La nudité à l’écran

 

Ah, la nudité !

Ce truc que tout le monde possède sous ses vêtements, qui nous accompagne toute notre vie, et qui fait pourtant vendre à peu près n’importe quel objet, de la cafetière au sac de riz et, parfois, des sous-vêtements.

Et comme n’importe quoi d’autres, la nudité fait vendre des films. Beaucoup.

Mettons directement de côté les films pornographiques et érotiques plus ou moins soft, plus ou moins élaboré, bien qu’ils soient une grande, grande partie de tous les films existants sur la nudité. Mettons les de côté car ici, le but est assumé : exciter, de manière plus ou moins fine, plutôt moins que plus.

Revenons sur les films dit « conventionnels », ceux qui passent aux cinémas, à la télé aux heures décentes, ceux dont on parle plus facilement lors d’une conversation autours d’un café.Dans ces films, il y a trois raisons de mettre de la nudité :

La première est de servir un propos particulier dans un film. Avec sa sœur généralement proche appelée « sexualité », la nudité souligne une émotion, une ambiance, fait avancer l’histoire. La nudité est un outil narratif pertinent. C’est l’évolution de la relation des deux héros de « Lust Cushion« . C’est la libération sexuelle dans le Paris des années 70 dans « the Dreamers« . C’est l’intensité non conventionnelle de la passion des protagonistes de l' »Empire des Sens« . C’est la solitude du héros de « Shame« , seul avec son corps.

Dans ces cas, la nudité sert à quelque chose, et surtout, la scène marcherait moins bien sans elle. Dans les « Poupées Russes« , de Céric Klapish, Romain Duris va courir nu dans Paris pour retrouver son aimée, nue elle aussi. La situation est particulièrement absurde, renforcé par cette nudité et les regards inquiets que Romain Duris envoie à droite et à gauche. Rajoutez ne serait ce qu’un caleçon, l’absurdité est moins important, la scène moins pertinente. D’où l’importance de cette nudité.

La deuxième raison est de mettre la nudité comme un acte de revendication sociale, dans des pays où généralement, elle est encore taboue, soumise à la censure. C’est, d’une certaine manière, encore le cas aux Etats Unis, qui perdent leur latin dès qu’une chanteuse montrent un bout de sein (involontaire). C’est, d’une certaine manière encore, l’empire des sens au Japon. C’est le film « Femme Ecrite », qui a fait polémique au Maroc. Ici, la nudité dépasse le cadre de l’histoire en temps que tel pour s’inscrire dans une réalité sociale.

Et puis, il y a une dernière raison de mettre de la nudité à l’écran : montrer qu’on est capable de mettre de la nudité. Montrer qu’on est des fous, de sacrés rebelles, des sans-tabous, mais dans un contexte où le faire n’est pas un immense acte de bravoure. Par exemple, je trouve qu’il y a beaucoup, beaucoup d’exemple de cette nudité inutile dans le cinéma français.

Ici, la nudité d’un acteur, d’une actrice, n’est pas là pour souligner un propos, mais pour enlever une couche de vêtement, montrer qu’on est capable de mettre une paire de seins, un bout de fesse et, pourquoi pas, intégrer ce passage dans la bande annonce pour faire vendre. C’est l’héroïne de « Five » sous la douche, puis quelques secondes après, avec sa blague sur sa « raie ». C’est Déborah François qui se dénude à la fin du film de « Populaire » (d’accord, il y a une scène d’amour après, mais comme la suggestion s’arrête spécifiquement après cette semi nudité, on sent bien que le réalisateur ne s’est pas arrêté à ce moment au hasard). C’est Louise Bourgoin qui lit son courrier dans son bain, dans « Adèle Blanc-Sec« . Car oui, bien sûr, ce cas de figure concerne particulièrement les femmes.

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La nudité à l’écran ne doit pas être tabou. Mais montrer un corps nu sans aucune autre raison que de prouver qu’on peut montrer un corps nu prouve au contraire que la nudité n’est pas encore désacralisé, que le tabou existe encore. Et généralement, une telle scène nous arrache du film, car ce passage semble forcé et ne cadre pas avec le reste du film, tel un placement produit qui nous rappelle que le film n’est pas forcément une fin en soit, mais un moyen de vendre un objet, une femme-objet. Le réalisateur semble faire une pause dans son propre film. Avant la suite, une page de viande.

On se gausse souvent des films américains qui font dormir les filles avec un soutien gorge. C’est normal, c’est absurde, irréaliste et ça nous rappelle que le film est soumis au regard extérieur et à la censure. Encore une fois, ça nous arrache à l’histoire. Mais montrer de la nudité là où ce n’est pas nécessaire, c’est pareil, dans l’autre sens. C’est jouer, encore, avec ce tabou. C’est tout aussi absurde, ça continue de mettre le corps sur un piédestal et empêche de considérer la nudité pour ce qu’elle est vraiment : un outil comme un autre pour raconter une histoire, souligner une émotion, appuyer une situation.

Qu’en pensez-vous ?

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Le rêve américain

« Je veux vivre le rêve américain ! »

C’était une nuit comme les autres, c’est-à-dire courte et peu réparatrice. Chaque jour depuis cinq ans, j’avais le sentiment de me réveiller plus usé que la veille. Une simple éraflure mentale, rien de plus, mais qui s’accumulaient aux autres et m’alourdissait davantage.

Cette nuit-là, pour apaiser nos corps usés, Betty et moi tentions de faire l’amour. Elle était fourbue de ses heures de nettoyage et la douleur lancinante qu’elle avait dans le dos lui faisait plus mal qu’hier, moins que demain. Je caressais son corps que je ne sentais presque plus sous mes mains calleuses. Je tentais d’imaginer la douceur de sa peau que j’avais l’impression d’écorcher. Betty, elle, semblait ailleurs, perdue dans un demi-sommeil, à la recherche de son plaisir perdu.

Puis je me suis mis à parler. Pourquoi cette nuit-là, plutôt qu’une autre, je n’en sais rien. Peut-être était-ce le fait de voir cette beauté endormit se flétrir depuis cinq ans. Peut-être voulais-je me prouver que rien, encore, n’était perdu.

« Je veux vivre le rêve américain ! »

Betty ouvrit les yeux. Ma phrase avait agi comme un couperet, tranchant sa somnolence. Elle cru tout d’abord que je me moquais cyniquement d’elle, de nous, de notre misérable situation. Puis elle comprit que j’étais sincère et son regard se durci. Furieuse, elle se redressa et explosa :

« Tu te fous de moi ? »

Je ne me foutais pas d’elle. D’un geste énervé, elle désigna le misérable appartement dans lequel nous survivions depuis toutes ces années.

« Il est là, ton rêve américain ! Ça ne te suffit pas ? Ça fait cinq ans qu’on y est jusqu’au cou, dans ton rêve américain. Depuis qu’on a fait la connerie de quitter notre pays ! »

Je savais tout cela, bien sûr. Nous étions partis plein d’espoir. Betty, ma femme, rêvait d’être actrice. Elle comptait subjuguer l’Amérique et finir, soyons fous, à Broadway. Moi, j’aurais été son manageur. Je me serais battu bec et ongles avec les producteurs pour qu’ils voient, eux aussi, ce que je voyais en elle. En décollant de chez nous, nous avions la tête perdu dans les nuages… puis nous avons atterri. Non seulement nous nous sommes retrouvé les pieds sur terre, mais nous avons vite ployé pour nous mettre à genoux.

Betty voulait brûler les planches ; elle se contente de les laver tous les soirs, après fermeture. Moi, son producteur, je comptais nous emmener au sommet. Le sommet, j’y suis tous les jours : je lave les carreaux des gratte-ciels, suspendu dans le vide.

Nous avions pourtant gardé espoir. On se disait que ces boulots n’étaient que temporaires. Le passage obligé. Le rite initiatique pour accomplir son rêve américain. Elle continuait de se produire sur scène, devant quelques curieux. Je rencontrais toujours des producteurs. Mais si nos corps étaient en action, nos cœurs ne l’étaient plus. Betty ne parvenait pas à séduire son public. Elle avait l’impression de ne pas pouvoir capter l’essence des américains, leurs humeurs et leur humour. Elle voulait se rapprocher d’eux dans le rire, elle ne voyait que des différences de culture insurmontables. De mon côté, ma conviction diminuait à chaque claquement de porte d’un producteur. Je n’y croyais plus. Voulant faire bonne impression, dans mon costume trois pièces, je ne pouvais pas m’empêcher de me rappeler que j’avais passé la journée en altitude à nettoyer des fientes d’oiseaux et je savais au fond de moi que l’illusion ne marcherait pas. Ils verraient à travers moi. Ils renifleraient la merde que je décrassais.

Semaine après semaine, à chaque fois que je passais mon chiffon sur les vitres, à chaque fois qu’elle passait son balai sur le plancher, nos espoirs s’amenuisaient, s’épuisaient, se vidaient de leur substance, et notre rêve américain n’était plus qu’un état de veille permanent dans lequel nous vivotions, au quotidien.

Aujourd’hui, nous n’avons plus rien. Betty n’a plus d’inspiration, je n’ai plus la foi. Nous n’avons plus que nous deux, mais le rêve qui nous liait autrefois n’est plus qu’un accord tacite, une règle primaire de survie. Ensemble, nous tiendrons plus longtemps. Aujourd’hui, ma femme a l’impression de n’être plus qu’une coquille sur le point de se briser. Alors elle se referme. Se durcit. Elle espère qu’ainsi, elle sera un peu plus résistante.

C’est ce que j’ai vu, cette nuit-là, lorsque je passais ma main rêche sur sa peau. Je voyais les dégâts de ces cinq années d’affront permanent, les marques de ce fer rouge et invisible. Je voyais la femme de ma vie dépérir, la flamme de ma vie s’éteindre. Une dernière lueur m’est apparue. Lueur du désespoir, peut-être, mais je ne pouvais désormais plus voir qu’à travers elle. C’est elle qui m’a fait dire :

« Je veux vivre le rêve américain. »

J’ai attendu que mon amour se calme, puis j’ai continué :

« Tu ne m’as pas compris, dis-je en tentant d’adoucir ma voix. Je veux vivre le rêve américain. Pas celui auquel on court depuis cinq ans. Je veux le vrai rêve américain. Celui qui n’existe pas.
–          Je ne comprends pas, a fait Betty, incrédule. Tu veux vivre… une chimère ?
–          Oui. Je veux vivre ce ramassis de clichés qu’on entasse sur les Etats-Unis au moins une fois.  Si je dois abandonner tous mes rêves, je veux au moins vivre celui-là. Maintenir l’illusion. Nous dire qu’au moins une fois, nous l’avons fait. Ensuite, je pourrais me résigner à une vie sans lueur. Mais au moins, je n’aurais plus de regrets. »

Après l’étonnement, la colère, l’incrédulité, l’expression que je souhaitais est enfin arrivée sur le visage de mon amour : la curiosité :

« Mais… tu veux quoi, alors ? »

Je l’ai fixé avec tendresse, j’ai pris une grande respiration, et j’ai déclamé d’une traite :

« Je veux une décapotable sur la nationale 66. Je te veux à ma droite, une Philips Morris dans la main gauche, une route infinie et un soleil couchant en face, un rétroviseur qui nous montre le chemin déjà parcourut. Je veux des stations essences perdus dans le paysage. Des buissons roulant sur le sol. Je veux des troupeaux de vaches poursuivis par des cow-boys. Je veux des Zone 51. Et nous deux, je veux qu’on soit tout cela à la fois. Au moins une fois dans notre vie, voir toutes les chimères que ce pays peut nous offrir.»

Puis, la fixant droit dans les yeux, j’ai conclu :

« On ne peut pas vivre le rêve américain. Mais est-ce qu’on peut au moins rêver l’Amérique ?
–          Tu voudrais que toutes nos économies partent dans une … illusion ? »
A mon tour, je désignais notre appartement.

« Regarde autour de nous, ma belle. Est-ce que ça, ça te semble réel ? Est-ce que cette illusion ne sera pas plus vraie que ce que nous vivons depuis cinq ans ? Est-ce qu’on n’a pas le droit d’en profiter, au moins une fois ?»
Ma belle a vu ma détermination dans mes yeux, a soupiré, puis a demandé.

« C’est vraiment ce que tu veux ?
–          Oui, ai-je dis d’une voix résolu. C’est un caprice, je sais, mais c’est le dernier que je te demande, avant de pouvoir accepter notre pauvre vie.
–          D’accord, a-t-elle murmuré. Va pour un rêve. »

*

Il nous a fallu moins de trois jours pour nous organiser. Quitter nos boulots respectifs était la chose la plus facile. Nous avons sortis les maigres économies accumulées au fil des ans, prit le minimum d’affaires, et nous sommes partis.

Notre périple a duré trois mois

Trois mois durant lesquels nous avons eu des soleils couchants dans le lointain, des plaines à perte de vue, des routes rectilignes vers l’horizon. Nous avons écouté de la country en conduisant, nous avons fait l’amour sur le capot brûlant de la Cadillac, nous avons pris en stop des hippies de la côte ouest. Nous avons pris les cables-car de San Francisco. Nous avons déambulé sur les plages de Los Angeles. Nous avons dansé jusqu’à point d’heures sur des roofs top de New York en compagnie de hipsters. Nous nous sommes mêlés aux hommes d’affaires de Wall Street, portable branché à la main. Nous sommes parties dans le bayou, nous nous sommes enivré du jazz de la Nouvelle-Orléans. Nous avons gardé des vaches dans le ranch du Texas, épi de paille à la bouche, bouffant nos mots comme si on dévorait des hamburgers. Nous avons fait du rodéo sur des machines ressemblant lointainement à des vaches. Betty est devenue PomPom Girl le temps d’un match, pendant que j’étais support assidu de Football américain. Durant ces trois mois, nous avons expérimenté des dizaines de clichés. Nous avons été des dizaines de personnes différentes. Et lorsque les économies ont commencé à fondre, lorsqu’il a fallu se résoudre à cesser de rêver, nous avons lentement reprit la route de notre appartement, sans oublier de se louer des chambres de motels sur la route, et s’arrêtant dans quelques Drives In, histoire de revoir des classiques du cinéma américain.

*

A notre retour, notre appartement nous semblait encore plus exigu qu’au départ. Il faut dire que nous n’étions plus seuls. Nous rapportions dans nos bagages tout ce que nous avions été. Betty s’est allongée sur le lit, immobile, et je me suis silencieusement allongé à ses côtés. De son visage immobile coulaient quelques larmes.

« Tu as bien fait, me dit-elle. Tu as bien fait d’avoir ce caprice. »

Je n’ai pas répondu, mais elle a senti ma bouche, sur sa peau, devenir un sourire. Elle eut un petit rire nerveux et a continué, étouffant un sanglot.

« Quand je pense que dès demain, il va nous falloir retrouver un nouveau travail, tout aussi misérable que celui que nous avons quitté pour vivre notre rêve éveillé… Un travail de misère, avec pour seule perspective le lendemain et son inlassable répétition… »

Je laissai passer volontairement quelques secondes de silence, puis j’ai répondu :

« Pas forcément. »

Betty tourna la tête, interrogative, et je lui demande :

« Tu te rappelles ce que tu m’as dit, la dernière fois que tu es descendu de scène ?
–          Bien sûr. Que j’avais le sentiment d’être vide. De ne plus rien avoir à l’intérieur… »

Je me tournais vers elle et lui sourit.

« Ce n’est plus le cas, non ? »

A nouveau, un regard étrange de la part de ma femme. Incrédule.

« Tu veux dire que… ce voyage…
–          Ce caprice, c’était pour que tu te remplisses à nouveau. Que tu ne sois plus qu’une simple coquille. Et que tu remontes sur scène. »

Betty ne savait pas quoi répondre. A peine balbutia-t-elle quelques mots.

« Mais… le problème… les différences…
–          Les différences culturelles ? Tu possèdes désormais en toi des dizaines de stéréotypes américains que tu peux mélanger à ta guise. Si dans chaque légende il y a un fond de vérité, je pense que dans chaque personne il y a un fond de cliché… »

Je lui fis un clin d’œil.

« A toi de trouver le bon dosage. »

Pour la première fois depuis une éternité, un léger sourire apparut sur les lèvres de ma femme. Un sourire qui voulait dire merci.

« Et toi ? demanda-t-elle.
–          Moi, je vais continuer à jouer un rôle. Le plus emblématique des stéréotypes américains. Le self made man. Celui qui va parvenir au sommet et qui va te propulser avec lui.
–          Ce n’est pas ce que tu as tenté en arrivant ici ?
–          A l’époque, je ne jouais pas. J’étais en roue libre. En improvisation. Maintenant, ma partition est établit et je n’ai qu’à suivre mon texte. Peu importe ce que je fais de mes journées. Le soir, j’irais voir les producteurs et je jouerais le rôle de ma vie. Car si moi, je sais qu’il s’agit d’un rôle, les producteurs, eux, n’ont pas à le savoir…»

Je lui fis un dernier sourire.

« Nous avons passé notre vie à rêver, mon amour. Puis, durant trois mois, nous avons vécu un rêve. Ne penses-tu pas qu’il sera désormais intéressant de concilier les deux ? »

Pour toute réponse, ma femme me serra tendrement dans les bras. Quelques secondes plus tard, à peine, elle sombra dans le sommeil. Je ne la dérangeais pas. Je savais que, pour la première fois depuis longtemps, cette nuit serait réparatrice.

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Le marinier

(Descriptif poétique du métier de marinier,
commande de l’entreprise Echelle 1.1)

Le marinier vit sur un rythme à trois temps. Régulier, répété, immuable. D’abord en courant, puis en contre-courant, enfin le pied à terre. Descendre, remonter, pause. Port, port, pause. La musique recommence. Les containers s’accrochent, se décrochent, se déposent. Croche, croche, pause. C’est la clé, et la gamme de produit est amenée au sol.

Le rythme est impératif malgré la crue du fleuve et l’accrue des eaux. Le bateau s’allège, le trajet s’abrège mais il a lieu. Il pleut, il neige, même chose. Croche, croche, pause. Malgré le chaos du fleuve et les cahots d’esquif, la péniche fend les remous comme une épée dans l’eau.

Chalon, Macon, Lyon, Fos. D’abord la descente.

Référentiel oblige, le marinier voit le bateau immobile et le décor filer. L’image s’arrête surdes aplats d’eaux calmes et de natures mortes. Parfois, la pluie tapisse d’un pointillisme brumeux ces paysages suggérés.

La descente se ponctue d’écluses remettant les choses à niveau. Puis reprend le trajet, qui va de bout en bout. De l’ébauche à l’embouchure. Des Coteaux du Rhône à ses Bouches. Fos est le terminal, ponctué d’une décharge administrative et de produits. Une fois que le ponton s’abaisse, permettant de passer ces douves portuaires, les gens s’attaquent aux containers et les descendent, les mettent à terre. Ils les vident de leur chair de matière, ne laissant derrière eux que des carcasses de métal. Ces maigres cadavres sont laissés à l’état de squelette anguleux ou se retrouvent empaillés d’autres produits et, après avoir été pillés au sol, sont empilés à nouveau sur le navire, estampillés sur le papier.

Un pied à terre et il faut repartir. Le trajet se déroule à nouveau sous la coque mais dans l’autre sens. Le navire remonte le fleuve et l’envers du décor apparaît. Le fleuve est à nouveau démonté à coup d’écluses.

Le navire accuse et se remet à niveau. Les choses se font, se défont à nouveau. La péniche fend les eaux mais les paysages ont ralentis leur course. L’espace et le temps n’ont plus le même rapport et l’eau, contraire et contrariée, rajoute au tableau une impression d’immobile.

Le jour, le marinier dirige cette avancé contre-nature. La nuit, il loge dans son lit de rivière. Puis les vallons de l’Ardèche deviennent Vallée de la Chimie. La ville approche…

Enfin le retour. Le pied à terre s’équilibre avec le pied marin. Sept jours à bord, sept jours au port ; les équipes s’alternent dans une opposition symétrique. Le navire, les documents et le relai se transmettent, le cycle permet la continuité de la rythmique. Sept jours de port, de rapports et de repos. Mais pas de report. Très vite l’embarcation s’appareille. L’échange reprend. Le cycle perdure…

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Après nos péripéties apocalyptiques, retour à d’autres textes et d’autres styles ! Celui-ci relate la vie d’un marinier effectuant des allers et retours sur les fleuves. Ce trajet commence à Chalon et Macon sur la Saône. Celle-ci devient Rhône et il s’arrête au Port Edouart Herriot à Lyon avant de finir à Fos-Sur-Mer. Le trajet s’effectue ensuite en sens inverse. L’objectif n’était pas un descriptif documentaire de ce métier mais d’y apporter une sensibilité artistique.

Ce texte est une commande pour la jeune entreprise Echelle 1.1 que je vous conseille vivement de découvrir. Echelle 1.1 a pour but la valorisation du territoire à travers la création d’un imaginaire artistique. Cela passe par divers supports : textes, court-métrages, vues 3D, le tout de grande qualité.

Mais foin d’explications, découvrez leurs différentes compétences en allant sur leur site ! Si vous cherchez mon texte, retrouvez-le sur leur impressionnante carte multimédia !

Les photos sont toutes effectuées par le photographe Guillaume Atger. Voici l’endroit pour découvrir la pluralité de son travail : http://www.divergence-images.com/guillaume-atger/

Attention ! Ces photos ne sont pas le trajet actuel suivit par le marinier. Mon but n’était pas de coller à la réalité mais d’avoir un visuel jouant avec la thématique exploitée dans le texte. 

Ce travail de pluralité artistique est ce que je cherche pour ce site. Si vous avez des visuels (dessin, photo, gravure) voir des musiques que vous imaginez correspondre avec certains de mes écrits, n’hésitez pas à me les proposer.

A bientôt !

Amanalat

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Ecrire un poème

Voyons…par quoi est ce que je vais commencer…
La rime, bien sur! Plate ? Alternée ? Embrassée ?
Plate. Je suis trop mauvais pour faire autre chose.
D’ailleurs, je vais peut être tout écrire en prose…

Pour la forme finale : on fera des quatrains
C’est pas mal et au moins je ne suis pas en train
De faire un truc bancal, des sizains bien tordus
Je vais rester banal, ce sera moins ardu

On va faire en Alexandrin donc je vais m’a –
Rrêter là mais il faut que je trouve la rime a-
Déquate et c’est dur car c’est déjà ter –
Miné et pourtant je n’ai pas fini mon vers

Égrenons ça et là des allitérations
Sans grever ces beaux pieds un agrégat de sons
Qui, aggravant gravement la grâce du récit
Le grêle d’un fardeau agressif et proscrit

Reste les hémistiches. Il faudrait qu’en interne
Les mots, la rime alterne, histoire de faire moins terne
Qu’un poème qui ne rime qu’au vers fini
Même si je ne veux que l’on crie au génie…

Pour la longueur totale, je ne sais pas encore
Une trentaine de vers semble être en accord
Avec ce qui se fait de manière générale
Je ne vais surtout pas faire l’original

Voilà. Et si l’on veut à présent résumer :
Alexandrin, quatrain, rien de bien assumé
De la rime intérieure pour faire un peu guindé…
Je n’ai maintenant plus qu’à trouver une idée !

(PS: OUI, il s’agit d’un hommage humoristique à l’Art Poétique de Boileau! Et ceux qui se sentent d’humeur grivoise, une parodie légère comme l’air se trouve par ici!)

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Histoires minimalistes

Raconter une histoire en six mots? Un défi proposé, parait-il, par Hemingway. Relevons-le ensemble !

Fidèle, je trompais l’amant avec l’époux

Poétiser l’espace, le beau de l’air

Quand j’en ai mare, je m’étang

Musicien dépressif cherche une note d’optimisme

Langue de vipère avalant des couleuvres…

Soudain, les glaçons fondirent sur lui

Bateau ivre cherche bouteille… et message

Je suis crevé… ça me gonfle !

Gourmandise : un défaut parfait… au chocolat

Lèche-botte cherche cirage de pompe

Athéiste croyant en Dieu sait quoi

Feignant souffrant d’un tour de rien

Étouffé d’amour, il respirait pourtant l’indifférence

Cuisinier bouddhiste aimant chakras de morue

Complémentarité : chaud lapin cherche femme frigide

Prendre son pied, dans le plat

Buvant ses paroles, il mourut déshydraté

Mort de peur, il se tut

Cacher ses larmes à coup d’oignons

Deux cocaïnomanes entrèrent en collision nasale

Voyageant énervé, j’utilisais de grands chevaux

A vivre mille choses, il s’éclate…

Comme drogué par son regard stupéfiant

Je lis les maux dans l’aspirine

Épuisement: le sportif en a trophée

Vous aimez le concept? Il provient d’Ernest Hemingway qui, au défi d’écrire une nouvelle de six mots, rédigea:

For sell. Baby shoes. Never worn.

Selon la légende, il dit que ce fut la meilleure histoire qu’il ait jamais écrit (et effectivement, c’est vachement bien!)

Or, un site a eu la bonne idée de reprendre le concept et de proposer aux internautes d’écrire leurs propres histoires en six mots.

Ce site s’appelle justement 6 mots et voici son lien.

J’ai dorénavant ma propre page dessus. Pour lire mes autres courts écrits (plus de cent), c’est par ici.

Prenez le temps de vous balader parmi les auteurs car certains ont vraiment écrit de petites perles humoristiques et poétiques !

A bientôt !

Amanalat

PS: un doute subsiste quant à la paternité d’Hemingway sur cette histoire. Si vous lisez l’anglais et que vous voulez en savoir plus, c’est par ici.

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Inter-Feel

Bonjour à toutes et à tous !

Je souhaitais simplement partager avec vous une bonne nouvelle : je viens de remporter un concours littéraire qui aboutira théoriquement (croisons les doigts) par l’écriture d’un roman ! Il fallait écrire un incipit de l’histoire ainsi qu’un résumé de la suite.

Si tout se passe comme prévu, le livre sortira en 2013 ! Je vous tiendrai bien évidement au courant !

Pour lire les clauses imposées par le concours, par ici !

Pour lire mon texte, cliquez ici !

Pour lire l’annonce des résultats (un peu d’auto-congratulation ne nuit pas!!), par ici !

A bientôt !

Amanalat

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Chronique du Mystérieux Inconnu

(ps : commencez donc par le début, c’est à dire cette pré-chronique!)

D’abord quelques chiffres. Toujours commencer par les chiffres. Se rassurer. Trouver de la cohérence.

Il m’aurait fallu un mois entier. Pour 217 pages. Soit sept pages par jours. Sept putains de pages, dont chaque mot me brûlait la rétine. Par comparaison, quand il s’agit d’un Yasmina Khadra, c’est un rythme de croisière à 150 pages / jour.

l'attentat

Seule information sérieuse de cette chronique : ce bouquin est fantastique.

Ensuite, il m’a fallu trois mois de latence. C’était médicalement indispensable. Pour digérer. Accepter ce que j’ai lu. Et, enfin, oser en parler.

J’en ai besoin. Les psychologues sont d’accord sur ce point : quand quelque chose disparaît, il faut du temps pour faire son deuil. Déni, Marchandage, Colère, Dépression, Acceptation. Je suis passé par toutes ces étapes. Dorénavant j’ai assez de recul pour parler de ce que j’ai perdu :

Mon innocence littéraire.

Car oui, avant, je pensais sincèrement que les gens se mettaient à écrire pour une raison. Cela pouvait être se faire mousser l’égo à coup de brosse à reluire (tout bon Ecrivain Maudit saura de quoi je parle), ou simplement se faire des tunes (tout bon lecteur d’Amélie Nothomb saura de quoi je parle)

barbe bleue

Par ce que bon, un remake de Barbe Bleue… Et puis on est tellement convaincu de l’efficacité de l’histoire qu’en couverture on va mettre…l’auteure !

Au moins, à chaque fois, il y avait une raison. Une cohérence. Un truc rationnel, bordel !

Et puis il a fallut que je tombe sur ça :

Le mystérieux inconnu

Pourtant, aux vues des circonstances ayant mis ce bouquin sur ma route, on pouvait parler de conte de fée (un règlement de compte de fait serait plus juste pour qualifier cette chronique). Je l’avais vu sur sa devanture de librairie, moche, sûrement invendu depuis des années. Il m’a ému. Sa couverture cornée a humidifié la mienne. Je l’ai pris en pitié. J’ai décidé de le prendre sous mon aile, lui promettant un foyer (le fond d’une cheminée ? penserais-je deux jours plus tard). Au moment de passer à la casserole caisse, le vendeur m’a confirmé la qualité de l’ouvrage d’un torve « Beuuuuaf » (j’étais à Paris, je n’allais pas, en plus, demander un sourire).

Slenderman

Expression faciale typique du parisien

Et puis, quatre euros, ce n’est pas si cher…

Grossière erreur ! Quatre euros, pour cette chose, c’est quatre euros de trop. Voir plus, tant on devrait nous payer pour s’infliger ces assauts linguistiques à longueur de pages. Quelques jours plus tard, remplis de regret, je pensais à tout ce que j’aurais pu avoir avec ces quatre euros…tant de cafés et de … non, je déconne. Je suis à Paris, nous parlerons donc plus d’un demi café pour ce prix.

Demi Café

Voici à peu près la quantité de café que l’on peut se payer à Paris avec 4 euros. Encore que le dessin soit trompeur : ce n’est pas par ces vêtements qu’il passe…on ne l’appelle pas « jus de chaussette » pour rien.

Et moi, j’étais tout fier de mon côté « je prends des bouquins au hasard, je laisse le destin choisir pour moi, je refuse les choix de la société de consommation, révolution !, JK Rowling tu peux aller te faire voir chez les Serpentars ».

Une place à prendre

JK Rowling : Une place à prendre. Quel titre idiot. « Le mystérieux inconnu », c’est bien plus original.

Le début me met en confiance. De plus, un subtil orgueil m’empêchait d’admettre que j’avais pu me tromper. (Soit dit en passant, cela démontre l’incroyable perversité de l’auteur : IL EST CAPABLE DE BIEN ECRIRE, le saligaud).

Voyez plutôt la première phrase :

« Le 24 avril 190… vers six heures du soir, un navire, battant pavillon anglais, stoppa à l’entrée du vieux port de Marseille et, aussitôt, hissa le drapeau jaune pour demander le service de santé. »

Sincèrement, ça passe. C’est plat, terne, tout ce que vous voulez, mais ça passe. Les mots sont dans un ordre à peu près cohérent, on pourrait se laisser tenter par la ligne suivante. Certes, une légère surabondance de virgules, on se dit que ça évoluera (ce ne sera pas le cas). On ne comprend pas forcément ce besoin de cacher le dernier chiffre de l’année, sans doute mettre une part de mystère (d’ailleurs ce sera la chose la plus énigmatique de l’histoire. Je rappelle qu’il s’agit d’un bouquin policier).

Alors on continue.

Et le drame arrive.

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Pré-chronique du « Mystérieux Inconnu »

ATTENTION : Ceci n’est pas ni une nouvelle, ni un poème!

(ceci n’est pas une pipe non plus d’ailleurs)

Bonjour à tous !

Des semaines sans aucun écrit de ma part ! Aucune nouvelle, aucun poème, rien. J’imagine la dépression qui vont gagne ! J’imagine les 9000 (à 8930 près) abonnés à mon site apeurés, éplorés, manches relevées, prêts à se trancher les veines si leur supplication pour que je revienne restent vaines (décidément je ne peux pas m’empêcher d’être poète).

Peut être vous demandez vous si, fainéant que je suis, je profite de ce torride mois d’août (ironie : je suis à Paris, mot par définition antinomique avec la notion de « beau temps ») pour me la couler douce et vaquer, flagorner, sans rien tâter de littéraire avec mes dix petits doigts trapus, repus et au repos.

Que nenni mes amis. Comme le dirait un certain agent de la CIA, « la vérité est ailleurs » (pour saisir la référence, sachez que je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître – tiens, encore une référence. Décidément…).

Le fait est que pour le prochain écrit, je vais changer de registre : il ne s’agira ni de nouvelle, ni de poème, ni d’un quelconque texte sur l’Ecrivain Maudit (qu’il nous lâche un peu, lui aussi). Il s’agira de ma toute première chronique – et critique littéraire !

Mais attention, pas de n’importe quel livre. Pas du dernier best seller («best seller, donc forcément mauvais », ne peut s’empêcher de dire l’Ecrivain Maudit tapi en moi – schizophrène, schizophrène…). Il ne s’agira pas non plus de critiquer le dernier essai préconisant de guérir du cancer en mangeant des racines d’Eucalyptus.

Non, bien pire.

Il s’agit de chroniquer le livre le plus mauvais du monde. Quelqu’un devait le faire, je serais ce martyr.

Mais attention, quand je dis mauvais, c’est mauvais. Dans la famille « bouse infâme », je choisis celle de l’éléphant. Je ne parle pas d’un bête Twillight ou d’un vulgaire Mussot (confession : je n’ai jamais lu ni Twillight, ni Mussot, je suis donc très hypocrite en disant cela). Je vous parle des catacombes du mauvais genre, là où les égouts les plus putrides se rejoignent.

En voici le titre :

Le mystérieux inconnu.

Notez déjà la subtilité. En effet : habituellement, ce qui est mystérieux est connu, n’est ce pas ?

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Recette de l’Ecrivain Maudit

 

Pour être Ecrivain Maudit, suivez la recette
Ayez l’air hautain, distant… et acerbe
Présentez vous comme une graine de mauvaise herbe
Saupoudrez le tout de fumée de cigarette

Venant de ce mégot par toujours allumé
Coincé entre deux doigts, et d’un air nonchalant
Apprenez à toujours fumer élégamment
Le regard perdu dans les limbes éthérés

Ajoutez un soupçon, au niveau de l’approche,
Du geste méprisant pour cette populace
Pour ce peuple larvé qui ne tient pas en place…
Que pourtant vous aimez, dont vous vous sentez proches.

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ESCALE

(pour lire le texte en PDF, c’est ici)

            Zone de transit. Les gens semblent l’avoir parfaitement compris. A peine le pied à terre qu’ils se ruent à renfort de chariots, d’escalators et de navettes vers une nouvelle porte d’embarcation et vers l’avion qui les projettera, enfin, à destination. Parfois la jonction n’est pas instantanée. Certains tentent alors de rattraper les fuseaux horaires en somnolant allongés sur trois sièges, en contorsion autour des accoudoirs métalliques. Pour les autres, le temps d’un café, d’un journal ou d’un roman et ils quittent cet endroit qui n’est qu’une partie du trajet.

            Chacun son truc. De mon côté je suis déjà arrivé à destination. L’avion suivant ne m’emmènera nulle part où je veux aller, je ne sais même pas où il atterrit. Les autres attendent pour partir, moi je t’attends.

            D’ailleurs qu’est ce que tu fous, bordel ? Ça fait bien trois heures que je m’arrache les ongles, à soustraire chaque instant qui passe à ceux qu’il nous reste à passer ensemble. En palliatif à ton absence, je t’imagine. D’abord dans ta tenue officielle de diplomate indienne que tu portes le plus souvent. Puis j’allège tes vêtements et t’habille à l’occidentale, avec ce pantalon de velours noir que j’aime. Puis je te dévêtis complètement. Mais le subterfuge ne prend pas : je sais très bien que tu seras encore plus belle que ça.

            Nous n’aurons que quelques heures. Comme d’habitude, ce sera trop peu.

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