Histoire d’écrire #40 Faire lire à ses proches : une fausse bonne idée ?

Et comme la semaine dernière, nous allons voir les pros et les cons d’une telle pratique. Et contrairement au challenge précédent, mon avis sera moins tranché. À vous de décider !

Les côtés plus

File:Flag of Switzerland.svg - Wikimedia Commons
Un drapeau suisse pour un article qui se veut neutre : symbolisme.

Faire lire à ses proches peut se révéler très fructueux, pour de nombreuses raisons.

La conscience du regard extérieur.

Si l’on souhaite être publié, on écrit pour les autres. Cela ne veut PAS dire que l’on fera des histoires forcément neutres, commerciales, mièvres, ou ce genre de poncifs (et si vous voulez écrire ainsi, ce n’est pas un problème !), mais on écrit pour atteindre les émotions et la réflexion d’une personne extérieure à nous même. Voyez la même logique que pour l’écriture manuscrite : nous allons davantage nous appliquer si le texte sera lu, car un autre que moi ne sait pas que cette patte de mouche est un p, et cette autre patte un l. Il faut rendre ce qui est évident pour nous intelligible pour les autres. Il en va de même pour les histoires.

Or, savoir que notre texte sera lu rapidement – et pas dans une éventuelle publication, nous offre déjà un « aperçu » de ce regard extérieur. Surgira rapidement la question : « Est ce qu’ils vont comprendre ce que je veux dire », et ce raisonnement est très bénéfique, tant qu’il est pas envahissant.

Envahissant ? Que veux-tu dire ?

Mauvaises herbes

Excellente question, voix rhétorique dans ma tête ! Envahissant, au sens que la pression exercée par ces regards externes n’étouffent votre ambition créatrice. Écrire, c’est oser. Notamment de prendre le risque de décevoir.

Le délai imparti.

my gif gif disney vintage Alice In Wonderland disney gif ...

Écrire un livre sans promesse de publication est compliqué sur de nombreux aspects. L’un d’entre eux est l’absence totale de deadline. Que l’on veuille ou non, que l’on aime ou pas, la perspective d’une deadline aide beaucoup à avoir de la productivité. Savoir un public proche et impatient (je vous le souhaite !) de lire la suite, aide !

Les côtes moins

Bleu Bouton · Images vectorielles gratuites sur Pixabay
Pas de symbolisme là, juste la première image que j’ai trouvée.

Comme nous l’avons déjà vu, faire lire à ses proches peut apporter une pression, soit dans la qualité de ce que l’on doit écrire, soit dans le timing, qui étouffe. Si toutefois vous souhaitez tenter cette expérience, à vous d’ajuster vos conditions. Par exemple :

  • – Ne faire lire qu’à la fin.
  • – Ne pas spécifier de date pour le prochain chapitre (si vous faire chapitre par chapitre).
  • – Demander de concentrer les retours uniquement sur l’histoire / les personnages / l’orthographe.

Bref, fait une demande de relecture à la carte !

L’incapacité de penser l’histoire globalement.

Si vous demandez une relecture régulière, par exemple chapitre après chapitre, le problème peut être que vous ne pourrez plus penser l’histoire globalement, devant penser à ce chapitre, puis le suivant, puis le suivant. N’oubliez pas que les chapitres se tiennent dans une histoire globale. Ne quittez jamais le long terme.

Toujours sur cette remise de chapitre les uns après les autres, méfiez-vous d’un autre point : une tension narrative met parfois plusieurs chapitres à monter. Après le premier, le deuxième chapitre, les lecteurs peuvent penser que rien ne se passe (alors que ce n’est pas le cas et sur cela sera révélé à la fin de l’arc narratif que vous êtes en train de construire), et vous le dire. N’oubliez pas votre but. Précisez que cette lenteur est normale car elle installe la suite de l’histoire. Certains éléments ne se révèlent qu’une fois l’histoire complète.

Si vous choisissez de faire lire vos textes ? Mes conseils.

Choisir ses lecteurs.

Lecteur dvd enregistreur - TopiWall
Ce lecteur, par exemple, ne sera pas très efficace.

Voici ma phrase fétiche, que je ressers à toutes les sauces, si vous me suivez sur les Réseaux, Twitter, par exemple :

Choisissez des gens honnêtes, mais bienveillants. Bienveillants, mais honnête.

Un auteur.

Pourquoi ? Explications :

Une personne uniquement bienveillante, hésitera à critiquer. Au final, vous n’obtiendrez que des éloges, mais peu de retours pertinents.

Une personne uniquement honnête, vous dira certes ce qu’il ne va pas, mais ne mettra pas les formes. Or, se faire sèchement critiquer un travail de plusieurs dizaines, centaines d’heures, peut faire mal.

Une personne honnête et bienveillante aura l’avantage de dire ce qui va, et ce qu’il ne va pas. Mais en plus, elle saura mettre les formes.

Sachez recevoir les critiques.

The Importance of Critique in Art
Pas de symbolisme là, l’image me faisait simplement marrer !

Il est toujours difficile de recevoir des critiques. Car lorsqu’on présente un texte, au delà d’un retour honnête, on recherche également une approbation. Le fait que ce que l’on a écrit vaut quelque chose et, par corollaire, que l’ont vaut quelque chose.

Il est très dure de se séparer de son propre texte, pour plein de raisons. C’est pourtant indispensable. Si vous présentez un texte, partez du postulat indispensable que les retours ne se feront que sur votre texte, jamais sur votre personne. Et n’oubliez jamais qu’une personne qui fait des retours détaillés, positifs ou négatifs, est une personne qui a prit le temps de lire vos textes, d’organiser ses idées, de vous répondre. Vous vous rendrez compte que c’est rare. Je vous invite à les remercier. Et à ne pas prendre la mouche si les retours ne vous plaisent pas, car ils pourraient s’en sentir légitimement vexés.

Si les critiques vous blessent, considérez la chose suivante : si la personne vous fait ces retours, c’est qu’elle estime que vos pouvez les recevoir, que votre texte peut être améliorer, et donc qu’il est déjà bien. Et surtout, que vous avez les capacités de l’améliorer. Sinon, elle ne prendrait même pas la peine de vous faire un retour. En ce sens, toute critique, bonne ou mauvaise, est à la base un complément, pas forcément sur votre texte, mais sur vos capacités à l’améliorer.

On vous demande de relire un texte, que faire ?

stress-cartoon | patriziasoliani | Flickr

Prenons le problème inverse : on vous demande, à vous, de faire un retour sur un texte. Nous retrouvons le même problème : comment faire en sorte que la personne ne prenne pas les critiques personnellement ?

A nous, alors, d’appliquer le concept d’honnêteté et de bienveillance. Eviter de dire que ce texte est à coup sûr le prochain Nobel (s’il ne l’est pas), car vous seriez bienveillant, certes, mais pas honnête. Je pars du principe que la personne que propose un texte ne cherche pas une approbation sur sa personne, mais un moyen d’améliorer son écrit. Mais même dans ce cas, il est possible qu’elle soit personnellement affectée par les critiques.

Evitez de dire que le texte est une daube sans fond, même si vous le pensez car vous serez certes honnête, mais pas bienveillant. Cela ne veut pas dire mentir, mais dire les choses de manière plus pacifique. Voyez si vous n’aimez pas le texte car il ne correspond pas à vos affinités (par exemple, si c’est de la SF et que vous n’aimez pas la SF), auquel cas le problème n’est pas forcément la qualité du texte, simplement que l’histoire ne vous interpelle pas. Si par contre le texte est qualitativement mauvais, vous pouvez simplement dire que le texte n’est pas en l’état publiable, qu’il y a un problème de fond, etc. Ce sera difficile à entendre, mais les retours servent à cela.

J’en arrive à un dernier point, que je fais à chaque fois qu’on me demande une relecture. J’avertis l’auteur / autrice. Je précise À L’AVANCE que vous serez honnête, et que les critiques ne porterons que sur le texte, rien que sur le texte, et en RIEN sur l’auteur. Et j’explique que si la personne n’est pas prête à recevoir ces retours, je préfère ne rien faire. Si l’auteur accepte, un contrat moral est passé : il est prêt à recevoir un retour, quelqu’il soit.

Faire lire un texte, ou lire le texte d’un autre, n’est pas chose aisée. Mais ces retours peuvent être utiles sous de nombreux aspects. Offrir la perspective du regard extérieur. Imposer un rythme. Favoriser les échanges. Il est juste fondamental de savoir distinguer l’oeuvre de l’auteur. Chose que nous oublions trop souvent de faire.

Important !

Fichier:Nuvola apps important.svg — Wikipédia
Important, on vous dit.

Vous avez des questions sur l’écriture ? Le mois suivant sera, une nouvelle fois, consacrez à vos demandes ! Mettez donc en commentaires les choses qui vous chiffonnent, qui vous bloquent, j’en ferai peut être un article ! Qui ne tente rien…

Belle journée,

Antonin A.

—-

J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !

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9 commentaires pour Histoire d’écrire #40 Faire lire à ses proches : une fausse bonne idée ?

  1. Vitalii Travinskyi dit :

    à la fin de l’arc narratif que vous êtes en train de construire

  2. Lucyle Maurice dit :

    Je trouve que c’est une étape très difficile, choisir ces bêtas. Les proches sont souvent une solution mais là encore il faut trouver les bonnes personnes et pour le bon moment, quelqu’un qui est particulièrement attentif au style et l’orthographe aura du mal à aider à mettre de l’ordre dans le scénario. Reste à savoir si on favorise un bêta auteur ou grand lecteur. Les deux peuvent aussi être à double tranchants. Bref c’est très compliqué ! Merci d’avoir abordé la question !

    • Antonin Atger dit :

      Quelle différence faite vous entre bêta lecteur et grand lecteur ?

      • Lucyle Maurice dit :

        Je pensais à la différence entre un bêta qui est « juste » lecteur et un bêta qui est aussi auteur. On a tous nos tournure de phrases fétiches, nos petite manières dans l’écriture. C’est parfois difficile de s’en détacher en beta lecture 😉

        • Antonin Atger dit :

          A titre personnel, mes lecteurs ne sont pas auteurs. Je pense que ce n’est pas plus mal, comme le livre se destine à la base à un public non « initié ».

  3. J’aime bien l’idée du contrat moral entre l’auteur et ses bêta lecteurs. L’honnêteté et la bienvaillance me parlent dans la vie en général. Antonin, j’aimerais des conseils sur les idées de fin de romans, fermées, ouvertes, et à quel moment on amorce la fin dans la structure du roman. Merci. Une fervente lectrice de tes conseils. Laure

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