
Un débat fait rage autour du film « L’Abandon » retraçant les onze derniers jours du professeur Samuel Paty.
Pour certains, critiquer le film reviendrait à nier le danger terroriste.
Pour d’autres, défendre le film équivaudrait à stigmatiser les musulmans.
Et certainement que certains usent certainement de ces prétextes pour avancer ces idéologies.
J’aimerais revenir sur un argument souvent avancé : ce film représenterait « le réel ». Critiquer le film, reviendrait à critiquer « la réalité » (par définition inattaquable).
Or, il me semble absolument impossible qu’une œuvre puisse absolument représenter « le réel ».
Tout d’abord car même avec une approche quasi documentaire, au plus près des faits, il restera toujours le regard du réalisateur, ses motivations, le jeu des acteurs, du cadrage, ou même le choix du titre.
A la rigueur, un film aura un style « réaliste », mais cela ne veut pas dire qu’il représente le réel.
Pour revenir sur le film de Samuel Patty (que je n’ai pas vu), il y a mille façons de raconter différentes de raconter cette histoire. En se concentrant sur l’importance sur le non soutien de la hiérarchie, les motivations de l’assassin, ou le fait de commencer le film 11 jours avant le drame – à la présentation des caricatures.
Choisir un élément parmi les autres, le mettre davantage en avant, en retrait, tout cela participe à la subjectivité de l’ensemble.
Nous devons également revenir sur ce qu’est le réel : il est multiple. Le choix d’aborder un sujet par rapport à un autre est « également » un choix.
Je dis bien évidemment cela en estimant qu’il est très important de parler de cet évènement. Le fait qu’un film soit par définition subjective n’enlève rien à sa force ou son impact, c’est même tout le contraire. C’est utiliser la fiction POUR faire faire réfléchir sur le réel.
C’est d’ailleurs la nature même de l’art, et ce qui le différencie de la science.
Ces deux domaines cherchent à comprendre le réel et l’humain, l’un dans une démarche objective, l’autre assumant sa subjectivité.











