Petit post plus léger, mais voici l’exemple parfait de ce que l’on appelle l’aptonyme, ou le contraptonyme !
L’aptonyme, c’est lorsqu’un nom de famille correspond parfaitement à la personne, de part sa profession, son statut, son physique (Un monsieur Grand qui ferait 2m10, par exemple).
Le contraptonyme, c’est lorsque le nom n’est pas DU TOUT en adéquation avec la personne (Une personne sublime appelée « Laideux »).
En fonction de vos affinités politiques, je vous laisse me dire si le fait que Bastien Bonnargent est le nouveau secrétaire général du Mouvement jeunes communistes de France est un aptonyme… ou un contraptonyme !
Alors qu’un haut fonctionnaire indien a accusé les étudiants d’être des « cafards fainéants au chômage », un étudiant indien a créé le parti politique « du peuple cafard ».
Pour y adhérer, il faut être fainéant et chômeur … et ce parti connait un succès fulgurant;
Ce phénomène illustre un concept extrêmement connu :
Le retournement des stigmates.
Plutôt que de s’offenser d’être comparé à des cafards, l’idée est de retourner cette insulte en force, la revendiquer avec fierté.
A l’image des féministes qui ont partagé le post « Je suis #salesconnes » après les propos les propos de Brigitte Macron défendant Ary Abittan.
Ce « retournement de stigmates » est très fort, car il éteint toute critique.
Il n’est plus possible d’insulter une personne puisque cette insulte est devenu un bouclier.
C’est un procédé extrêmement utilisé, notamment par les groupes marginalisés qui vont reprendre pour eux des termes offensants, histoire de leur ôter tout impact discriminant ou insultant.
Un débat fait rage autour du film « L’Abandon » retraçant les onze derniers jours du professeur Samuel Paty.
Pour certains, critiquer le film reviendrait à nier le danger terroriste.
Pour d’autres, défendre le film équivaudrait à stigmatiser les musulmans.
Et certainement que certains usent certainement de ces prétextes pour avancer ces idéologies.
J’aimerais revenir sur un argument souvent avancé : ce film représenterait « le réel ». Critiquer le film, reviendrait à critiquer « la réalité » (par définition inattaquable).
Or, il me semble absolument impossible qu’une œuvre puisse absolument représenter « le réel ».
Tout d’abord car même avec une approche quasi documentaire, au plus près des faits, il restera toujours le regard du réalisateur, ses motivations, le jeu des acteurs, du cadrage, ou même le choix du titre.
A la rigueur, un film aura un style « réaliste », mais cela ne veut pas dire qu’il représente le réel.
Pour revenir sur le film de Samuel Patty (que je n’ai pas vu), il y a mille façons de raconter différentes de raconter cette histoire. En se concentrant sur l’importance sur le non soutien de la hiérarchie, les motivations de l’assassin, ou le fait de commencer le film 11 jours avant le drame – à la présentation des caricatures.
Choisir un élément parmi les autres, le mettre davantage en avant, en retrait, tout cela participe à la subjectivité de l’ensemble.
Nous devons également revenir sur ce qu’est le réel : il est multiple. Le choix d’aborder un sujet par rapport à un autre est « également » un choix.
Je dis bien évidemment cela en estimant qu’il est très important de parler de cet évènement. Le fait qu’un film soit par définition subjective n’enlève rien à sa force ou son impact, c’est même tout le contraire. C’est utiliser la fiction POUR faire faire réfléchir sur le réel.
C’est d’ailleurs la nature même de l’art, et ce qui le différencie de la science.
Ces deux domaines cherchent à comprendre le réel et l’humain, l’un dans une démarche objective, l’autre assumant sa subjectivité.
Pendant deux heures (bien remplies !) nous avons exploré le processus de création d’un livre, les relations avec les éditeurs, et les secrets de la construction d’histoire !
Ce fut une passionnante rencontre, et les élèves furent enthousiastes !
Merci encore à Mme Petit pour l’organisation de cette séance, et à « Jeunes en Librairie » pour nous offrir cette opportunité de rencontres !
Une IA a créé cette image, dans le style de Monet.
Selon vous, quels sont les éléments qui montrent la supériorité des créations du peintre par rapport à cette imitation ?
C’est la question qu’a posé un internaute sur les réseaux. De nombreux commentaires ont expliqué que le jeu des couleurs n’étaient pas bon, etc….
Sauf que bien sûr, tout est faux, et qu’il s’agit d’une VERITABLE peinture de Monet.
Au-delà de la moquerie facile et peut-être rassurante, il est intéressant de voir ce que révèle cette expérience et cette erreur collective.
Elle montre déjà à quelle point une question cadre ce qui est vrai, faux, et ce à quoi il faut penser. Elle est suggestive. Si la question avait été « cette peinture est-elle en IA ? », la réflexion n’aurait pas été la même.
En influence dans la question même qu’il s’agit d’une création IA, on influence le chemin de la pensée.
Cette expérience montre également l’importance des présupposés : si nous sommes persuadés que l’IA ne PEUT PAS créer d’œuvres artistiques, nous allons chercher mille défauts dans cette peinture pourtant réelle pour valider notre opinion de base.
Et enfin, nous revenons sur un élément essentiel : aujourd’hui, images réelles et d’IA sont indissociables. Quelle est alors la valeur de la création humaine (vertige philosophique) ?
Et pour revenir sur le thème de la désinformation, ce réalisme des photos IA fera en sorte que non seulement on se fera abuser par des images IA, mais qu’aussi, comme ici, on pourra très facilement prendre des vraies peintures ou des vraies photos pour de l’IA.
J’ai eu le plaisir d’être présent pour la quatrième année consécutive aux Rencontres de l’Esprit Critique (https://rec-toulouse.fr/) à Toulouse.
Je suis intervenu pour parler de l’impact de l’IA sur la désinformation, les dangers, mais aussi les espoirs.
J’ai également géré la table ronde sur la psychanalyse, en hommage à Jacques Van Rillaer, disparu il y a quelques mois.
Comme d’habitude, je ne retiens que du positif de cet événement.
A commencer par les hommages aux personnes qui nous ont malheureusement quittés de cette année, Séverine Haenel, Jacques Van Rillaer et Jean-Benoît Meybeck.
Les RECs se dégustent aussi en tant que spectateurs, et j’ai adoré la conférence de Marina sur les faux souvenirs, le « procès » de la psychologie évolutionnaire avec Peter Barret et Antoine Marie, le spectacle de magie / cours de psychologie et le spectacle de ce cher Régis que j’apprécie toujours autant malgré un quatrième visionnage !
Sans surprise, dans Rencontres de l’esprit critique, il y a rencontres. Ravi donc d’avoir revu des camarades de toujours et d’avoir rencontré de nouvelles personnes, avec qui nous allons certainement prochainement certainement collaborer !
Merci encore à Willy pour la tenue exigeante mais toujours réussie de ce bel événement et au plaisir de vous revoir très bientôt.
Cette réflexion de Tristan Mendes France est à la fois vraie et intéressante.
En effet, dire « La Terre est plate » n’est, techniquement, PAS une théorie du complot.
C’est une Fake News, une fausse information.
Pour que cela deviennent une théorie du complot, il faudrait dire « La Terre est plate ET le gouvernement nous ment sur sa forme ».
Vous allez certainement dire que c’est sous-entendu, et que je pinaille, certes, mais laissez expliquer pourquoi cette distinction me semble importante.
Déjà, car toutes les personnes qui croient que la Terre est plate n’imaginent pas forcément une théorie du complot.
C’est simplement car l’idée d’une terre plate leur plait, point. Elle n’est pas forcément ancrée dans une réflexion rationnelle qui tenterait de comprendre POURQUOI on nous apprend le contraire (ce qui induirait le complot).
J’en ai rencontré.
Ensuite, il est TRES difficile de définir ce qu’est une théorie du complot, alors autant être précis.
Ici, la précision est utile. Elle nous permet de distinguer plusieurs types de croyances :
– La croyance complotiste (« Le gouvernement nous cache l’existence des aliens »).
– La croyance non prouvée (« Les aliens existent »)
– La fausse croyance (« Les aliens ont créé la Terre »)
Le cas de la Terre plate est caricatural, mais révélateur de cette distinction, car le complot est possible, mais sous entendu.
C’est pourquoi nous pourrions parler de « croyance complotiste » et « croyance qui sous entendent un complot ».
« Le gouvernement ment sur les vaccins » : croyance complotiste. « Les vaccins causent l’autisme » : croyance qui sous-entend un complot (Le gouvernement le sait, nous le cache, etc.)
Il faut savoir également que la plupart des d’études de la pensée complotiste ne se basent QUE sur des croyances complotistes pur jus.
Il est donc utile de distinguer les types de croyances, pour voir si toute personne qui croit à une « simple » fake news, ou à une information qui « présuppose » un complot, va croire de la même manière aux complots.
Ainsi cette distinction nous permet de mieux comprendre les croyances dans la fake news, dans le complotisme, et d’évaluer à quel point elles se recoupent.
Avec les débats actuels sur Tasty Crousty et Master Poulet, le sujet de la malbouffe revient sur la table.
Et souvent, « Super Size Me » est mis en avant pour prouver les méfaits de McDonald’s sur la malbouffe. Dans ce documentaire, Morgan Spurlock affirme manger Mc Donald matin midi et soir pendant 30 jours, ce qui va entrainer chez lui plusieurs problèmes de santé.
Sauf qu’il y a plusieurs soucis.
Le premier, c’est que Spurlock souffrait d’alcoolisme. Il est tout à fait possible que ce soit cette consommation et non l’ingestion de McDonald’s qui soit responsable de sa santé dégradée.
Il refusa également de révéler tout ce qu’il avait consommé durant ce reportage, et quand d’autres reproduiront l’expérience… ils perdirent du poids.
Enfin, une phrase en science mérite notre attention : la dose fait le poison.
Qui consomme du Mc Donald 90 fois en un mois ? Personne. Et l’impact d’une telle in(di)gestion de représente pas les effets d’une consommation occasionnelle.
Au final, que révèle cette expérience, si ce n’est que « l’excès » de cette nourriture peut être dangereuse pour la santé ?
Cela me permet de soumettre un point très important : un documentaire n’a PAS de valeur scientifique.
Car le protocole n’est souvent pas rigoureux, voire inconnu
Il joue davantage sur l’émotion et le choc que sur la rigueur d’un protocole.
Car l’expérience n’est pas forcément représentative (ici, l’échantillon est de… 1).
Toutes les variables confondantes – qui peuvent impacter le résultat – ne sont pas maitrisées (l’alcoolisme, les changements de mode de vie).
Surtout, un document se construit et se finance généralement… en connaissant sa conclusion.
Ici, il était évident que Spurlock voulait montrer les méfais de Mc Donald et ne cherchait qu’à valider ce postulat. Ce qui, bien sûr, influence l’expérience.
Typiquement, une étude scientifique doit permettre la réfutabilité de l’hypothèse de base, ici que Mc Do ne soit PAS mauvais pour la santé.
Cela veut-il dire que tout documentaire est inutile ?
Non, bien sûr. Nous pouvons apprendre beaucoup, sur un pays, une histoire. Un documentaire peut être un témoignage unique d’une situation peu connue.
Mais il faut les apprécier à leur juste mesure. Et ne pas en faire des arguments d’autorité dans des débats scientifiques.
Et bien sûr, je ne vous incite pas à manger Mc Donald tous les jours !
Ce n’est vraisemblablement pas bon pour la santé !
Vous rappelez vous de Marino Barbosa, le chercheur espagnol qui déclarait avoir découvert un remède contre le cancer du pancréas ?
Il demandait des fonds pour continuer ses recherches.
L’engouement avait été mondial.
…
Sa fameuse étude révolutionnaire vient d’être rétractée.
Et c’était, malheureusement, prévisible.
Des critiques spécifiques à cette étude étaient apparus : tout d’abord le fait qu’elle était publiée SANS relecture anonyme des paires, procédure nécessaire pour éviter les biais.
Ou encore le fait que certaines images de l’étude étaient…
dupliquées.
(Plus d’éléments sur ce sujet précis ici : https://forbetterscience.com/2026/02/06/schneider-shorts-6-02-2026/#cancer) Au-delà de ces détails précis, nous pouvons tirer quelques leçons simples de cette expérience : – Le succès d’un produit sur des animaux ne présage (vraiment) pas le succès sur les humains.
– Quand une information parait trop belle pour être vraie, elle est très probablement fausse ou exagérée.
– Si une rhétorique limite complotiste des « méchants labos » contre les « gentils chercheurs », c’est un moyen de faire abaisser son esprit critique en jouant sur une rhétorique de nous contre eux, très plaisant pour les oreilles.
– Surtout quand on en profite pour faire un appel à un financement public.
Cela ne veut pas dire que les laboratoires pharmaceutiques sont de bons samaritains.
Mais justement : ils auraient tout intérêt à trouver un remède pour le commercialiser.
Prenons du recul face aux déclarations tonitruantes.
Surtout celles que l’on a réellement vraiment envie de croire.