti-Islam (notamment avec l’image que je poste ici).
Je ne suis absolument pas d’accord avec cette approche. Mais au-delà de mon avis personnel, ce débat relance celui beaucoup plus large des œuvres d’art, leur récupération possible, l’intention des artistes et leur responsabilité.
Parfois, l’intention est claire et la récupération assumée. L’engagement à gauche d’Annie Ernaux n’est pas vraiment caché, elle était dernièrement présente au meeting de Jean Luc Mélenchon.
Dans beaucoup de cas, cela est flou, et il y a un grand écart entre l’intention de l’auteur, l’œuvre en tant que tel et sa récupération.
Parfois même, c’est ce que les auteurs souhaitent dénoncer qui est pris au premier degré. On pense aux œuvres du Joker, Fight Club, American Psycho, censées dénoncer la masculinité toxique et la violence sociale, qui sont devenus des symboles de masculinité pour certains.
Et une fois la récupération faite, beaucoup considèrent qu’en réalité tout était déjà écrit dans l’histoire originale, voir dans l’intention de l’auteur, qu’évidemment ça allait être récupéré. C’est une sorte de rationalisation a posteriori.
Et dans une œuvre, par essence complexe et ouvertes aux interprétations, il est aisé de trouver l’angle que l’on souhaite. Ce qui ne veut pas dire que l’œuvre se résume à cela, voir qu’elle mettait cet angle en valeur, et encore moins que c’était ce que l’artiste souhaitait.
Le meilleur contre-exemple de tout cela est « Matrix », créé par deux femmes transgenres qui a été récupéré par la communauté incel avec la fameuse « red pill ».
Difficile d’imaginer qu’il s’agissait là de l’intention de base des artistes.
La désinformation en ligne ne suffisant plus, le Kremlin utilise des prestataires pour pratiquer des opérations de déstabilisations.
Vous en connaissez quelques unes : – les étoiles de David tagguées sur les murs de Paris – Les têtes de cochon devant les mosquées de la région parisienne.
– Les mains rouges sur les murs.
Et d’autres opérations qui n’ont pas pu voir le jour.
Le but : occuper l’espace médiatique, saturer l’information, et utiliser ensuite les réseaux sociaux pour amplifier les tensions et fracturer encore plus la société française.
Et cela marche.
Politiciens, journaux, et citoyens, en parlent, s’écharpent.
L’annonce de la responsabilité russe n’arrive que plus tard, alors que nous sommes déjà passé à autre chose.
Voilà pourquoi il est important d’avoir nous même conscience de notre responsabilité lorsque nous réagissons trop vite à ce genre d’informations.
Car nous devenons les agents – bien malgré nous – de la désinformation russe.
Prétendant ne pas répondre aux critiques de la France insoumise sur sa bande dessinée, François Ruffin… répond aux critiques de la France insoumise !
Ce procédé rhétorique extrêmement connu s’appelle la prétérition.
Prétendre ne pas dire quelque chose en le disant, de facto.
« Je ne vais pas revenir sur les rumeurs infondées qui concernent mon adversaire. »
Ce faisant, on rappelle à tout le monde qu’il y a ces fameuses rumeurs infondées que bien sûr on ne souhaitait pas évoquer.
Ou le célèbre sketch des inconnus évoquant les pires rumeurs d’un athlète tout en terminant par « mais cela ne nous regarde pas ».
Cette technique très simple permet de jouer sur un double aspect du langage.
Passer le message que l’on souhaite passer, MAIS pouvoir se défausser en cas d’accusation en rappelant que, justement, nous n’avons explicitement dit que nous ne parlions pas de ce sujet.
J’ai été interviewé par le magasin Réussir pour parler des théories complotistes autour de la Dermatose Nodulaire Contagieuse qui avait impactée les bovins français l’été dernier.
Car comme pour tout évènement, une récupération complotiste et des tentatives de manipulations ont eu lieu.
Le clip du rappeur Soli imitant une mise à mort de Jordan Bardella fait scandale.
Tous les médias en parlent. Le président du RN a annoncé porter plainte contre le rappeur.
Alors que ses vues se comptaient par centaines il y a quelques jours, ce sont désormais plus de 200 000 personnes qui ont vu le clip.
Le phénomène possède un nom précis, l’effet Streisand.
Au début des années, la chanteuse Barbara Streisand avait voulu faire supprimer une photo d’elle. Ce faisant, elle l’a rendue immensément populaire.
Mille facteurs expliquent un tel phénomène, mais nous pouvons en retenir un, psychologique :
Le principe de réactance.
La réactance est cette tendance du cerveau à ne pas supporter la contrainte et vouloir faire exactement ce qu’on lui interdit de faire.
S’il y a un gros bouton rouge où il est écrit « ne pas appuyer », vous n’aurez envie que d’une chose, appuyer dessus. Réactance.
Ce qui bien sûr peut amener à des manipulations . En disant à ton ami qu’il n’est pas capable de sauter dans l’eau, il vas vouloir vous donner tort et le faire… ce qui était votre but dès le début.
La victoire du PSG hier a entrainé son lot de débordement et de confrontation avec les forces de l’ordre.
Regardez cette vidéo qui montre toute la violence de ces actes.
Sauf que cette vidéo ne date pas d’hier et n’est même pas en France : il s’agit d’images de confrontations entre des manifestants et les forces gouvernementales en Géorgie.
L’inclusion de cette fausse vidéo – parmi des vraies vidéos des évènements d’hier montre toute la facilité d’amplification d’un phénomène en ligne.
Il a BIEN eu des débordements, hier, et des confrontations.
Mais pas forcément aussi violence que présentés ici (même s’il y a eu de la violence).
Cette vidéo devient crédible car elle s’inscrit dans un contexte où on peut la considérer vraie, et qui va amplifier notre perception de ce qui s’est passé hier.
C’est une désinformation subtile, qui joue sur notre acceptation au préalable du réel, noyé dans d’autres vidéos authentiques.
Cela va amplifier son importance et sa violence pour au final nous donner une vision exacerbée du phénomène, même s’il a réellement eu lieu.