Histoire d’écrire #11 Cessez de vous comparer aux autres !

Il existe un piège, dans l’écriture, comme dans tout art : se mettre la pression, en voyant tout ce qui a déjà été fait, s’imaginant ainsi qu’on ne pourra non seulement jamais rien faire d’aussi bien, mais également jamais rien faire, tout court. Et cette pression, me semble-t-il, est encore pire dans le domaine de l’écriture. Explications.

 

L’éducation littéraire

Ah, les Livres, et avec la Majuscule, s’il vous plaît. Les livres souffrent pour moi du même travers que le théâtre ou l’Opéra. Ils sont mis sur un piédestal et, par conséquence, semblent réservés aux classes hautes, celles qui peuvent les atteindre.
Dire qu’on lit, en dîner mondain, ça fait bien. Mais c’est avant tout une histoire de prestige, où d’apparence. J’ai même vu une fausse bibliothèque, avec simplement une succession de dos de livres anciens (forcément), accrochés au mur comme des trophées empaillés et, littéralement, vidé de leur contenu.

Et donc, écrire, ça se mérite, et ça s’hérite, d’ailleurs.

Combien de fois, en dédicace ou en intervention en classe, j’entends des témoignages de gens, de tout âge, toute catégorie sociale, me murmurer du bout de lèvres, ou lors d’un aveu tardif sur Instagram le lendemain, qu’il, qu’elle rêve d’écrire ?

Mais elle, il n’ose pas. Pas pour lui, pour elle. Pas légitime. Pourquoi eux plutôt que les autres ?

Et puis, même parmi les lecteurs (généralement les lecteurs du dimanche, qui n’achètent qu’un livre par an, le Goncourt), une nouvelle sectorisation se fait : lire, oui, mais des vrais livres. Et c’est quoi, un vrai livre ? En gros, quand ce n’est pas du Musso. Musso, Levy et consorts sont devenus les maîtres étalons du mauvais goût pour certains humoristes pseudos cultivés, les mêmes qui vont vouer une admiration sans borne au dernier Avenger… Je serai bien curieux de savoir s’ils ont déjà lu un Musso.

La Fantasy : oubliez. Les thrillers… Ça dépend. Est ce qu’il y a une dimension sociale dedans ? Est-ce écrit par un auteur en exil hors de son propre pays ? Parce que sinon, pas d’intérêt. Ce n’est pas un « vrai » livre.

Ces gens là n’aiment pas les livres. Ils aiment l’image que leur confère une discussion autours des livres. Je préfère mille fois parler des heures avec une/un fan d’Anna Gavalda (que j’adore), Musso, voir de 50 Shades of Grey, mais qui va vraiment me dire ce qu’elle/il a adoré dans ces livres, plutôt qu’un singe savant qui me récite avec la régularité d’un automate ce qu’on dit du dernier Houellebecq, ou de la 5eme édition des lettres de Stephan Sweig (auteur que j’adore aussi, mais je pense que vous avez compris que là n’était pas la question :)).

Heureusement, les choses changent et les catégories se mêlent. On peut aimer Zola et une série Netflix. On peut se nourrir à tous les râteliers de l’art. La bd prend ses lettres de noblesse. Le cinema n’est plus réservé soit à une population uniquement intéressé par les films d’action lambda (ou bêta), ou au contraire par une fange de la population qui déguste un film indépendant slovaque le petit doigt levé. Je pense que les vulgarisateurs YouTube aident pour beaucoup à décloisonner ces catégories. Et c’est tant mieux.

Oui, on peut ne pas aimer lire ce monsieur !

La leçon a en tirer est : vous aimez ce que vous aimez, point ! Du Musso, du Zola, peu importe. Et surtout, vous pouvez aimez les deux. Ou avoir envie de découvrir du Zola, même si vous n’avez jamais lu que du Musso. Ou inversement !

Oui, on peut aimer lire ce monsieur !

Les profs

Je ne vais certainement pas aller dans une critique contre les profs ou l’éducation nationale. Nous avons la chance d’avoir une école accessible au plus grand nombre. Et la plupart des profs croisés lors de mes interventions sont investis dans leur rôle, humains, conscient de l’importance de l’éducation qui, non, n’est pas un gros mot.

Mais qui de souvient d’une once de plaisir à avoir lu le bonheur des Dames, ou le père Goriot, au lycée ? La question n’est pas de savoir s’il faut lire ce genre de livres en classe (c’est un autre débat), mais le plaisir qu’on en retire. Et même si la lecture nous plaît, est ce que l’ombre de l’examen ne noircit pas le tableau d’école) ?

Que ce soit en classes d’école ou dans les classes sociales, les grands auteurs sont déifies. Ils n’ont aucun défaut, chacun de leur texte, même gratté sur un coin de table un soir de beuverie, est à inclure dans la prochaine édition de la Pléiade

Est nous, qu’est ce qu’on retient de cette perception ? Que ces auteurs à des hauteurs inaccessibles. Leurs écrits sont parfaits, intemporels et inégalables. Alors, pourquoi oser penser pouvoir imaginer l’idée de se mesurer à ces auteurs ?

Je l’ai souvent dit ici, mais je pense que ce respect proche de la vénération de ces artistes étouffe le livre et le rend inaccessible à une grande partie de la population. Et c’est un drame.

Enfin, une autre pression existe. Plus insidieuse :

« Tu veux écrire ? Mais tu sais à quel point c’est compliqué d’être édité ? »

« Tu veux écrire ? Mais seule une poignée d’auteurs peuvent vivre de leur plume. »

« Tu veux écrire ? Mais tout a déjà été écrit. »

Il s’agit de la pression de pairs, des proches, et du système. Des conseils « d’amis », qui sont autant de poisons doux et distillés, qui s’ancre avec la persistance de l’encre dans nos esprit. Cela fait penser à l’écrivaine, l’écrivain en herbe, que les feuilles de ses textes ne porteront jamais leur fruit.

Oubliez la pression des anciens !

Description de cette image, également commentée ci-après
Cette pression là on peut difficilement y échapper !

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pression

Donc, comment s’en sortir face à cette triple critique ?

Et bien, la solution est, globalement la même à chaque fois ! Cessez de vous mettre la pression ! A trop penser au regard des autres, on oublie pourquoi on veut écrire (cela n’est pas incompatible avec l’idee qu’il faut avoir conscience que l’on écrit pour un regard extérieur, comme vu précédemment :)). Mais voyons cela plus en détails :

aliments produire boisson Bière jus Thé au lait de style hong kong
Cette pression-là, on peut la garder 🙂

https://pxhere.com/fr/photo/201712

1) vous écrivez ce que vous voulez.

Vous êtes passionnés par la Fantasy ? Écrivez de la Fantasy. L’idée de faire une chronique familiale qui retrace l’Histoire de votre siècle ne vous titille pas plus que ça ? Écrivez autre chose. Cela ne veut pas dire qu’il ne faudra pas être rigoureux, attentif, patient, qu’il n’y aura pas de doutes ou de remises en question mais : écrire un livre peut être déjà tellement compliqué, on ne va pas non plus choisir un thème uniquement parce que ça, c’est de la littérature.

2) Faites vous plaisir.

Beaucoup de gens semblent penser qu’écrire, c’est souffrir. Que l’encre n’est que la prolongation de notre sang, que
chaque chapitre est une ablation d’un de nos organes (évitez le cerveau quand même. Privilégiez les tripes). Et surtout, notamment à cause de la pression qu’on met sur les livres, entres autres, à l’école, beaucoup de gens considèrent que lire, c’est chiant. Qu’il faut lire parce qu’il faut bien se cultiver. Par ce que ça fait bien. Par ce que c’est ce que la société nous dit de faire. Il est va de même pour l’écriture.

Spoiler : écrire peut être fun, et lire aussi. Attention : vous pouvez trouver la lecture (et l’écriture) chiante, pas de souci. (Pennac ne dit il pas que le premier droit imperceptible du lecteur est celui d’avoir le droit de ne pas aimer lire ?). Seulement, il serait bête que vous vous arc boutiez sur un a-priori. Vous passez, peut être, à côté de belles découvertes et de nombreuses heures de plaisir !

https://fondationlitterairefleurdelys.files.wordpress.com/2013/12/droits_du_lecteur_de_pennac-767x1024.jpg

Les dix droits des lecteurs selon l’écrivain Daniel Pennac
Affiche dessinée par Quentin Blake – Copyright: Gallimard Jeunesse.

Reste l’angoisse des statistiques arrides, qui nous explique que tel petit pourcentage de livres parviennent jusqu’à l’édition, que tel encore plus petit pourcentage d’auteurs parviennent à en vivre…

Et vous savez quoi, c’est vrai. Mais est ce que c’est si grave que ça ? Donc :

3) Lancez vous !

Je pense qu’il faut aborder l’écriture de manière différente : partez du principe de base que vous ne pourrez pas en vivre (même si c’est peut être un rêve). La question est donc : pourquoi écrivez vous ? Encore une fois, si c’est pour gagner plein d’argent, laissez tombez :).

C’est généralement pour être publié, mais cela ne peut pas être votre unique objectif, car écrire, c’est long, et la publication est incertaine. Voyez la publication comme la cerise sur le gâteau de l’écriture. Le gâteau doit déjà être bon.

Confidence pour confidence : j’ai cru à un moment, suite à un quiproquo avec mon Editeur, qu’Interfeel, que j’avais alors fini, ne verrait pas le jour. Forcément, gros coup de blouse dans l’estomac. Mais après, j’ai ressentit une certaine satisfaction de ce que j’avais fait déjà. Oui, mon livre ne serait peut être pas publié. Mais en l’écrivant, j’ai appris beaucoup de chose. Sur moi. Sur mon imagination. Sur la manière d’organiser mon temps. De créer des histoires. De générer des émotions. Cela doit être une satisfaction en soit.

Reste la voix la plus incidieuse, celle du manque de confiance en soi. Celle qui, généralement, va se glisser dans tous les arguments précédents et, ainsi travestie, va nous harceler encore, et encore, et encore. Généralement, nos angoisses précises ne sont que le costume de cette angoisse originelle qui se déguise sous d’autres apparats pour vous déstabiliser. Et bien la solution est très simple. Répétez la phrase suivante avec moi :

Vous allez y arriver !

Simple, non ?

Antonin A.

—-

J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !

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A propos Antonin Atger

Ecrivain, mon livre Interfeel est disponible aux Editions Pocket Jeunesse : https://www.lisez.com/livre-grand-format/interfeel/9782266248280
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3 commentaires pour Histoire d’écrire #11 Cessez de vous comparer aux autres !

  1. Marine Ginot dit :

    Sincérité et plaisir d’écrire
    Merci beaucoup ! 🙂

  2. Pearl dit :

    Très intéressant! Merci 🙂

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