Entre eux deux

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Le métro s’arrête. Les portes vont bientôt s’ouvrir.

Au dehors, la cohorte est alerte. Prête à bondir. Les regards scrutent l’intérieur pour voir si par miracle un siège est resté vide. Chacun retient son souffle, attendant le signal pour se forger un passage à la force des coudes.

Enfin les portes coulissent. Quelques personnes à l’intérieur pensaient naïvement pouvoir sortir ; elles sont happées par le flot contraire qui s’engouffre. Poussant devant, poussée derrière, la masse compacte s’avance ligne par ligne. A chaque choc crépitent les injures. Peu à peu, la densité de personne augmente, augmente encore, enfin sature. Les gens dorénavant retiennent leur souffle et attendent la sonnerie salvatrice.

Sept bips courts et distincts annoncent la fin des hostilités. Et la fermeture des portes.

Mais cela ne suffit pas. Un pied sur le quai, un pied dans la rame, la dernière rangée de personnes n’en démord pas. Ce train ne partira pas sans eux.

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L’éclat de la feuille

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La feuille est encore vierge. De mes doigts tremblant
Je caresse l’abîme de ce papier blanc
L’effleurant – encor moins – m’éloignant d’un sursaut
Je frémis d’impatience et l’effleure à nouveau

Mais à peine – sans vraiment la toucher – un frisson
Qui me court dans les doigts et je perds la raison
Un instant – je m’écarte, respire, et me contrôle
Pas longtemps et bientôt mes doigts à nouveau frôlent
Cette écorce légère électrisant mes sens
Support imaginaire de mon incandescence

 

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Un envol

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J’ai toujours eu peur au décollage. Ce bruit titanesque, immense, prenant, ce  tremblement de fin du monde, accélération, et soudain me voilà écrasé contre le siège, arraché du sol, de la Terre, de ma planète, isolé dans le vide avec pour simple protection cette coquille de métal prête à s’écarteler à tout moment.

On peut voyager en première ou deuxième classe, être âgé ou pas, adulte atone ou ado agité, rien n’y fait. Il y a toujours pendant quelques secondes cette même appréhension, cette peur primaire, presque bestiale, qui nous saisit. Quel que soit notre niveau social, d’éducation, notre culture, nous réagissons pareil. Durant quelques secondes nous sommes tous à égalité.

Petit, la famille entière devait s’y mettre pour me faire embarquer dans un avion et partir en vacances. J’avais neuf ans la première fois. Lorsque l’apocalypse aéronautique s’est déclenchée, je rédigeais mentalement mon testament, léguant mes billes à celui que je voyais soudain comme mon meilleur ami et me découvrant une amoureuse secrète. Tellement secrète qu’elle n’en a jamais rien su d’ailleurs, je n’avais jamais osé lui avouer.

Chaque année nous partions en vacances quelque part et chaque année c’était le même rituel. Pourtant j’adorais aller en vacances. Et je ne me voyais pas partir autrement qu’en avion. J’étais un paradoxe ambulant. Et je le suis toujours.

Une fois en l’air, ça va mieux. Je ne vois plus la terre, nous baignons dans un bleu nuageux qui semble irréel – et donc absolument sans danger. L’atterrissage est aussi beaucoup plus pacifique. C’est la fin, le retour sur terre. Je suis arrivé, il ne peut donc plus rien m’arriver.

 

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