Histoire d’écrire #7 Pour qui écrire ?

Cet article est important. Les autres aussi, vous dirais-je mais celui là tout particulièrement. Pour qui écrivez – vous ? Pour les autres ? Pour vous même ? Pour l’art ? Il est nécessaire de clarifier les choses avant même de mettre la première lettre sur votre page.

Comme désormais chaque semaine, je poste un sondage sur Twitter, pour savoir ce que vous en pensez, et quelles sont vos habitudes d’écriture. Voilà les résultats :




Si l’inclusion du tweet ne fonctionne pas, par ici.

Maintenant, décortiquons. On écrit pour soi ? Pour les autres

Écrire pour soi ?

Bien sûr, on écrit avant tout pour soi. Pour le plaisir que procure la création d’une histoire, d’un univers, le développement d’une idée. Ce plaisir est indispensable : la construction d’un roman est longue, sa publication incertaine. N’écrire que pour les autres n’est pas tenable. Il faut penser à soi.

Écrire pour les autres ?

Sauf qu’en fonction de ce que l’on écrire, il est indispensable de prendre en considération le fait que l’on écrit aussi pour les autres. Je parlais déjà de cela lors de l’article de la semaine précédente, « Quoi écrire », tout particulièrement lorsque j’abordais le genre autobiographique.

Pourquoi est-il nécessaire de penser aux autres ? Car ce qui nous parle, ne parle pas forcément aux autres. Ce qui nous fait sens peut être confus pour le lecteur extérieur.

L’importance du regard extérieur.

Vous pouvez avoir la meilleure histoire du monde. Si vous la racontez mal, elle ne va pas atteindre le lecteur, et il passera à côté. C’est dommage. Notre idée, la plus personnelle qu’elle soit, doit être accessible à l’autre, pour que celui-ci, ou celle-ci, la ressente en écho

Imaginez, en fait, que votre écriture du texte, et la lecture de ce dernier, soient en réalité de langues différentes. Français pour l’une, français pour l’autre, certes, mais chacune et chacun interprète les mots à sa manière en fonction de ses connaissances, son vécu. L’idée n’est pas de plaire à tout un chacun (impossible), mais de rendre le langage de nos idées intelligibles à la compréhension des autres

Comment faire ?

Et bien pour cela, il faut tout de suite abolir un mythe tenace de l’écriture : le premier jet serait toujours le bon, le meilleur, le plus authentique.
C’est faux

Car votre but n’est pas d’être authentique envers vous même, mais envers votre lectorat. Or, faire des phrases simples, intelligibles, avoir des idées claires, un style qui paraît naturel, cela demande beaucoup de travail

Il ne faut bien sûr pas jeter ce premier jet, ce sera là base de votre travail. Il faudra le relire et comprendre ce qui vous, vous touche, pour le transmettre.

Attention par contre à ne pas tomber dans l’écueil inverse, où, saisi d’un doute sans fin, on triture ses phrases jusqu’à leur faire perdre toute personnalité.

Important : adapter son idée au regard de l’autre ne veux pas dire renier ses propres idées, sa personnalité, son style, son histoire. C’est, justement, trouver un point d’équilibre entre votre compréhension et celle des autres. Équilibre que l’on retrouve dans beaucoup d’aspects de la vie

Une comparaison.

Prenons comme comparaison l’apprentissage de la musique, et, mettons, de la guitare. Si vous n’avez jamais touché cet instrument, que vous l’essayez, et tentez une mélodie, elle sera forcément hésitante, voir faussée pour l’oreille extérieure. Même si vous, vous l’entendez juste. Vous pouvez toujours refuser de modifier la moindre des notes sous prétexte d’autenticite, oui. C’est votre droit. Mais ne suis pas sûr que vous atteignez, ainsi, les autres

Et votre refus de changer la moindre note, ou la moindre ligne, peut être aussi du à ce bon vieil égo, qui n’est jamais très loin et qui ne fait pas bon ménage avec la création :

Les plus grands « génies », Mozart par exemple, ont potassé longtemps avant d’avoir cette aisance naturelle. Il peut y avoir une facilité innée, bien sûr, mais elle ne fait pas tout. N’oubliez pas la fable du lièvre et de la tortue 🙂 et que sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie.

Soit dit en passant, demandez à un artiste ce qu’il pense de la phrase : « tu as un don » lorsqu’il présente un de ses œuvres :). Généralement il tique, car son œuvre, c’est aussi un sacré « travail », des échecs, des doutes, des heures et des heures de boulot et d’apprentissage. Parler de « don » revient à nier toutes les années de labeurs qui ont précédé cette création

Il faut donc prendre ce premier jet, et saisir dans vos propres lignes ce que vous avez voulu dire. Quelles émotions ? Quelle histoire ? Et tout faire pour rendre accessible cette émotion, cette histoire

Un exemple parlant

Imaginons que vous avez inventé, pour les besoins de votre histoire, une espèce, appelée le zgourb (nom recherché, n’est ce pas ?). Si d’un coup dans votre histoire, vous écrivez :

Et Nathan transmis le micro-recepteur au zgourb qui disparut dans un éclair de flaf.

Si vous n’avez jamais parlé de zgourb, de flaf, voir de micro transmetteur avant (voir de Nathan), il est fort possible que votre lectorat soit un peu perdu. Pourtant vous, vous connaissez le zgourb. Mais eux, non. Il faut donc leur transmettre le nombre d’information suffisantes pour amener vos lecteurs à l’émotion et à la compréhension voulues.

(Ou alors, votre histoire versera dans l’absurde, mais c’est, justement, une autre histoire :). Et il faut que ce soit un choix)

L’écueil inverse et de faire la généalogie complète du zgourb, sa biologie, ses convictions politiques, avant de l’introduire. Méfiez vous des inventaires et des pages d’explication, qui sont généralement là pour impressionner le lectorat (« vous avez vu, j’ai TOUT imaginé sur le zgourb !). Encore une fois, l’ego est mauvais conseiller. N’écrivez que l’essentiel. Trouvez l’équilibre.

Et cet équilibre, il faut le dire quand vous parlez de zgourb, de flouf, mais aussi d’émotion, de la relation entre tel et tel personnage, de l’atmosphère d’une ville… Tout. Ainsi, le lecteur sera autant touché par votre histoire que vous. Et l’échange, si fort, entre auteur, autrice, et lectorat, pourra commencer

A bientôt

Antonin A

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J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu

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A propos Antonin Atger

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