Histoire d’écrire #2 Quelle est la pire erreur de l’écrivain débutant ?

Titre attrape clic, hein ?

Et pourtant.

Il y a une erreur que j’ai faite, et que, je pense, toute personne qui se lance dans l’écriture fera, c’est celle-là.

Elle est omniprésente, révélatrice de beaucoup de choses, et c’est notre pire ennemi. C’est un préjugé, ancré dans nos habitudes d’écrivain, de lecture, d’artiste, de français. Là voilà : 

Penser que le premier jet qu’on posera sur le papier sera forcément le bon.

Le bon à tirer. La version finale.

Chaque mot écrit est intouchable. L’encre ne peut plus remonter dans le stylo ou dans le clavier. On n’a pas le droit à l’erreur. 

Et la conséquence directe est la suivante : des nuits blanches, devant une page qui l’est tout autant. Car on n’a pas le droit à l’erreur, et en même temps rien n’est assez bon pour qu’on l’écrive. S’en suit de ce paradoxe des doutes, des remises en question, et une bonne grosse migraine. Tout ça pour une phrase, un mot, une virgule, des points qu’on hésite à transformer en suspension.

Et l’écrivain débutant, l’autrice en herbe, patine devant feuille, rature, efface, râle, rage, surtout.

Mais le syndrome persiste, ce fameux cliché d’écrivain qu’on pensait éviter d’un sourire dédaigné : le syndrome de la page blanche.

Voyons déjà pourquoi nous faisons cette erreur. Ensuite, voyons comment y remédier :).

 

Pourquoi ?

Pourquoi se torturer ainsi les méninges devant le mot parfait ?

Car nous vivons dans une société où le livre est idéalisé, noble, et que l’écriture doit l’être tout autant. On ne rigole pas avec le texte. Au commencement était le Verbe, mais le Nom Commun aussi, le Déterminant, bref, n’importe quel mot. Tous les grands auteurs qui nous ont précédé, ces génies, forcément, nous regardent, du haut de leurs piédestal, écrasant de leur prestige nos moindres prétentieux. Il faut faire, a minima, aussi bien qu’eux. Alors on se met la pression, et on n’ose pas en mettre sur notre stylo.

Dans l’esprit de beaucoup de gens, surtout en France, l’art en général, l’écriture en particulier, c’est une expression totale de soit. C’est à Aaaaart, notez la majuscule et le mot appuyé. Ce doit être impulsif, organique, limite orgasmique, mais en aucun cas « réfléchit »

Hou ! Le gros mot. 

Et donc, ce qui sort de la point de notre stylo, c’est la prolongation de notre bras, de nos veines, de notre sang. L’encre, les mots, doivent donc être la substantifique moelle de notre âme, sa transcription graphique, mais exacte et surtout authentique. Or, tout ce qui est réfléchit, travailler, nous semble perdre de son authenticité. Nous avons été contaminé par la routine, la répétition, le labeur.

Comment, dans ce cas là, ne pas se mettre une pression de dingue ? Qui a déjà tout fait, parfait, du premier coup ?

On dit souvent que la première intuition est la bonne. C’est vrai dans bien des cas. Mais écrire un roman, c’est des mois, voir des années. Difficile de tenir sur une simple intuition. pourtant, nombre d’entres vous vont refuser de modifier un iota de leur texte, pour ne pas « dénaturer » leur oeuvre. Comme si l’authenticité ne pouvait pas survenir avec des remises en question, des évolutions, des modifications (non, ce n’est pas paradoxal). Comme s’il était impossible d’affiner son trait, son texte pour qu’à la fin, ce qu’on a écrit était ce qu’on voulait écrire, oui, mais aussi présenter aux autres.

Imaginez un sculpteur. Pensez vous que du premier coup de burin, il retire tout ce qu’il y avait en trop dans la pierre ? On pensez vous qu’il travaille des heures, des mots, des années, avant que la statue paraisse humaine, naturelle… authentique ? Idem pour l’écriture.

 

Comment s’en sortir ?

Et bien, il faut admettre que ce n’est pas vrai : un roman, ce n’est pas qu’une émanation physique de notre âme. C’est aussi du travail. De l’organisation. De la « construction »… et des erreurs.

Suivre votre intuition. Mais soyez malins. Écrire d’un trait trois cents pages de texte, et l’envoyer sans relire à un éditeur, ce n’est pas suivre son intuition, c’est aller droit dans le mur. Sentez vos idées. Et quand vous sentez que vous devez retravailler un passage, suivez ce feeling. Du bon usage de l’intuition. Ecoutez là. Et dosez là avec de la méthode.

Et si vous êtes bloqués, si vous avez peur d’écrire, disons le, de la merde, et bien écrivez quand même. Même  si, au finale, vous écrivez effectivement de la merde. C’est des pires fumiers qu’on tire les meilleurs plantes. Et croyez ceci :

Vous avez le droit d’écrire mal. Vous avez le droit de vous rater. Vous avez le droit de recommencer une phrase, un paragraphe. Ce n’est pas grave.

Ce qui est grave, par contre, c’est ce ne pas se remettre en question après coup. Pour cela, ensuite,regardez ce que vous avez produit, avec rigueur et bienveillance. Rigueur ET bienveillance. Acceptez vos erreurs, et recommencez. Et si vous réécrivez deux, trois, dix fois, ce n’est pas grave. Ce sera long certainement, chiant peut être, mais pas grave. Vous avez le temps.

Certains préconisent de commencer par écrire les mauvaises idées. Comme ça, elles sortent, et ça laisse de la place pour les bonnes. Appliquez ce conseil. Sortez l’horrible, le mauvais, le caca. Et voyez pourquoi ça ne fonctionne pas. Et voyez ce qui, dans ce marasme, fonctionne. Et reprenez. En plus d’écrire de mieux en mieux, vous en apprendrez beaucoup sur vous.

Et, qui sait, ce que vous pensiez être une idée horrible à la base pourra, tordue dans un autre sens, se révéler intéressante. Quoi qu’il en soit, écrivez. C’est simple, et c’est tout.

Si vous bloquez trop : astuce. Achetez un « carnet à erreurs ». C’est un carnet tout ce qu’il y a de plus normal, mais dès que vous n’êtes pas sûr de vous, ouvrez le carnet et dîtes vous :

Là dessus, j’ai le droit d’écrire le pire du pire. L’obscène. L’affreux. Ce n’est pas grave, ce carnet et fait pour ça.

Et vous verrez, généralement votre texte sera bien moins horrible que ce que vous imaginiez !

Conseil d'écriture pour ne plus avoir peur de la page blanche !

L’être humain n’est pas bon ou mauvais. Il est bon et mauvais. L’écriture est le miroir de cette dualité. Vous ne pouvez pas écrire que du bon. Acceptez votre mauvais, et voyez ce que vous pouvez en faire. Et puis recommencer. Avec bienveillance. Toujours.

Est ce que cet article vous a plu ? Je vous laisse me dire ce que vous en pensez en commentaire. Si vous avez des questions spécifiques sur l’écriture, posez les également, j’y répondrai peut-être dans un prochain article. 

Enfin, n’hésitez pas à partager cet article avec les écrivains en herbe qui, selon vous, en ont besoins !

A propos Antonin Atger

Ecrivain, mon livre Interfeel est disponible aux Editions Pocket Jeunesse : https://www.lisez.com/livre-grand-format/interfeel/9782266248280
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2 commentaires pour Histoire d’écrire #2 Quelle est la pire erreur de l’écrivain débutant ?

  1. Fée Liseuse dit :

    Super motivant, merci !

    • Antonin Atger dit :

      Merci, ça fait très plaisir ! Si vous avez des questions précises sur l’écriture, n’hésitez pas à me les poser en commentaires, je tâcherais d’y répondre dans un prochain article !

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