Histoire d’écrire #42 Comment raconter les scènes d’action ?

Mais au fait, c’est quoi une scène d’action ?

Et bien, au risque de faire criser les réfractares de mon article de la semaine dernière sur la description, une scène d’action est aussi une description… sauf que l’on décrire… une action, et non pas une image fixe d’un paysage, d’un personnage, ou que sais-je.

Cette fois, on décrit un mouvement, et aussi une tension. Voilà le premier point :

L’importance du rythme.

Vidéo Une amusante compil' de chats qui ont le rythme dans ...
Une photo de chatons. Histoire de conquérir Internet

Souvenez vous, il y a sept jours, enfin, une semaine, mon dernier article parlait de la notion de description. J’abordais l’idée du rythme, que j’estimais fondamentale. C’est toujours le cas ici.

Pour info, aussi, même si nous parlons beaucoup d’écriture, je vais faire beaucoup d’analogie avec le monde du cinéma. La raison, complexe et réfléchis, est la suivante : j’aime bien ! (et j’aime le cinéma).

Trop de scènes d’actions tue la scène d’action. Imaginez un bon gros blockbuster américain où littéralemetn, de la première à la dernière minutes, ça bastonne. Au bout d’un moment, vous prenez votre portable, et scrollez sur un site quelconque. Pourquoi ? Simplement que, ici comme ailleurs, la mesure est reine de toute chose. Une scène d’action s’apprécie car le calme, avant dans l’histoire, préparait la tempête.

Aussi, si vous voulez placer une scène d’action, n’oubliez pas que vous avez d’autres outils narratifs, la description, l’introspection, le dialogue, par changer de rythme avant, et / ou après votre scène d’action.

La fusion du fond et de la forme.

[REQUEST] Squirtle and Charmander in the last pose of ...
Imaginez que Végéta est le fond, et Sangoku la forme. Ce sera plus clair.

Mais au fait, qu’est ce que le fond, et qu’est ce que la forme ?

Grossièrement, le font, c’est ce que vous voulez raconter. La forme, c’est comment vous le raconter.

Au final, la frontière est très mince, puisque dès que vous racontez ou synthétisez ce que vous voulez dire, déjà, vous êtes dans la forme. Plus subtile encore, lorsque vous pensez à ce que vous aller raconter, vous entrez dans la forme ! Mais pas forcément celle que vous allez utiliser dans votre roman.

Fond et forme ne sont donc pas deux concepts distincts. Ils sont intrinsèquement liés.

Plus pervers encore : le fond va influencer la forme (logique), mais la forme influe aussi le fond (moins évident).

Prenons pour exemple cet article. Je souhaite parler des scènes d’action. Pour cela, j’écris les différentes parties que je vais aborder (dont celle que vous lisez présentement). Mais rien que le fait de mettre de l’ordre dans mes idées, pour trouver la meilleur forme, va influencer le fond : je vais penser à d’autres aspects. Je vais insister sur certains points, pour remplir mes parties. Au fil de ma plume, par effet de rétroaction, je vais avoir de nouvelles idées, et donc un nouveau fond. Il me semble donc important à la fois d’étudier vos idées dans le fond, mais aussi dans la forme, et surtout l’interdépendance de ces deux concepts.

Pour faire simple dans la tenue de cette article, nous allons simplement dire cela : le fond de votre scène d’action, c’est donc ce que vous voulez raconter. Personnage A se bat avec personnage B, mais en plus ils ont une relation personnelle, et donc au plus des coups qui sont échangés, un grand impact sentimental, et émotionnelle, surgit entre les deux.

Anakin Skywalker and Obi-Wan Kenobi VS Count Dooku and ...
Un exemple de confrontation physique et d’impact mental (qui se terminera par la supression de quelques membres).

La forme, c’est comment vous allez raconter cet évènement. Allez vous alterner scène d’action, dialogues, et introspection ? Allez vous faire une grosse partie baston, puis une grosse partie introspection ? Tout dépend de votre but, de vos intentions, mais aussi, il faut l’avouer, du fil de la plume (au défaut du fil de l’épée, ou du sabre laser).

Mais gardon cette analogie cinématographique. Généralement, quand une scène d’action apparaît, la manière de filmer change. La caméra est secouée. Les plans sont plus courts. Les angles de prise de vue se multiplient. Ou alors, un très long plan séquence permet au spectateur de savourer la performance :

Old Boy. L’exemple le plus emblématique de la bataille en plan séquence. Nous aurions pu citer également Dardevil (série), Kingsman, Il faut sauver le soldat Ryan.

Peut-on retransmettre cela dans un livre ? Et bien oui, et plus encore !

Vous pouvez adapter votre style. Faire des phrases plus courtes (analogie du plan court). Ou au contraire, et c’est à mon sens plus ambitieux, faite des phrases plus longues, plus calmes, pour contraster avec la violence de l’action (analogie du plan séquence).

Ainsi, par un changement de votre style, donc de votre forme, vous pouvez non seulement faire mieux transparaître votre scène d’action, mais en plus lui donner une tonalité particulière, par un décalage entre le fond et la forme.

Qu’est ce qui fait une bonne scène d’action ?

Et pour répondre à cette question, on va poser son opposé : qu’est ce qui fait une mauvaise scène d’action, en livre comme en film ? A quel moment, devant votre écran, vous êtes vous dit : bon, là, y’a de l’action, mais francement je me fais ***.

La réponse à mille points : le manque d’implication. Soit vous savez que le héros va forcément s’en sortir, soit vous ne connaissez les protagonistes ni d’Eve ni d’Adam, donc qu’ils vivent ou qu’ils meurent, franchement…

Une scène d’action est bonne lorsqu’elle est un aboutissement d’une tension. Malgré toutes les critiques que l’on peut émettre à l’encontre de l’épisode 3 de Star Wars, dont est tiré l’image plus haut, on ne peut pas nier une chose : cette bataille, entre un mentor et son ancien élève, entre deux amis, est émotionnellement forte (savoir si le film est parvenu à retranscrire cette émotion est une autre histoire, et à mon avis : non.). Et donc on est concerné par le destin de ces deux héros, que l’on suit depuis trois épisodes, ou plus.

Idem, concernant la vidéo de Old Boy placée plus haut : on a prit le temps de s’attacher au personnage principal. On souhaite qu’il s’en sorte.

Par contre, ce genre de scène d’action :

From 'Age Of Ultron' To 'Iron Man,' Every Marvel Movie ...
Scène d’introduction d’Avenger 2, Age of Ultron

Est à mon sens parfaitement ridicule : même si l’on connait – et qu’on aime – les personnages, on ne connait pas les enjeux, ni les motications des héros. Il n’y a pas de conflit à résoudre (comme à la fin du premier Avengers où les héros mettent leur tension de côté pour affronter un ennemi commun), et surtout, on ne tremble pas pour eux, vu qu’on les sait quand même assez badass pour affronter quelques militaires, même entraînés. Reste l’esthétique, mais cela ne permet que de faire une belle scène d’action. Pas une bonne scène d’action.

Bon Antonin, c’est bien joli, mais pour l’instant tu parles beaucoup de films, pas trop de livres.

J’y arrive, lecteur impatient ! Et justement, cela me permet de montrer l’avantage du livre, pour décire une scène d’action !

La plue value du livre par rapport au film.

bd
L’une des images rigolotes qui compare les livres Harry Potter aux films. Pour le reste : https://hitek.fr/42/harry-potter-livres-films-2-bd_4578

La différence fondamentale entre le film et le livre est la notion introspection. A l’exception du voix off qui raconterait les tourments d’un personnage (ce qui, vous le remarquerai désormais, se trouve surtout dans les films tirés de livre, à la première personne qui plus est), on ne peut que deviner les tourments d’une personne. Par une confession. Une dialogue. Une expression faciale. Un symbole. Un livre, par contre, peut généralement, tout simplement expliquer ce que ressent le personnage à tel ou tel moment, quelque soit le type de narration.

Nous avons vu plus tôt qu’une bonne scène d’action nécessite une implication de la part du lecteur, ou spectateur, pour la scène, pour les personnages. On tremblait devant Games Of Throne, car on savait que les personnages pouvaient mourir. Et justement, le livre, grâce à sa notion unique d’introspection, permet de créer de la matière, de la chaire, autours d’une scène d’action.

D’où l’importance, dans une scène d’action, (restons sur l’idée d’un affrontement de deux personnes), de ne pas se contenter de décrire les coups portés. Passez du temps sur l’état d’esprit des personnages, leur doute, leur tension. Ainsi, le combat du personnage ne sera pas uniquement contre son opposant. Il sera aussi, et surtout, contre lui-même.

J’espère que cet article vous a plu ! La semaine prochaine nous verrons ce sujet à la fois sensible et délicat : comment bien dégommer l’un de vos personnages. Un sujet d’importance, s’il en est. A plus !

Antonin A.

Antonin A.

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J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !

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Histoire d’écrire #41 Décrire ? Pourquoi

La description… Le cauchemar de vos lecteurs d’école. Bouh, le Bonheur des Dames ! Ouh, le père Goriot !

Mais au fait, pourquoi décrire. Et au final, est-ce si important ?

Et bien oui, et pour de nombreuses raisons.

Nous pouvons décomposer le contenu d’un livre en dialogues, actions, et description (même si, en quelques sortes, les actions sont une description). La description sert à la fois de liant et d’épaississant : elle relit les éléments entre eux, elle amplifie l’univers.

L’importance du narrateur.

L’importance de la description va changer en fonction du narrateur. En effet, nous avons vu, dans notre focus sur le type de narrateur, que celui à la première personne va, justement, personnaliser les descriptions, qui ne seront que sa perception de l’univers environnement (alors que pour les narrateurs à la troisième personne, la description de l’univers est plus distante du personnage).

Et donc, dans ce cas, la description mise en avant sera celle qui intéresse le narrateur. Et, sauf s’il s’agit de souvenirs ou de connaissance, de son environnement directement (comme le narrateur n’a pas le don d’ubiquité).

Le cas particulier du roman policier :

La description est une partie même de l’énigme. Et le lecteur cherchera des indices dans ce que propose l’écrivain en description. Une scène de crime décrite, chaque objet sont autant d’indices, où de leur. Dans ce cas, la description est partie intégrante de l’histoire.

Ces deux cas particuliers, de genre et de narrateur, mis à part, voyons les traits générales qui recoupent toutes les descriptions :

Pourquoi décrire ?

Pourquoi ???

Il n’y a pas de mauvaise raison de décrire (mais il y a de bonnes et de moins bonnes manières), mais il y a forcément une raison. Voyons cela :

Décrire pour ancrer son histoire.

Ancre (Anchor) : définition, traduction
Ceci est une ancre (si si, Magritte, rentre chez toi)

La première description, la plus « gratuite », mettons, est tout simplement de donner du corps à l’histoire. Décrire un lieu permet au lecteur de s’y représenter. Décrire un personnage permet de s’y attacher. Imaginez une bande dessinée avec des personnages, sur un fond blanc. Difficile, pour eux, de s’incarner. Le personnage interagit avec son décors.

L’on reproche à Zola de faire plétors de description. Certes, celles ci ne font pas avancer l’histoire, et ne permettent pas toujours de s’attacher aux personnages. Mais le projet de Zola, avec ses Rougon-Macquarts et ses milliers de pages, et de décrire le mode de vie des français sous le second empire. Adepte du réalisme, convaincu de l’influence de l’environnement sur l’individu, la description n’est pas inutile : elle sert son projet, même si elle ne fait pas avancer l’histoire.

Vous lisez un livre de Fantasy, ou de science fiction. L’environnement, inconnu pour vous, est alors un personnage à part entière. Dans ce cas, sa description, même « gratuite », n’est pas inutile : elle vous enrichit sur l’univers que vous explorez, à côté des personnages. Elle étouffe l’univers. Elle ancre l’histoire.

Décrire pour semer des indices.

Voici une raison de décrire que j’affectionne tout particulièrement : laisser des indices (que j’appelle des « ancres »), des mystères en suspens, anodin au premier abord, mais qui prendront toutes leur importance par la suite. Prenons, mais au hasard, hein, le livre Interfeel.

Que voilà.

Livia possède un regard effacé. Simple description de personnages, ou indice sur le lourd secret qu’elle cache ?

Nathan croise un mendiant : simple description de l’environnement d’Interfeel, où élément révélateur, quelques chapitres plus tard, du fait que quelque chose ne va pas avec Interfeel (mini spoil, sorry).

Attention, il ne faut pas abuser de ces « ancres » (j’ai tendance à le faire). Par exemple, Elizabeth est rousse car… et bien, car je voulais qu’elle soit rousse !

Décrire pour rappeler qui est qui, et où on de trouve.

Nous avons une capacité assez importante à mémoriser les visages. Dans les films, il est généralement facile de se rappeler si nous avons déjà vu tel ou tel personnage avant, même si nous ne nous rappelons plus de son prénom.

Dans un livre, manque de bol, le nom est justement le meilleur moyen de qualifier un personnage. Mais justement, des descriptions peuvent servir de piqure de rappel, pour situer à nouveau les personnages au lecteur. Samantha (« Samantha ? Qui est-ce ? »), avec ses yeux toujours rieurs (« Ah oui, la fille aux yeux rieurs »). La description, dans ce cas, intervient comme un outil de rappel, pour ne pas perdre le lecteur. De même, faire une brève description de l’environnement lorsqu’un nouveau chapitre parle d’un ancien personnage, permet de nous rappeler les enjeux en cours. Et oui, il faut penser au lecteur, lorsque l’on écrit.

Comment décrire ?

Nous savons désormais quand décrire. Mais justement, le fait de chercher quand ne pas décrire permet d’éviter le premier écueil : décrire lorsqu’il ne faut pas.

Je sais que je touche une corde sensible, car le choix de la durée de description est avant tout une affaire de style (et l’écriture n’est pas une science, mais un art : il n’y a donc pas de vérité absolue). Néanmoins, ce que je conseille, c’est d’éviter les descriptions qui n’apportent rien.

Vous découvrez un nouveau personnage. Appelons le Jérome. Il n’a pas une incidence fondamental sur l’histoire. Si l’auteur passe quatre pages à le décrire (à part dans le cadre d’un effet de style – ou d’un effet de style conscient), ce n’est pas forcément nécessaire. Généralement, la durée de la description est dépendante de l’importance du personnage (pour parler du personnage, mais les lieux peuvent être traités pareil).

Comme j’aime bien les comparaisons, imaginez un tableau. La peinture d’une foule, avec quelques personnages bien visibles au premier plan, et quelques centaines de personnes derrières.

Si l’ensemble des personnages sont peints avec le même degré de précisions, le tableau devient difficile à lire. Généralement, les personnages centraux, ou principaux, seront plus mis en avant, et les personnages derrières des silouhettes. Cela offre un sens de lecture au tableau.

Donc n’oubliez pas : le choix de décrire ou pas, dépend du sens que vous voulez donner à votre histoire. A tout décrire de manière égalitaire, vous ne prenez pas partir, en tant qu’auteur. Focalisez vos descriptions sur certains aspects, et vous prenez la parole, vous offrez une subjectivité à votre texte. C’est ce que cherche le lecteur.

Eugène Delacroix - Le 28 Juillet. La Liberté guidant le peuple.jpg
Que voilà. Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple.
Par Eugène Delacroix — Erich Lessing Culture and Fine Arts Archives via artsy.net, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27539198

Ce problème de description à outrance se retrouve généralement dans les univers créés de toute pièce. (Tiens, Interfeel ? Te revoilà ?). Le piège de base, surtout si l’on a bossé un sacré de temps pour faire un univers cohérent, est de vouloir tout décrire. De peur d’avoir creuser son univers pour rien. Pouvoir dire « regarde, j’ai aussi pensé à cela ». Sauf qu’une fois de plus, il faut penser au lecteur : trop d’informations parasites la lecture. Encore une fois, il faut une cohérence, et un choix rédactionnel.

Justement, parlant de problème propre aux univers imaginaires…

Un autre problème subsiste dans la description d’un univers inventé de toute pièce : ce qui est évident pour les personnages (qui évoluent dans cet unviers depuis toujours) ne l’est pas pour le lecteur. Et donc, ce qui est extraordinaire pour vous, lecteurs, est un lundi normal pour le personnage (si tant est que la notion de « lundi » existe dans cet univers). Il ne va donc pas s’embarasser à le décrire. Mais alors, comment faire ?

World of Wonder Dreams: Magical World
« C’est vraiment un univers fantastique ! »
« Bof, on s’y fait ».
Source : http://worldofwonderdreams.blogspot.com/2013/08/magical-world.html

Généralement, c’est là qu’intervient la notion de naïf. Le naïf, c’est celui qui justement débarque dans cet univers et qui donc devient un point de référence pour le lecteur. Ce personnage est comme lui, ignorant. Alors, il devient cohérent pour ce personnage de décrire ce qu’il voit, description qui sert aussi le lecteur.

Les exemples sont légions, notamment dans la littérature SF (Plus rare en Héroic Fantaisy), mais je vais en citer quelques uns : Harry Potter qui découvre le monde des sorciers. Katniss qui découvre le capitole. Bella qui découvre l’univers des vampires. Etcetera, etcetera. C’est encore plus flagrant dans les films (Néo pour Matrix, Luke Skywalker pour l’univers Jedi).

Mais il existe un cas de figure où il est impossible de trouver un naïf. Où le personnage est depuis toujours dans cet univers, pourtant inaccessible au lecteur. Dans ce cas, il faut user de stratégème.

Très, très généralement, ces livres se déroulent à la troisième personne (Le Seigneur des Anneaux, les Chroniques de Krondor… Interfeel). Pourquoi ? Tout simplement car il est beaucoup plus facile ainsi de décrire un univers sans passer par son personnage principal (je renvoie au début de l’article : la description à la première personne a ceci de particulier qu’elle passe forcément par le prisme – et l’esprit – de son personnage principal). Ainsi, il n’est pas choquant de décrire l’univers – pourtant habituel aux personnages – tandis que ceux-ci vivent leur péripétie.

A titre anecdotique, certains lecteurs ont reprochés le caractère un peu naïf de mon personnage Nathan, au début de l’histoire d’Interfeel. Je l’admets, mais c’était volontaire. Déjà, le but de ces aventures était de lui faire perdre sa naïveté (donc il devait commencer ainsi). Mais ainsi, c’était un moyen pour moi de lui faire poser des questions sur ce qui l’entours, sur le Gouvernement Mondial, sur les Forces Spéciales, etc.

Tout décrire ?

Non, ce n’est pas obligé. N’oubliez pas que votre lectorat est doué d’intelligence. Et parfois, sous entendre des choses, ne les décrire qu’à moitié, ne fait qu’ajouter à leur réalisme. Quand, dans Interfeel, je parle des véhicules Uniroues, je n’ai pas besoin de m’étendre. Rien qu’au nom, le lecteur devine déjà de quoi il s’agit. Les décrire davantage seraient redondants. Et le choix de ce que vous décrivez, et comment vous le décrivez, et bien… c’est une des caractéristiques de votre style !

Trojan, le cheval - Les dessins de kofkof
Analogie visuelle de choisir quoi décrire. Vous savez que c’est un cheval. Pourtant, ce dernier est au final très peu visible.
Source : https://kofkof.jimdo.com/trojan-le-cheval/

Quand décrire ?

Vous avez créé votre univers, soit. Vous voulez que vos lecteurs le connaissent, c’est bien normal. Mais méfiez vous de la description à rallonge qui va commencer votre livre (pratique bien courante). Pourquoi ? Tout simplement parce que le lecteur doit être intéressé. Votre univers a beau être fascinant (je n’en doute pas), commencer votre histoire en le décrivant sur vingt pages peut non seulement décourager vos lecteurs, les blinder d’informations, mais aussi (surtout ?) vous enlever un bel outil scénaristique : celui de la description continue.

En effet, n’est-il pas plus intéressant de décrire votre univers au fil de l’eau, c’est à dire au fil des pages ? Ces descriptions seront ainsi des respirations dans votre histoire, et contribueront à lui donner un rythme plus complexe (nous verrons cette notion de rythme plus tard).

C’est ce que j’ai essayé de faire avec Interfeel. Parler dès les premières pages d’Interfeel, d’Opale, de Forces Spéciales, d’Organisation Fantôme aurait été, pardonnez moi le terme technique, too much. Il me semblait plus intéressant de suivre une journée Nathan, commencer en parlant d’Interfeel, puis de l’Opale, puis des Forces Spéciales. Cela me semble offrire une meilleure consistance à l’histoire.

Y-a-t-il un autre moyen que la description pour… décrire ?

Et bien oui, figurez vous, malgré l’apparance saugrenue de la question. J’ai cité : les dialogues.

Platon disait que l’on apprenait bien plus en discutant, ou quelque chose comme ça. Je pense que c’était surtout une bonne excuse pour se faire des « banquets » (t’as la ref ?), mais il a raison (il était malin, ce Platon). Une discussion permet de décrire l’univers. Pour revenir à Interfeel (pardonnez moi, j’ai l’impression de ne parler que de lui, mais c’est quand même le livre que je connais le mieux), faire intervenir des profs, les amis de Nathan, ses parents, dans le premier chapitre, était aussi un moyen de décrire l’univers, sans faire des tartines de description. Cela apportais encore, une nouvelle fois, du rythme.

L’importance du rythme.

Le rythme dans la peau - Podcast Science
Le rythme dans la fourrure… dans la peau.

Le rythme est une notion fondamentale, même si je ne l’ai pas encore beaucoup abordé sur ces articles. Un bon rythme tiendra votre lecteur en haleine. Et le rythme, comme la ligne (double sens), ça s’entretien. Une action tendue de la première page à la conclusion de l’histoire fatigue.

Regardez, par exemple, les films d’action. Un film de deux heures n’a pas deux heures d’action. Généralement, c’est « une scène d’action » pour introduire les personnages, une mise en place de la situation, une scène d’action intermédiaire au milieu du film, une grosse remise en question des héros, et une grosse scène d’action finale.

Vous ne me croyez pas ? Je vous invite donc à voir ou à revoir :

  • Iron Man.
  • Avenger.
  • Avenger 2
  • Matrix.
  • Kingsman Service.
  • Tous les Fasts and Furious.
  • Star Wars 7.
  • Etc, etc, etc. (non, ce n’est pas le nom d’un film… mais ce serait marrant !)

Ce que je veux dire, c’est que le rythme s’entretien. Sans la lente montée qui commence les montagnes russes, on apprécie moins la chute.

Voilà – aussi – à quoi servent les descriptions. A menager ce rythme, en s’alternant avec de l’action, et du dialogue.

D’où l’importance d’éviter la surabondance de description à certains endroits, qui cassent le rythme.

Mais aussi, surtout même, l’importance d’accentuer la description dans les moments de tension, pour faire justement durer cette tension ! Au cinéma, Tarantino est très fort avec cela, proposant généralement une longue scène de dialogues, de regards, avant l’explosion (généralement chargée d’hémoglobine).

Les descriptions particulières.

Toute règle (et je répète que je n’en formule aucune) est fait pour être brisé. Je voudrais finir cet article par quelques utilisations de la description qui vont (parfois) à contre courant de ce que je viens de dire, et qui fonctionne du feu de Dieu.

Patrick Süskind, Le Parfum.

Perfume (novel) - Wikipedia

À l’époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l’urine, les cages d’escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton ; les pièces d’habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle âcre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de soufre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés ; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d’oignons, et leurs corps, dès qu’ils n’étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l’épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu’en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme hiver. Car en ce XVIIIème siècle, l’activité délétère des bactéries ne rencontrait encore aucune limite, aussi n’y avait-il aucune activité humaine, qu’elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fût accompagnée de puanteur. Et c’est naturellement à Paris que la puanteur était la plus grande, car Paris était la plus grande ville de France. Et au sein de la capitale il était un endroit où la puanteur régnait de façon particulièrement infernale, entre la rue aux Fers et la rue de la Ferronnerie, c’était le cimetière des Innocents. (Parfum, p. 4-5)

Du petit lait. Descriptions à rallonges, usage de la répétition. Sunskid contredit tout ce qu’on peut conseiller, et ça marche, et c’est ce qui en fait une ouverture génriale. Pourquoi ? Car déjà elle annonce la suite : le livre parlera des odeurs. Elle présente l’univers. Je ne me lasse pas de relire ce passage.

Certains auteurs, membres de l’Oulipo par exemple, vont utiliser la description comme d’un jeu rédactionnel. Je pense, bien sûr, à George Perec, et sa « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien », que je n’ai pas lu, mais dont le but est justement, de décrire jusqu’à l’outrance un endroit familier. Je pense aussi à son génial « La vie, mode d’emploi », où le but est (entre autres) de décrire tout, absolument tout, d’un immeuble sur 100 ans. Le personnage principal est l’immeuble, et les descriptions deviennent ses propres péripéties.

La Vie mode d'emploi - Georges Perec - SensCritique
Une de mes meilleurs lectures. Sacré George ! Mais bon, challenge un peu facile. Si seulement tu avais écris un livre sans une fois la lettre « e »…

A vous maintenant : quelles descriptions, de quelles livres, vous ont marquées ? L’espace commentaire est fait pour cela !

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Histoire d’écrire #40 Faire lire à ses proches : une fausse bonne idée ?

Et comme la semaine dernière, nous allons voir les pros et les cons d’une telle pratique. Et contrairement au challenge précédent, mon avis sera moins tranché. À vous de décider !

Les côtés plus

File:Flag of Switzerland.svg - Wikimedia Commons
Un drapeau suisse pour un article qui se veut neutre : symbolisme.

Faire lire à ses proches peut se révéler très fructueux, pour de nombreuses raisons.

La conscience du regard extérieur.

Si l’on souhaite être publié, on écrit pour les autres. Cela ne veut PAS dire que l’on fera des histoires forcément neutres, commerciales, mièvres, ou ce genre de poncifs (et si vous voulez écrire ainsi, ce n’est pas un problème !), mais on écrit pour atteindre les émotions et la réflexion d’une personne extérieure à nous même. Voyez la même logique que pour l’écriture manuscrite : nous allons davantage nous appliquer si le texte sera lu, car un autre que moi ne sait pas que cette patte de mouche est un p, et cette autre patte un l. Il faut rendre ce qui est évident pour nous intelligible pour les autres. Il en va de même pour les histoires.

Or, savoir que notre texte sera lu rapidement – et pas dans une éventuelle publication, nous offre déjà un « aperçu » de ce regard extérieur. Surgira rapidement la question : « Est ce qu’ils vont comprendre ce que je veux dire », et ce raisonnement est très bénéfique, tant qu’il est pas envahissant.

Envahissant ? Que veux-tu dire ?

Mauvaises herbes

Excellente question, voix rhétorique dans ma tête ! Envahissant, au sens que la pression exercée par ces regards externes n’étouffent votre ambition créatrice. Écrire, c’est oser. Notamment de prendre le risque de décevoir.

Le délai imparti.

my gif gif disney vintage Alice In Wonderland disney gif ...

Écrire un livre sans promesse de publication est compliqué sur de nombreux aspects. L’un d’entre eux est l’absence totale de deadline. Que l’on veuille ou non, que l’on aime ou pas, la perspective d’une deadline aide beaucoup à avoir de la productivité. Savoir un public proche et impatient (je vous le souhaite !) de lire la suite, aide !

Les côtes moins

Bleu Bouton · Images vectorielles gratuites sur Pixabay
Pas de symbolisme là, juste la première image que j’ai trouvée.

Comme nous l’avons déjà vu, faire lire à ses proches peut apporter une pression, soit dans la qualité de ce que l’on doit écrire, soit dans le timing, qui étouffe. Si toutefois vous souhaitez tenter cette expérience, à vous d’ajuster vos conditions. Par exemple :

  • – Ne faire lire qu’à la fin.
  • – Ne pas spécifier de date pour le prochain chapitre (si vous faire chapitre par chapitre).
  • – Demander de concentrer les retours uniquement sur l’histoire / les personnages / l’orthographe.

Bref, fait une demande de relecture à la carte !

L’incapacité de penser l’histoire globalement.

Si vous demandez une relecture régulière, par exemple chapitre après chapitre, le problème peut être que vous ne pourrez plus penser l’histoire globalement, devant penser à ce chapitre, puis le suivant, puis le suivant. N’oubliez pas que les chapitres se tiennent dans une histoire globale. Ne quittez jamais le long terme.

Toujours sur cette remise de chapitre les uns après les autres, méfiez-vous d’un autre point : une tension narrative met parfois plusieurs chapitres à monter. Après le premier, le deuxième chapitre, les lecteurs peuvent penser que rien ne se passe (alors que ce n’est pas le cas et sur cela sera révélé à la fin de l’arc narratif que vous êtes en train de construire), et vous le dire. N’oubliez pas votre but. Précisez que cette lenteur est normale car elle installe la suite de l’histoire. Certains éléments ne se révèlent qu’une fois l’histoire complète.

Si vous choisissez de faire lire vos textes ? Mes conseils.

Choisir ses lecteurs.

Lecteur dvd enregistreur - TopiWall
Ce lecteur, par exemple, ne sera pas très efficace.

Voici ma phrase fétiche, que je ressers à toutes les sauces, si vous me suivez sur les Réseaux, Twitter, par exemple :

Choisissez des gens honnêtes, mais bienveillants. Bienveillants, mais honnête.

Un auteur.

Pourquoi ? Explications :

Une personne uniquement bienveillante, hésitera à critiquer. Au final, vous n’obtiendrez que des éloges, mais peu de retours pertinents.

Une personne uniquement honnête, vous dira certes ce qu’il ne va pas, mais ne mettra pas les formes. Or, se faire sèchement critiquer un travail de plusieurs dizaines, centaines d’heures, peut faire mal.

Une personne honnête et bienveillante aura l’avantage de dire ce qui va, et ce qu’il ne va pas. Mais en plus, elle saura mettre les formes.

Sachez recevoir les critiques.

The Importance of Critique in Art
Pas de symbolisme là, l’image me faisait simplement marrer !

Il est toujours difficile de recevoir des critiques. Car lorsqu’on présente un texte, au delà d’un retour honnête, on recherche également une approbation. Le fait que ce que l’on a écrit vaut quelque chose et, par corollaire, que l’ont vaut quelque chose.

Il est très dure de se séparer de son propre texte, pour plein de raisons. C’est pourtant indispensable. Si vous présentez un texte, partez du postulat indispensable que les retours ne se feront que sur votre texte, jamais sur votre personne. Et n’oubliez jamais qu’une personne qui fait des retours détaillés, positifs ou négatifs, est une personne qui a prit le temps de lire vos textes, d’organiser ses idées, de vous répondre. Vous vous rendrez compte que c’est rare. Je vous invite à les remercier. Et à ne pas prendre la mouche si les retours ne vous plaisent pas, car ils pourraient s’en sentir légitimement vexés.

Si les critiques vous blessent, considérez la chose suivante : si la personne vous fait ces retours, c’est qu’elle estime que vos pouvez les recevoir, que votre texte peut être améliorer, et donc qu’il est déjà bien. Et surtout, que vous avez les capacités de l’améliorer. Sinon, elle ne prendrait même pas la peine de vous faire un retour. En ce sens, toute critique, bonne ou mauvaise, est à la base un complément, pas forcément sur votre texte, mais sur vos capacités à l’améliorer.

On vous demande de relire un texte, que faire ?

stress-cartoon | patriziasoliani | Flickr

Prenons le problème inverse : on vous demande, à vous, de faire un retour sur un texte. Nous retrouvons le même problème : comment faire en sorte que la personne ne prenne pas les critiques personnellement ?

A nous, alors, d’appliquer le concept d’honnêteté et de bienveillance. Eviter de dire que ce texte est à coup sûr le prochain Nobel (s’il ne l’est pas), car vous seriez bienveillant, certes, mais pas honnête. Je pars du principe que la personne que propose un texte ne cherche pas une approbation sur sa personne, mais un moyen d’améliorer son écrit. Mais même dans ce cas, il est possible qu’elle soit personnellement affectée par les critiques.

Evitez de dire que le texte est une daube sans fond, même si vous le pensez car vous serez certes honnête, mais pas bienveillant. Cela ne veut pas dire mentir, mais dire les choses de manière plus pacifique. Voyez si vous n’aimez pas le texte car il ne correspond pas à vos affinités (par exemple, si c’est de la SF et que vous n’aimez pas la SF), auquel cas le problème n’est pas forcément la qualité du texte, simplement que l’histoire ne vous interpelle pas. Si par contre le texte est qualitativement mauvais, vous pouvez simplement dire que le texte n’est pas en l’état publiable, qu’il y a un problème de fond, etc. Ce sera difficile à entendre, mais les retours servent à cela.

J’en arrive à un dernier point, que je fais à chaque fois qu’on me demande une relecture. J’avertis l’auteur / autrice. Je précise À L’AVANCE que vous serez honnête, et que les critiques ne porterons que sur le texte, rien que sur le texte, et en RIEN sur l’auteur. Et j’explique que si la personne n’est pas prête à recevoir ces retours, je préfère ne rien faire. Si l’auteur accepte, un contrat moral est passé : il est prêt à recevoir un retour, quelqu’il soit.

Faire lire un texte, ou lire le texte d’un autre, n’est pas chose aisée. Mais ces retours peuvent être utiles sous de nombreux aspects. Offrir la perspective du regard extérieur. Imposer un rythme. Favoriser les échanges. Il est juste fondamental de savoir distinguer l’oeuvre de l’auteur. Chose que nous oublions trop souvent de faire.

Important !

Fichier:Nuvola apps important.svg — Wikipédia
Important, on vous dit.

Vous avez des questions sur l’écriture ? Le mois suivant sera, une nouvelle fois, consacrez à vos demandes ! Mettez donc en commentaires les choses qui vous chiffonnent, qui vous bloquent, j’en ferai peut être un article ! Qui ne tente rien…

Belle journée,

Antonin A.

—-

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Histoire d’écrire #39 S’imposer un nombre de mots par jour : une fausse bonne idée ?

Souvent, très souvent, je vois su les Réseaux des challenges de mots. 400 mots par jours. 4000 mots par jours. 400 000 mots. Le million, le million !

VIDO. Voici le premier joueur dpasser le million de Gamerscore

J’ai toujours été sceptique avec ce genre de règles, et je vais essayer de vous expliquer pourquoi. Mais pour commencer avec un soupçon d’objectivité, voyons tout d’abord les avantages. Ainsi, vous pourrez plus facilement décider si un tel challenge vous convient, ou pas.

Les intérêts d’un tel challenge.

Désacraliser le « mot ».

Un mot | Le Club de Mediapart

L’avantage d’écrire un certain nombre de mots par jour peut-être intéressant pour, justement, désacraliser le « mot ». Combien d’heures perdues en cherchant le terme parfait, refusant d’avancer sans cette révélation ? Alors qu’écrire un mot moins bon, avec la promesse d’y revenir dessus, permet d’avancer dans son texte, de trouver de nouvelles idées pour modifier ce mot par la suite, et aussi, peut être, de voir que ce choix par défaut n’était pas si mauvais ! Ecrivains et écrivaines ont tendances à se mettre une telle pression, que chaque expression semble être pressée de l’âme elle même.

L’idée d’avoir un nombre de mots par jours à écrire permet de rappeler le mot pour ce qu’il est : un mot. Et au lieu de voir chaque terme comme une nouvelle quintescance stylistique, considérez le comme une statue de bois brut, imparfaite au début, mais que vous affuterez à chaque passage.

Les vertus du challenge.

CoupleFit: Try the 100 Squat Challenge!

Chaque personne réagit différemment à la pression et au challenge. Mais si vous aimez les défis, la condition de devoir écrire un certain nombre de mots par jour stimulera votre imagination, et vous fera vous éloigner élégemment des montagnes éternelles de la page blanche, dont l’angoisse glace plus d’un apprentit écrivain.

La force de la régularité.

Rééducation et entraînement régulier du périnée, efficaces ...
On est à fond, là.

Comme beaucoup de choses, l’aptitude à écrire s’acquiert avec l’habitude. Plus on écrit, plus il est facile d’écrire. Se contraindre à écrire chaque jour, comme si contraindre à courir chaque jour, permet de tenir cette régularité, et de conditionner son cerveau à se mettre, rapidement, en mode « écrit. »

La satisfaction de progresser.

Et oui, si on écrit X mots par jour, on voit son texte global grandir en proportion. Et ce sentiment de satisfaction encourage, puisqu’il n’y a rien de pire que de voir un roman inachevé prendre la poussière, plutôt que des pensées nouvelles. Le projet grandit, cela se voit, cela motive à faire davantage grandir le projet, et nous avons un beau cercle vertueux devant nous.

Que de qualités concernant ce challenge ! Aurais-je finalement changé d’avis en cours d’article ? Que nenni ! Et je vous explique pourquoi ce challenge, à titre personnel (toujours) ne me plait pas.

Les inconvéniants.

L’Illusion de progression.

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Ceci est, littéralement, une illusion de progression.

Ecrire, ce n’est pas qu’écrire. Je m’explique. Ecrire, c’est réfléchir à l’histoire. C’est travailler des personnages. C’est revenir en arrière. L’écriture, dans le travail d’un roman, est presque la cerise sur le gateau, la consécration de tout le travail sous terrain précédent.

Ce que je crains, avec ce challenge, c’est d’offrir à l’écrivain une illusion de progression, mais, comme il n’aurait pas suffisemment travaillé le fond, l’évolution des personnages, la résolution de l’histoire, et qu’il se concentre directement sur la forme, l’écriture, il risque d’emmener son stylo dans une impasse scénaristique. Problème : il faudra revenir en arrière, changer beaucoup de choses, perdre du temps et gagner de la frustration (ce qui n’est pas un bon échange). Il est plus sage de ne pas faire ce challenge, et de paufiner son histoire sans écrire un mot. Ensuite, l’écriture sera plus fluide, ira plus vite. Ce que l’on perd en préparation, on le gagne en satisfaction.

La forme au détriment du fond ?

La forme, c'est le fond qui remonte à la surface.
Il en a dit des connercies, ce Victor.

Ne se concentrer que sur les mots, c’est oublier que tout un travail préparatoire est nécessaire avant d’écrire, pour avoir une écriture efficace, et beaucoup moins frustrantes. Cela amène au préjugé qu’une histoire n’est avant tout qu’une succession de mots, sans une structure cachée qui permets.

Pour faire des comparaisons, car j’aime bien, c’est comme s’imaginer que la préparation d’un film commence lorsqu’on actionne une caméra sur le tournage. Où qu’un dessin se fait sans esquisse. Où qu’une maison se construit sans plans. Les lettres, espaces, mots, phrases, que le lecteur verra sur le livre, sont essentiels, bien sûr. Mais ne sont que la surface immergée de l’iceberg littéraire. Une histoire sans fond devient lassante.

Le nombre au détriment du sens ?

List of Synonyms and Antonyms of the Word: Multitude
Une multitude. Aucun bon sens : le bordel.

Si on est tatillons, et que l’on suit parfaitement ce challenge de, mettons, 4000 mots par jour. Que se passe-t-il si à 3970 mots, nous terminons un chapitre important ? Faut-il commencer un autre, histoire d’attendre les 30 ? De même, il ne reste que trois phrases pour un dénouement incroyable mais, tant pis, on est déjà aux 4000 mots. Que faire ?

Cet exemple est caricatural, bien sûr. Mais le sujet que j’évoque est important : faire des mots pour des mots, sans tenir compte de la rythmique de l’histoire, est dommageable. Chaque mot n’a pas la même intensité. Je peux être aussi fagitué après trois pages d’une nouvelle intense, qu’après vingt pages de descriptions plus légère. Se concentrer sur le nombre des mots, c’est ignorer leur sens, et la difficulté relative à les sortir en fonction de l’histoire.

Pour conclure…

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… comme Jean Claude.

A titre personnel, je n’utilise pas ce challenge. Je préfère la notion de créneaux horaires : durant une heure, deux heures, quatre heures par jour, je travaille sur mon livre. Il peut s’agir d’écriture « brute », de simple réflexion, de dessins (pour visualiser les lieux, les personnages). Je vois de nombreux intérêts à une telle démarche :

  • C’est beaucoup moins frustrant : l’idée d’avancer sur une histoire ne se résume pas en une simple succession de mots. J’ai parfois plus avancé sur un projet en ayant UNE bonne idée en quatre heures, qu’en noircissant des pages et des pages.
  • C’est plus divertissant. Quoi ? « Divertisant ? » Mais l’écriture n’est-elle pas censée être une torture sans fond ? Et bien non. Se divertir, c’est garder l’esprit ouvert à la créativité et à l’imagination. Ainsi, passer de l’écriture, au dessin, à la recherche, tout cela permet de ne pas s’ennuyer, et de trouver de nouvelles idées.
  • Je préfère, par exemple, finir un chapitre, plutôt que d’écrire « tant de mots. ». Tous les chapitres ne font pas la même taille et, dans mon travail de romancier, ils correspondent généralement à l’évolution, ou à la cloture, d’un arc narratif. Pour cette raison, j’éprouve un sentiment d’achèvement en cloturant un chapitre, que je n’aurai pas s’il me manque 300 mots à mon challenge et que je dois commencer un nouveau chapitre avant de terminer ma session d’écriture. Je sais que la frustration peut être fructueuse, mais n’exagérons rien !

Après, bien sûr, ma méthode n’est pas universelle ! Mais si vous décidez de faire le « challenge des mots », je vous conseille de ne pas le commencer au début de la création de votre histoire. Plutôt, passez du temps sur la construction narrative, le développement des personnages, où vont-ils, que se passent-ils, jusqu’à la fin. Ensuite, fort de cette structure qui soutiendra toute l’histoire, lancez-vous dans le challenge !

Antonin A.

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Histoire d’écrire #38 : comment décrire les tourments intérieurs d’un personnage

Nous avons vu les différents types de narrateur ces deux dernières semaines. Voyons désormais un cas d’école : comme décrire les tourments intérieurs d’un personnage, en fonction du point de vue choisi ?

Petit rappel : nous avons vu quatre types de narration différentes : narrateur externe (ou objectif), narrateur omniscent, narrateur focalisé, narrateur interne (première personne).Ces differente types de narrateurs peuvent se classer par un ordre particulier, en fonction du focus que l’on fait sur le (les) héros. Plus on s’approche du narrateur à la première personne, plus l’attention est portée sur le personnage, et sa vision des choses. Cela impactera aussi la traduction des ressentis des personnages.

Commençons par l’exception : le narrateur externe.

Pour rappel, le narrateur externe est un point de vue où le narrateur ne sait rien des intentions des personnages. Il ne fait qu’observer ce qu’il se passe, et le décrit. En gros, c’est le point de vue d’un spectateur devant un film (sans narration).

Le Crime De L'orient-Express de agatha christie Format Poche

Mais alors, comment décrire les tourments d’un personnage ? Et bien, comme dans un film, justement. Par suggestion. Vous pouvez bien sûr le faire pleurer ou rire, pour signaler sa joie. Vous pouvez le faire parler, pour décrire ce même sentiment. Mais il y a d’autres manières, plus subtiles. Un menton qui se crispe. Une voix qui se voile. Un mot simple, venant d’une personne habituellement bavarde. Pas la peine de dire exactement le tourment que vit le personnage. Laisser une part d’imagination au lecteur. C’est toute la difficulté, et la beauté, de ce type de narration. Et cela peut être aussi la plus directe, puisqu’il n’y a pas besoin de décrire au lecteur ce que le personne ressent. Il le devine, on abroge ainsi l’étape intermédiaire de l’explication narrative, plus claire, mais qui offre de facto une distance par rapport aux ressentis.

Le narrateur omniscient.

Dieu, en quelque sorte. Le narrateur omniscient se balade d’un personnage à l’autre, sait tout, connait tout, pourrait techniquement raconter la fin de l’histoire au moment même où celle-ci commence. Il parlera donc des tourments intérieurs d’un personnage de la même manière que le reste : avec la distance et la hauteur propre à son statut. Un exemple, parmi tant d’autres, Zola, et ses Rougons Macquarts. Ce qui est logique, comme le but assumé de Zola est de raconter les moeurs d’une époque, sous tout ses aspects, y compris les ressentis des personnages.

La Pléiade - Catalogue - Bibliothèque de la Pléiade ...

Cette hauteur impliquera plus une analyse des sentiments que l’expression des sentiments eux-mêmes. Ils seront décortiqués, expliqués, mis en relief. Le lecteur se dira :

« Je comprends ce que le héros ressent »

plutôt que :

« Je ressens ce que le héros ressent ».

Le narrateur focus.

Nous arrivons sur le cas du narrateur intermédiaire entre la distance et l’intime. Le narrateur se situe encore à la troisième personne, mais n’est plus plus omnipotent. Cette fois, nous sommes attaché à un seul personnage et, à quelques exceptions près, nous voyons le monde à travers ses yeux, sa connaissance, ses ressentis. Mais à la troisième personne.

Harry Potter Covers Designed by Olly Moss for Pottermore ...
Reprenons cet exemple !

Par définition, la traduction des émotions du personnage sera plus directe, moins analytique. Mais la troisième personne créée, encore, une distance. C’est à la fois une force et une faiblesse. Force, car nous pouvons décrire des émotions que le personnage ne parviendrait peut être pas à expliciter lui-même. Faiblesse, car cette distance, par son existence même, dénature la transmission même de ces émotions. Si elles ne sont plus analysées, comme avec le narrateur omniscient, elles ne sont pas encore ressentis. Elles sont expliquées.

Narrateur interne.

Rédiger une histoire à la première personne est plus compliqué, car on est « enfermé » dans une seule perception de l’univers. De plus, surgit une question : est ce que le narrateur se décrit ses sentiments à lui-même, ou s’adresse-t-il au lecteur ?

Vaste question. Et pour avoir une piste de réponse, il faut se pencher sur un autre paramètre : à quel temps relate-t-on l’histoire ?

Narrateur interne : au passé ou au présent ?

En effet, le choix du temps n’est jamais neutre, et c’est encore plus le cas quand il s’agit du narrateur interne. Pourquoi ?

Au passé

Total Khéops par Izzo

Car un narrateur interne au passé raconte l’histoire. Il l’a donc vécu. Il s’en est (généralement) sortit. Il possède une réflexion sur les évènements, et sur ses propres ressentis. Par conséquent nous pouvons déduire qu’il s’adresse à quelqu’un (connu – s’il rédige ses mémoires, ou raconte cette histoire à une tierce personne, ou inconnu – donc le lecteur). Il va ainsi rendre ses tourments intelligibles, puisque le but est d’expliciter.

Au présent

Le bizarre incident du chien pendant la nuit par Haddon
Tout n’est pas au présent dans ce superbe roman mais il est très difficile de trouver un livre, écrit entièrement et à la première personne, et au présent !

Quand le narrateur interne relate l’histoire au présent, c’est une autre paire de manches ! Retroussons les, et voyons cela :

On ne raconte pas une histoire au présent. On a la vit. On subit l’instantané. L’imprevu survient, et altère directement la narration puisque le narrateur, par essence, ne s’y attendait pas.

Et dans une narration interne au présent, à qui est adressé l’histoire ? Vaste question. Généralement, il n’y a plus de destinataires connues. Et le destinataire implicite – le lecteur, n’existe pas (dans la théorie, bien sûr, puisque vous lisez l’histoire). Le fameux quatrième mur est complètement fermé et nous, lecteurs, sommes des intrus dans cette histoire qui ne nous concerne pas.

Suivre l’histoire d’un narrateur interne au présent, c’est comme se brancher sur l’esprit du héros, à son insu et que nous lisons en temps réel son interprétation de la réalité. Et dans cette perception forcément subjective, l’environnement extérieure et les tourments interieurs se mêlent.

Prenons exemple sur vous. Vous regardez un objet, chez vous. Y voyez vous seulement un objet ? Non. Vous y acollez un souvenir, une estimation, un jugement. Subjectivité. Pensées et réalité se mêlent. C’est ce mélange de perceptions, de ressentis et de faits, qu’il faut s’attacher à décrire.

Et puis, survient ensuite un autre problème. Sommes nous capable à tout moment d’analyser ce que nous ressentons ? Généralement, non. Nous ressentons, c’est tout. Sauf que le lecteur, lui, à besoin d’une retranscription. Alors, comment faire ?

Et bien c’est compliqué ! Quand vous, humains, avez peur, vous ne formez pas spécifiquement la phrase « j’ai peur ». Vous le ressentez. Cela suffit. Mais il y a ce sacré lecteur. Comment lui faire comprendre, à lui, ce qu’il se passe dans la tête du personnage, alors que celui-ci n’a pas besoin de le faire lui-même, et qu’il n’a même pas conscience qu’un lecteur scrupte ses pensées ?

Et bien, c’est compliqué ! Et curieusement, le narrateur objectif, que nous avons vu plus haut, bien qu’impersonnel, peut y arriver plus facilement, en ne faisant que suggérer les émotions via les actions des protagonistes. Paradoxe !

Mais voici quelques trucs éanmoins, qui permettrons l’expression des sentiments. Je me concentre sur le narrateur interne, car cela me semble être le plus compliqué, mais ces astuces pourront tout de même s’appliquer aux autres types de narration.

Conseils pour décrire les tourments intérieurs d’un personnage sans passer par la simple description.

La description physique.

Puisons justement dans les trucs et astuces du narrateur objectif. Rien n’empêche de décrire, au présent, les palpitations physiques qui témoignent de notre état d’esprit. Le coeur bat la chamade (cliché, je sais). Les larmes coulent. Tout cela peut s’appliquer aussi au narrateur interne.

Évolution de la perception subjectif du décors.

Nous l’avons vu, chez le narrateur interne, réalité et perceptions se mélangent. Il est donc possible d’altérer cette réalité pour transmettre des émotions. Le temps s’arrête, car il est amoureux. Le sol tangue, car il est ivre. Les visages lui paraissent soudain plus menaçants, car il a peur. Pour chaque personne, la réalité qu’il perçoit est une interprétation de son cerveau. Et de son état d’esprit.

Images corporelles.

Quand on ne sait pas écrire qu’on a peur, on peut le dérire. On a l’estomac noué. On est dévoré de l’intérieur. Ce n’est pas exactement une déformation de la réalité, mais une description imagée des ressentis physiques.

Les métaphores.

Le feu de l’amour vous consumme ? Vous êtes glacé de terreur ? Bravo, vous maîtrisez le difficile travail d’orphèvre de la métaphore !

Variation de styles.

L’ecriture est l’âme du narrateur. Le style est un outil, qui peut évoluer. Changez de rythme. Des phrases alambiquées témoignent de la confusion du personnage. Des phrases plus courtes cognent en rythme avec un cœur qui bat la chamade.

Le rythme n’est pas leur seul à changer. Les sons, aussi. La bûche craque et croque les copeaux clairsements le feu ? Parfait et l’assonnance en « k » renforce cette sonorité cassante. La torpeur et la langueur saisissent le narrateur ? Tout aussi bien.

Il y a pleins d’autres manières ! En voilà quelques unes. En avez-vous d’autres ? L’espace commentaire est fait pour vous !

En conclusion : chaque type de narrateur, combiné au temps de narration, va impacter la manière de décrire les émotions de vos héros. Plus vous vous approchez de votre personnage (omniscient > focus > première personne), plus les émotions deviennent des ressentits, et moins la présence d’un destinataire (la personne recevant l’histoire) n’est évidente. Chaque type possède ses avantages et ses défauts. Aucun n’est meilleur. Par contre, un correspondra mieux à votre histoire. Choisissez avec attention. Mais n’oubliez pas :

Les différentes catégories de narrateur que je viens de mettre en avant ne sont pas hermétiques ! Voyez plutôt cela comme des repères, et vous pouvez passer de l’un à l’autre en connaissance de causes, en voyant les avantages des uns, et des autres. Connaître les catégories qui façonnent une histoire n’est pas restrictif, n’est pas anti-créatif, au contraire même, si on sait comme les utiliser à notre manière, et briser les frontières.

A bientôt !

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Histoire d’écrire #37 : du bon usage du narrateur

Nous avons vu la semaine dernière les différents types de narrateur : première personne, troisième personne, omniscient, etc. Pour plus de détails, rendez-vous ici.

Voyons désormais pourquoi, quand, et comment les utiliser.

La troisième personne

Comme nous l’avons vu, l’usage de la troisième personne se fait par défaut. En cela, j’entends qu’il s’agit de l’utilisation la plus courante et la plus facile pour la narration : il est possible pour l’auteur de dire par ce biais ce qu’il veut, passer d’un personnage à l’autre, briser le quatrième mur.

Attention : cela ne veut PAS dire que le choix de la troisième personne est un choix « faible ». Être original, pour le simple fait d’être original, n’est généralement pas vendeur. Je conseille plutôt de choisir tout simplement le type de narration qui correspond le mieux à l’histoire que vous voulez raconter.

Nous l »avons vu la semaine dernière, il y a trois possibilités pour utiliser la troisième personne. Nous allons désormais voir les avantages et inconveniants de ces choix.

Ominisient.

Le narrateur omniscient sait tout, passé, présent, futur, sur tous ces personnages. Même s’il est généralement plus focalisé sur l’un des personnages (le héros), rien ne l’empêche d’aller voir la psyché d’un ou d’une autre.

Il y a de nombreux avantages à cela, surtout dans le cadre de la fantaisie / science fiction, où un nouvel univers est mis en avant.

Décrire l’univers.

Un univers tel celui d’Interfeel possède de nombreux éléments : nouveaux objets, nouvel ordre social, modification. Ces informations ne sont pas toujours accessible aux personnages. Par exemple, le héros d’Interfeel, Nathan, est un jeune homme de 16 ans, encore naïf au début de l’histoire, qui n’a pas connaissance de ce qu’il s’est passé avant sa naissance, avant Interfeel. Être un narrateur omniscient permet de raconter ces éléments, en s’éloignant du point de vue du personnage.

Montrer les autres points de vue.

De nombreux conflits surgissent dans les histoires. Pour rester sur l’exemple d’Interfeel, une tension survient au chapitre 7 entre Nathan et Livia, et Nathan n’en comprend pas (sur le moment) la cause. La force du narrateur omniscient est qu’il peut par la suite se concentrer sur le personnage de Livia pour en expliquer la raison.

Une difficulté, alors, survient : il ne faudra pas oublier que les connaissances que possède le lecteur (sur Livia) ne sont pas connu de Nathan. Ainsi, il faudra gérer en permanance ce « décallage de connaissances » entre lecteur et protagoniste.

Les flashbacks et les forshadowings.

L’outil (pour moi) le plus puissant de l’écriture omnisciente, est de créer un suspens en mettant en relief ce qu’il se passe dans le présent avec des actions passées, et d’autres qui ne sont pas encore survenus. Nous pouvons prendre l’exemple de cette phrase :

S’il l’avait rattrapé à ce moment-là, rien des tragédies futures ne seraient arrivées.

Cette phrase prend un risque dans la narration : le lecture ne va plus se demandé ce qu’il va arriver, mais comment ces tragégies vont arriver (et ce qu’elles seront). C’est, vous vous en doutez, un outil à utiliser avec parcimonie.

D’une manière générale, ce procédé est particulièrement utilisé lors d’une multiplicité de personnages. Ainsi, ce n’est pas un souci pour passer de l’un à l’autre.

Le narrateur focalisé sur un personnage.

L’un des défauts de la vision « omnisciente », c’est qu’elle met de facto une distance entre le lecteur et le personnage, le lecteur se contentant d’observer le personnage, d’un point de vue presque sociologique. Le focale sur un personnage réduit les connaissances en dehors de ce dernier, et nous permets donc meilleure approche. Nous sommes plus « près » du héros, nous avons ses limitations.

Si nous restons dans un univers nouveau, il faudra alors trouver d’autres moyens d’expliquer au lecteur les choses qu’il ne connait pas encore. Celles-ci se font souvent en plaçant le personnage que l’on suit en position de « naïf », découvrant l’univers en même temps que nous, et nous apprenons en même temps que lui ces nouveautés. C’est le cas pour Harry Potter, qui ne connait rien du monde des sorciers au début de l’histoire.

L’avantage de ce focus est que l’on peut encore décrire le personnage au delà de lui même. Ainsi, nous pouvons décrire que le héros à peur, même si lui même n’en a pas conscience (et nous pouvons d’ailleurs expliquer que « lui même n’en avait pas conscience »).

Enfin, il est à noter que « omniscient » et « focalisé » ne sont pas des catégories imperméables. Interfeel, par exemple, est un peu entre les deux. Généralement, à chaque fois il se concentre sur un personnage de manière exclusif, offrant (rarement) des informations au delà de ce que perçoit le personnage.

Le narrateur externe.

Le narrateur externe est très spécialisé, surtout dans les polars. Dans ce type de narration, nous ne faisons qu’observer les personnages du dehors, comme s’ils s’agitaient sur un grand jeu d’échec, sans n’avoir aucune idée de ce à quoi ils pensent. Par nature, donc la vision de ces personnages est plus « froide » plus mathématique. Ce n’est donc pas un hasard si nous retrouvons principalement ce proécédé dans les polars, où les sentiments importent peut, si ce n’est que ce sont des éléments pour essayer de trouver le coupable. Les 10 petits nègres d’Agatha Christie en est l’exemple type.

Une version alternative de ce narrateur est le narrateur à la première personne qui n’est pas le héros, mais l’observateur du héros. Hasting et Hercule Poirot. Watson et Sherlock Holmes. On aucun cas nous ne sommes dans la tête du détective, mais nous l’observons, par le prisme du naïf, c’est à dire Hasting ou Watson, qui n’ont pas les capacités intellectuelles de Poirot ou Holmes, mais plutôt les nôtres. Du côté « cocorico », la saga des enquêtes du journaliste Rouletabille utilise le même procéssus, puisque ces aventures sont narrés par son ami, l’avocat Sainclaire.

L’usage de la première personne.

L’usage de la première personne est plus exclusif. Il offre une contrainte supplémentaire à l’écrivain : il est impossible de décrire ce qu’il se passe en dehors de la tête de son personnage principal, et nous n’avons accès qu’à ses propres perceptions.

Il est toujours possible d’écrire un roman de Fantasy ou de Science Fiction de cette manière, mais dans ce cas le rôle du naïf semble indispensable. L’exemple type va être la saga Hunger Game, ou Katniss découvrira le Capitole en même temps que nous.

The Hunger Games - Wikipedia

De même, la saga Twillight utilise le même procédé, Bella découvrant l’univers des vampires au fil des pages de la narration.

Le choix de la première personne, pour ce type d’ouvrage, n’est donc pas le choix par défaut, à l’instar de choisir de faire une photo noir et blanc à notre époque. Mais c’est un choix acté, pour offrir une nouvelle perspective de l’histoire ( de même que les photos noir et blanc offrent une nouvelle perspective de l’image). Car il y a des avantages.

La réduction de informations à transmettre au lecteur ont un avantage fondamental : cela humanise grandement le récit, et le met à l’échelle du héros, du moins de la personne que nous suivons. Le récit devient celui du narrateur. Expliquons cela :

Dans un récit à la troisième personne, si le héros, que nous nommerons Harry, à peur, le narrateur écrira vraissembablement

Harry a peur

A la première personne, le personnage dira certainement « J’ai peur ». (j’ai conscience que c’est un peu plat pour le moment, mais suivez mon raisonnement !)

Mettons maintenant qu’Harry a bel et bien peur, mais n’ose pas se l’admettre. A la troisème personne, on écrra donc :

Harry a peur, mais j’ose pas se l’admettre.

Et maintenant, si l’on passe à la première personne, on arrive à un problème : autant le narrateur externe peut comprendre que et le héros a peur, et il ne peut pas l’admettre.

Mais le narrateur interne ne possède pas cette distanciation avec lui-même (surtout si l’histoire est rédigée au présent). Il ne peut pas à la fois avoir peur, et le dire, s’il ne peut pas l’admettre.

Cela est une contrainte narrative. Mais une contrainte génératrice de créativité. C’est à l’écrivain de trouve un moyen de faire exprimer au héros un seniment qu’il n’ose pas admettre formellement (le coeur bat la chamade, les murs penchent, etc.).

Et cette manière de décrire un sentiment, de le ressentir, même, est beaucoup plus… humain ! On se colle vraiment au protagoniste, on partage, au point même d’en oublier la frontière du livre, ce qu’il vit. C’est une expérience forte.

Jean Claude Izzo a écrit une trilogie de polar se déroulant à Marseille, que j’ai lu il y a au moins 15 ans. Le narrateur est le héros, Fabio Montale, qui parle à la première personne. Si je me souviens très peu des histoires, l’état d’esprit du héros, profondément mélencolique, me marque encore. C’est la force de ce genre de récit. Beaucoup plus contraignant à écrire, potentiellement émotionnellement plus fort à lire.

Pour conclure, vous avez de nombreux choix pour écrire votre histoire ! Vous pouvez même mélanger les différentes possibilités (mais attention à la confusion). J’espère qu’avec cet article, vous aurez comprends les avantages et les inconvéniants de chacun, histoire d’écrire l’histoire qui vous correspondra le plus !

A bientôt !

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Comment reprendre un récit déjà écrit ? Hors Série #Histoiredecrire

Bonjour tout le monde !

J’espère que vous allez bien dans ce mois d’août (souvent) chaud.

https://i0.wp.com/evasion-online.com/RecupImgArticles/le+desert/Mourir-dans-le-desert.jpg
Rho, ça va… il fait pas si chaud !

Avez-vous déjà reprendre un texte, laissé de côté depuis de nombreuses années ? La démarche semble simple, le texte étant déjà écrit, et pourtant… pas facile !

https://img.freepik.com/photos-gratuite/femme-age-mur-reflechie-touchant-menton_1262-17605.jpg?size=626&ext=jpg
Le doute, représentation visuelle.

C’est ce qui m’arrive en ce moment, avec mon nouveau projet d’écriture (la rédaction d’Interfeel 2 étant terminé).

Dans cette vidéo, je vous explique les raisons de ces blocages, et comment y remédier.

Bon visionnage !

Bon visionnage !

Antonin A.

Le prochain article #Histoiredecrire arrive bien sûr ce vendredi ! D’ici là, vous pouvez me suivre sur les Réseaux Sociaux !

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Histoire d’écrire #36. Écrire à quelle personne ?

Lorsqu’on commence l’écriture d’un texte, l’une des premières questions qui de pose est : à quelle personne écrit-on l’histoire ? Première personne ? Troisième personne ? Évitez de tirer à pile ou face, ce choix de personne a un impact fondamental sur le fond, et la forme, de votre histoire.

Troisième personne

Le livre à la troisième personne est le plus courant. Tout comme le temps du passé, vu dans l’article précédent, ce sera le choix par défaut pour beaucoup de livres. Cela dépend aussi beaucoup des styles et des genres. Le polar est souvent à la troisième personne (ou la troisième personne par transfert, voir plus bas), pour offrir du mystère au raisonnement du héros, et permettre des révélations éclatantes à la fin. Les thrillers tendent plus vers la première personne, comme les affectes du héros sont tout aussi important, sinon plus, que le raisonnement mathématique pour trouver le coupable.

Le choix de la troisième personne est le choix par défaut, car il est le plus facile. En effet, dans cette catégorie, trois choix sont possibles (si bien que la distinction 3ieme/1ère personne est artificielle : il faudrait plutôt faire une séparation entre quatre catégories). Voyons donc ces trois choix :

Narrateur omniscient

Dans ce cas, le narrateur prend, sans prétention, la place de Dieu. Il sait tout, les ressentis de chaque personnage. Il avance ses pions, tel un joueur d’échecs géants, dont chaque pièce serait douée de conscience.

Attention : cela ne veut pas dire qu’il faut révéler les intentions de tous les personnages. En plus de tout savoir de tout ses personnages, l’auteur peut décider d’une aridité d’information, pour une question d’équilibre narratifs, de mystère, de suspens.

Quand utiliser ce choix ? Lorsque vous voulez décrire un univers facilement, sans avoir à passer par le prisme d’un narrateur, ce choix est important (Le seigneur des Anneaux en est l’exemple type).

Enfin, l’exemple d’excellence d’omniscience se trouve, selon moi, dans « La vie, mode d’emploi », de Georges Perrec, que je recommande absolument.

La vie mode d emploi

Narrateur focalisé sur un personnage

Dans ce cas, le narrateur se focalise sur un personnage, dont on connaît toutes les émotions, et celles des autres ne sont que vu, et ressenti, à travers ce personnage principal.

Prenons un exemple que, je suis sûr, personne ne connait : Harry Potter.

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A quelques exceptions près, notamment les premiers chapitres de chaque livre, toute l’histoire est vue du point de vue d’Harry Potter, à la troisième personne.

IMPORTANT : il faut noter que ces différents choix ne sont pas hermétique. Il est tout à fait possible de passer de l’un à l’autre. Si nous reprenons l’exemple d’Harry Potter, l’histoire du premier tome commençant avant la naissance d’Harry Potter, il ne peut en être le narrateur principal. La narratrice est donc omnisciente, avant de se concentrer sur Harry Potter, dans le chapitre suivant.

Variation du narrateur focalisé :

Il est tout à fait possible de se concentrer sur plusieurs personnages, alternativement. Attention, cela ne transforme pas le narrateur en omniscient, puisqu’à chaque fois, il ne se concentre que sur un personnage. Pour rester sur l’exemple d’Harry Potter, c’est généralement le cas lors des premiers chapitres des romans, avant que l’action ne reprenne sur Harry Potter.

D’autres exemples d’alternance de narrateur sont encore plus flagrants : à chaque chapitre, nous changeons de personnage. Le Fille du Train, de Paula Hawkins, joue sur cette dualité de protagonistes.

La Fille du train

Et nous retrouvons également la trilogie de Vernon Subutex, dont j’ai parlé déjà la semaine dernière, où chaque chapitre se focalise sur un personnage différent, et sur ses propres perceptions.

345 meilleures images du tableau Livres Lus | Amour de ...
Vernon Subutex, encore.

C’est d’ailleurs aussi le cas d’Interfeel, même si beaucoup de chapitres sont tout de même centrés sur Nathan.

Narrateur externe

Cette fois, le narrateur ne se mêle de rien. Il se contente de décrire les faits, gestes et paroles des personnages. Cette démarche, qui peut sembler arride aux premiers abords, est intéressantes pour les polars, type « Dix petits nègres ».

Dix petits nègres. Agatha Christie - Decitre ...

L’intérêt de ce choix est surtout dans les polars, car il permet de préserver une part de mystère intrinsèque au personnage : même le lecteur ne peut savoir qui est le coupable, puisqu’on ne sait rien de leurs intentions.

Il est important de noter que ces trois points de vue différents ne sont pas imperméables. Très souvent, d’ailleurs, l’auteur va changer de narrateur au fil de ses envies, ce qui généralement ne pose pas de souci pour le lecteur. Rien n’empêche, par exemple, une histoire commençant par une description objective de la ville (narrateur externe), puis on remonte l’histoire de cette ville (narrateur omniscient), enfin l’histoire commence et l’on se focalise sur un seul personnage (narrateur personnel).

Cette porosité, bien avantageuse pour développer son récit, ne se rertouve pas dans la narration à la première personne que nous allons voir désormais.

A la première personne

Un texte à la première personne ressemble au narrateur personnalisé que nous avons vu plus tôt (à la troisième personne), sauf que les perceptions du héros sont intériorisé. Tout passe par le prisme de la première personne. Il est impossible de faire un écart, de devenir un narrateur omniscient le temps de quelques lignes, pour décrire ce qu’il se passe dans la pièce d’à côté. C’est donc un choix très restrictif. Pourtant, le type de narration à la première personne ne manque pas d’intérêts. Nous verrons cela la semaine prochaine.

Quelques utilisations particulières de la première personne.

La troisième personne par transfert

Le narrateur n’est que le témoin du personnage principal. En ce sens, l’histoire est un peu un mixte de première personne (car il y a un narrateur) et de troisième personne : car le personnage principal est écrit à la troisième personne.

Cela peut être utilisé pour préserver le mystère du personnage principal. C’est d’ailleurs le seul moyen : à la troisième personne, on ne pourrait que parler de lui, à la première personne, la notion de mystère disparaît.

Cela est très présent dans les livres policiers, avec bien sûr Sherlock Holmes, personnage principal des histoires, pourtant racontées par le doctor Watson.

Sherlock and John - New Season 4 Promo still | Sherlock ...
Anecdote amusante : savez vous que dans aucun livre d’Arthur Conan Doyle (le père de Sherlock Holmes), Sherlock ne dit la fameuse phrase : « Elementaire, mon cher Watson » ?

Mais plus récemment, l’amie prodigieuse d’Helena Ferrante emprune le même chemin. Même si la narratrice est importante, l’admiration qu’elle voue à son amie en fait le personnage principale, et permet d’ajouter une dose de mystère à cette femme.

L'amie prodigieuse (Tome 1) - Elena Ferrante
Je n’ai pas été sensible à cette tétralogie (que je n’ai pas finis), mais beaucoup l’ont été, alors laissez vous tenter !

Plusieurs narrateurs à la première personne

Le livre « La Horde du Contrevent » offre une autre utilisation intéressante du narrateur à la première personne : il y a autant de narrateur à la première personne que de personnages horde du contrevent : il y a autant de narrateur que de personnes (et il y en a 23). Intérêt : cette multiplicité de points de vue densifie l’univers, en y apportant 23 interprétations différentes. Problème : cette pluralité de narrateur peut être un peu confu.

La Horde du Contrevent : une BD chez Delcourt à l'automne 2017

Enfin, même si nous n’en parlerons que peu ici dans cet article, mais sachez qu’il existe également ce qu’on appelle le « narrateur incertain ». Ce qui signifie que le lecteur ne peut pas se fier au narrateur, et aux informations qu’il propose. L’exemple le plus frappant se trouve dans le livre « Le Meurtre de Roger Ackroyd », une aventure d’Hercule Poitot d’Agatha Christie. Je ne vous ferais aucune révélation supplémentaire, mais vous conseille de lire ce livre qui, oui, est écrit à la première personne, et offre une belle utilisation des informations lacunaires que peut révéler un narrateur interne !

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0b/Le_Meurtre_de_Roger_Ackroyd_d%27Agatha_Christie%2C_couverture_de_Charles_L%C3%A9andre%2C_1927.jpg

Nous avons vu aujourd’hui les différentes possibilités de narration. La semaine prochaine, nous reprendrons là où nous nous sommes arrêtés, et nous verrons les intérêts et les inconvenients de ces différentes choix narratifs !

Je vous dis donc :

To Be Continued GIFs | Tenor
« A suivre… »

Je vous dis donc :

A vendredi prochain !

Antonin A.

PS : si vous avez des suggestions d’articles, n’hésitez pas, il me reste des créneaux !


—-

J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !

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Histoire d’écrire #35 – Écrire à quel temps ?

Hello !

Un article un peu particulier aujourd’hui puisque durant tout le mois d’août, je vais répondre à des questions sur l’écriture que VOUS m’avez posé !

(D’ailleurs, il reste des créneaux durant l’année où je répondrais à vos questions ! Posez les donc en commentaire, ne soyez pas timides !)

Aujourd’hui, une question posez sur Instagram : à quel temps écrire ! Cette question rejoindra d’ailleurs celle de la semaine prochaine : à quelle personne écrire ?

Bref, vamos !

Mais le temps, c’est quoi ?

On ne va pas en parler philosophique ou physiquement, car à défaut d’un article, il nous faudrait trois volumes ! Le temps dans la littérature, c’est quoi ?

Celui avec lequel un va raconter l’histoire.

Les temps possibles

Le passé : le temps par excellence.

Once upon a Time... Black and White typography of fairy ...

Il était une fois…

Les histoires, traditionnellement, se racontent au passé. On part du postulat que si l’on raconte l’histoire, c’est qu’elle est achevée et qu’elle est donc, par définition, passé… Et cela peu importe l’époque : les livres futuristes se racontent au passé puisque le narrature se situt après l’histoire, donc plus tard dans le futur que lorsque l’histoire futuriste à lieu… vous me suivez ?

Et donc, paraxoxalement, écrire une histoire futuriste au présent peut être surprenant.

(Par exemple, devinez à quel temps est écrit Interfeel ?)

Le passé est la norme. L’immense majorité des romans sont écrits à ce temps. On peut donc dire que c’est le temps de narration par défaut. Ainsi, ne pas écrire au passé, c’est s’écarter de la norme. Il faudra donc une bonne raison.

(Cette nuance est importante : le choix entre présent et passé n’est pas neutre, comme l’un de ces deux temps est un choix par défaut, l’autre choix implique une raison spécifique).

Les avantages d’écrire au passé.

C’est le temps « normal ».

Il ne faut pas négliger cet argument : vouloir à tout prix ne pas être dans les clous est le meilleur moyen de se planter, justement. Si le choix du temps importe peu pour vous, je préconise le passé.

Il offre un aspect mythique à l’histoire (en se réfèrent aux histoires traditionnelles).

Il offre un plus grande diversité de temps, et donc un plus grande précision :

Passé simple, passé composé, imparfait, tout cela est possible au passé. Quels sont leur équivalent au présent ? Et bien… Le présent !

Chaque temps, en français, possède sont utilité. L’imparfait traite des choses habituelles et répétitives. Le passé simple s’occupe des actions ponctuelles. Par exemple :

Chaque jour, John avalait sa pilule qui lui permettait d’oublier sa journée atroce. Ce soir, par contre, il la reposa sur la table.

Au présent, les spécificités de chaque action sont effacées au profil d’un temps uniforme :

Chaque jour, John avale sa pilule qui lui permet d’oublier sa journée atroce. Ce soir, par contre, il la repose sur la table.

Vous voyez bien avec cet exemple que écrire au présent ou au passé n’est pas un choix sans conséquence. C’est une autre manière de présenter son texte. On lui offre une autre saveur. Et voici, d’ailleurs, pourquoi écrire au présent :

A noter que l’anglais n’a pas ce problème, puisqu’il propose deux temps au présent :

I come

I am coming

Le deuxième appuyant l’idée que l’action est en train de se produire en ce moment même, que nous sommes au cours de l’action.

D’autres langues, comme le japonais, font de même, avec la forme  » て  » (te)

来ます

来ている

(Verbe venir au présent, sous la forme classique, et la  » て  » forme, dîtes progressive)

Pour le français, la traduction la plus proche serait alors : « il est en train de venir », ce qui allourdit la phrase.

Pourquoi écrire au présent ?

Nous l’avons vu, le choix du présent est généralement volontaire, et pas par défaut. Il recèle pourtant de nombreux avantages. Le premier coule de source :

Mon livre s’ancre dans le présent, dans le réel. Et le temps du réel, c’est le présent.

Pour Interfeel, je l’avoue, le choix a été assez intuitif : le passé était naturel, d’autant que j’avais l’espoir de l’inclure dans un univers plus large, dans lequel le passé offre un aspect « mythologique » à l’ensemble.

Quelles sont les conséquences du choix du présent ?

(Il s’agit d’un ressentit strictement personnel).

Le présent offre un rapport plus « brut » avec le réel. Plus cash. On n’a pas la distance narrative, on se trouve directement dans l’action, collant les personnages à la peau. Si l’on devait comparer cela à un film, je verrais une caméra collée sur les acteurs, peu de plans larges.

Ce n’est pour moi pas un hasard si Virgnie Despentes, dans ses Vernom Subutex entre autres (que je recommande), utilise le présent. Elle suit les personnages un à un, et le choix de ce temps cadre parfaitement avec son style narratif cash, droit au but. (Quelques extraits ici)

Vernon Subutex - Virginie Despentes - SensCritique
Un des livres les plus importants de ces dernières années, selon moi.

Ainsi, ce que le présent va perdre en chox de temps, il le gagne en terme d’instantanéité. Pour moi, le présent est plus rugueux, ce qui convient parfaitement au style de Despentes, et de nombreux auteurs contemporains. Si vous souhaitez offfrir ce style « brute » à votre histoire, passez au présent.

Reste une façon très particulière d’utiliser le présent dans un texte qui ne l’est pas : le présent de narration.

Présent de narration

Le présent de narration, c’est l’incursion du présent, dans un texte qui ne l’est pas. Pourquoi ? Pour, justement, et l’espace d’un moment, coller avec l’action, suivre les héros pas à pas.

Il est tentant d’utiliser ce présent. Je l’ai fait, souvent, plus jeune, et trop. Il s’agit pour moi d’un outil utile, mais à utiliser avec percimonie. Si la liberté d’expression ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, ce genre d’outil perd de sa saveur avec l’outrance.

Utiliser le passé dans un texte au présent.

Lost Jack GIF - Find & Share on GIPHY

Il est également possible d’utiliser le passé, pour relater un évènement antérieur. Dans ce cas, le temps le plus couremment utilisé sera le passé composé (Il a mangé), qui a la particularité, contrairement au passé simple (Il mangea), de garder comme référence temporelle le présent.

Qu’est ce à dire ? Qu’avec « il a mangé », l’action est terminée, et ancré dans le passé. Il mangea, on se trouve au moment de l’action, située dans le passé.

Et le futur, alors ?

Back To The Future GIFs | Find, Make & Share Gfycat GIFs

Et bien le futur, vous conviendrez que c’est compliqué ! Il ne sera utiliser qu’à de rares occasions, soit lorsqu’un personnage prédira une action, soit quand le narrateur prédira la suite de son histoire, par créer un décalage et de nouvelles attentes chez le lecteur (le foreshadowing). De même que le présent de narration, je conseille de ne pas abuser de cet outil, car il s’agit d’un temps réellement inhabituel, et surprenant pour le lecteur. Mais l’effet de surprise, trop utilisé, devient généralement indigeste.

Voilà ! J’espère que les différentes utilisations des temps au sein d’une histoire. Comme vous le voyez, le choix n’est pas anodin. Il faut tenir compte de beaucoup de paramètres : la tonalité que vous souhaitez donné à votre histoire. Il faut également avoir conscience que le temps de référence est le passé. Le choix du présent est un choix actif. Dans tous les cas, ce choix va impacter votre texte, changer sa tonalité, sa perception aux yeux du lecteur. Réflechissez bien avant de choisir, bref… prenez votre temps !

Le mois d’août, ce sont VOS questions !

Merci à « @je.suis.un.oreiller » d’avoir posé cette question sur Instagram (d’ailleurs, suivez moi !) La semaine prochaine, nous aborderons une nouvelle question que vous m’avez posé : relater un récit à la première ou à la troisième personne, quelle différence ?

Et si VOUS avez des questions, posez les en commentaires, il reste des créneaux, fin août. Si la question m’interpèle, j’en ferait un article !

A bientôt !

Antonin A.

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Histoire d’écrire #34 Comment faire quand on doit écrire, mais qu’on ne veut pas écrire ?

Parfois, la contrainte dépasse l’envie. Parfois, il faut écrire mais, bon sang, l’envie est loin, loin.

Alors comment faire ? Et bien, la première question élémentaire est :

Dois je vraiment l’ecrire ?

Hamlet’s Soliloquy, "To Be Or Not To Be," a Modern English ...
To write or not to write ?

Et oui ! Au final ce texte, cet article, est-il vraiment indispensable ? On a déjà tellement de contrainte dans la vie, pas besoin d’en rajouter :).

Si la réponse à la question précédente est « non », fermez votre ordinateur, écrivez quelque chose d’autre, regardez une série, ce que vous voulez ! Si la réponse est oui, et bien, la suite de cet article est pour vous :

Pourquoi n’ai-je pas envie ?

Pas Envie GIF - Pas Envie Oss117 - Descubre & Comparte GIFs

Est ce un manque d’objectif ? Une fatigue ? Je vous renvoie un cet article si vous cherchez la motivation. N’oubliez pas qu’écrire, ça fatigue. Vous prendriez soin de votre sommeil si vous dormiez tous les jours, non ? Pareil pour l’écriture. Dormez, reposez vous, mangez équilibré, fruits et légumes frais, etc.

Parfois, vous avez trop écrit avant, donc écrire maintenant, non, vous saturez. Faites un break.

Mais parfois, l’envie n’est tous simplement pas là. Et il faut écrire, et créer. Comment être créatif sans l’envie ?

C’est compliqué ! Mais…

Voici quelques astuces qui peuvent vous faire retrouver votre intérêt.

Trompez l’ennui par de nouvelles formes de créativités.

L'ennui rend plus créatif ! Voici pourquoi... - Out the Box
Je te jure que c’est possible, grumpy cat !

Vous pouvez trouver la créativité dans les formes d’écriture les plus routinières.

Vous devez rendre un rapport, ce qui n’enchante pas trop votre fibre d’artiste ? Et si vous vous fixiez pour objetif de n’écriture que neuf mots par phrase, pas un de plus, pas un de moins ? L’intérêt de prendre un travail sous cet angle, c’est que le fond, qu’on estime que vous maîtrisez, s’efface pour la forme, où la contrainte, pour reprendre les grands principes du mouvement Oulipo, génère la créativité. L’autre intérêt d’un tel challenge, c’est qu’il est relativement invisible à la première vue et donc, les récipiendaires de ce rapport, ne devrait voir que le beau texte que vous avez pondu. En plus, il y a toujours un petit plaisir de voir dans un écrit que vous venez de rendre une signature, une personnalisation, invisible aux autres !

Petit exemple personnel : il y a quelques années, j’ai rédigé une lettre de motivation que je n’avais, justement, aucune motivation à écrire. Je le suis amusé à l’écrire en Alexandrin. Douze pieds, des rimes plus ou moins riches. Je n’ai pas eu de réponse mais, au moins, je me suis bien amusé 🙂 – et je ne pense pas que ce soit à cause de mon challenge !

Démarrez !

Les Fous du volant (37)
Ils sont déjà à fond !

Généralement c’est démarrer qui est dur. Telle une eau trop froide à laquelle on s’habitue une fois dedans, parfois, c’est le premier pied, le premier mot, qui pose soucis. Lancez vous ! Qui sait, vous pourrez trouver, sans même le savoir, de l’intérêt au final pour ce texte à l’apparence hermétique.

Changer sa manière de voir le texte.

Lire entre les lignes photo et image | street, 14, noir ...
Cette personne, par exemple, est en train de lire entre les lignes

Parfois, pour trouver la motivation – ou du moins, réduire la non motivation -, il est important de trouver une autre perspective pour appréhender son travail. De même, changer sa manière d’écrire (commencez par le début, jusqu’à la fin).

Écrivez de manière inconsciente.

Bac : Tous les résultats effacés après que le chat de la ...
Ecrire de manière inconsciente, ce n’est PAS faire marcher votre chat sur votre clavier

Ecrivez le texte sans réfléchir. Oui. Bien sûr, il y a aura des coquilles, des fautes. Pas grave. L’important, et de ne pas subir la contrainte du texte. Par la suite, revenez sur ce qui est votre matière première, et peaufinez là, tel un sculpteur méticuleux. Sans réfléchir. Ensuite relisez, et peaufinez. Cette manière de voir votre travail, plus originale, vous semblera plus distrayante.

Ecrivez à l’envers.

[Étale ta science !] Pourquoi les miroirs inversent-ils la ...
Non, pas comme Léonard de Vinci

C’est la méthode que j’utilise pour la relecture (qui, je l’admets, m’insupporte). Si vous avez plus de temps que de motivation, commencez par le dernier paragraphe. Puis remontez, jusqu’au début. Plus long, plus compliqué, mais peut être plus intéressant. De plus, cela vous permettra d’exercer votre capacité rédactionnelle, et votre manière de saisir un texte dans votre ensemble. En sommes, il sera possible d’utiliser ce texte rébarbatif comme entraînement utile pour la suite.

N’écrivez que les passages qui vous plaisent, vous reviendrez sur les transitions ensuite.

Je vous ai déjà parlé de cette méthode pour retrouver la motivation lors de l’écriture de la fiction. C’est, en outre, très utile pour déterminer les éléments clés de votre histoire. Vous pouvez bien sûr l’utiliser pour rendre une rédaction plus aisée. Commencez par l’essentiel. Puis revenez sur le moins important. Encore une fois, vous regarderez l’ensemble de votre travail d’un oeil neuf.

La méthode de dernier recours.

L'effet tunnel n'est pas si loin | Cours du soir au CNAM
Ce n’est pas un effet tunnel, mais la métaphore est là : focus uniquement sur l’objectif, au bout du bout.

Dernière méthode, que j’utilise parfois, mais que je recommande d’utiliser avec parcimonie : le focus. Oubliez tout. Isolez vous complètement du monde extérieur, et avancer. Rien d’autre ne doit exister que cet objectif. Imaginez vous perdu en forêt. Fatigue ou pas, il faut avancer pour s’en sortir. Dans ces conditions « extrême », la notion même de motivation importe peu, car elle ne nous aide pas à avancer. C’est un peu ce qu’utilise l’étudient travaillant la veille d’un rendu ! Peu important la motivation, il faut finir !

Avantage indéniable de cette technique : vous avancez !

Inconvénient majeure : cette méthode vous use, et déteriore, sur le long terme, la motivation et le plaisir d’écrire. A utiliser donc avec parcimonie, et non pas tous les 4 heures du matin la veille d’un rendu !

J’espère que ces conseils d’écriture vous ont plu ! La semaine prochaine, nous verrons l’une des premières questions posées par l’un d’entre vous : à quel temps écrire ? Présent ? Passé ? Futur ? (peu probable !). A bientôt !

 Antonin A.

—-

J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !

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