Histoire d’écrire #46 Comment finir une histoire ?

Comme nous avons vu la semaine dernière il y a en deux fins dans une histoire. La première fin est la fin de la trame narrative, du plot, c’est à dire que l’on resoud les questions posées par l’arc narratif principal. Généralement, ce moment s’appelle le climax, où tous les éléments se rejoignent et où les péripéties se résolvent. Le méchant est vaincu, le coupable est identifié, les héros arrivent à leur but. Etc. C’est la fin des « problèmes ». Reste à savoir ce qu’il se passera après ces problèmes. Cette fin est donc aussi un début : le début de l’histoire après les problèmes passés. Cette portion possède un nom que vous connaissez tous : c’est la conclusion.

Mais alors, c’est quoi, une conclusion ?

C’est, déjà, des recherches images un peu relou

C’est quand il n’y a plus de menace directe sur le héros mais pourtant que, telle une queue de comète, il reste des choses à réflers, des destins à tracer. Il ne faut jamais négliger une queue de comète. C’est ce qui restera imprimé sur la rétine de vos lecteurs, et ce seront les outils qu’ils utiliseront pour prolonger la vie de vos héros dans l’imaginaire.

Ainsi, si durant le climax, la question que se pose le lecteur est : le héros va-t-il atteindre son but ? La question qu’il se pose après le climax est : que va faire le héros maintenant ? Il a accomplit l’arc narratif. A-t-il encore une vie, maintenant qu’il a atteint son but ?

L’occasion de régler des arcs narratifs intimes.

Généralement, la fin du climax signale également la fin de la tension dans le livre. Il est ainsi improbable que le héros subisse, par exemple, une nouvelle épreuve, que sera moins intense que la précédente (sensée être le « bouquet final »), à l’exception notable d’un bon gros coup de théâtre ou du cliff hanger. Par contre, c’est souvent l’occasion de boucler des arcs narratifs personnels. Par exemple, le héros serait brouillé avec son fils, son père, et décide de le revoir, fort des épreuves qu’il a vécut. On ne sera donc plus dans la tension, mais dans l’attention. C’est Rocky, qui retrouve son fils, à la fin de Creed 2. C’est Franckie, qui accepte de revoir sa fille à la fin de Million Dollar Baby (j’espère que vous avez vu ce film !).

Le cycle du héros, fin.

Si l’on s’en réfère une nouvelle fois au parcours du héros, la fin de l’histoire correspond au retour du héros dans son pays natal, son univers habituel mais avec les connaissances qu’il a acquis tout au long de l’histoire. Néo revient dans la matrice, en tant qu’élu. Katniss revient dans le 9ieme district, en temps que Geai moqueur. Il y a une idée de retour aux origines, pour noter le contraste avec le début. Un autre exemple mythologique indéniable est l’Odyssé d’Ulysse. Enfin, d’Homer. Enfin, vous avez compris.

Au delà du lieu…

Au-delà du simple retour chez soi parfois de héros va se retrouver à reproduire exactement la même action qu’au début de l’histoire mais cette fois en mieux. Il mettra le panier qu’il avait toujours raté. Ce n’est plus qu’une histoire de fond mais une histoire de forme, car cette répétition trait pour trait n’est pas forcément nécessaire, surtout un jeu esthétique (pour le visuel), ou émouvant.

L’exemple qui me vient directement à l’esprit est la fin de Kingsman, les services secrets, où le jeune héros, Eggsy, revient dans sa banlieue natale après avoir sauvé le monde (retour du héros). Il n’est plus le petit loulou désabusé c’est un Kingsman. Ça, on le sait déjà. Mais une scène va très spécifiquement l’expliciter. Il va se passer une répétition visuelle d’un moment au début du film, ou Eggsy n’est pas encore Kingsman, n’a pas encore sauvé le monde. Dans un pub, il se fait harceler par des loubards et son mentor, le très british Colin Firth, leur colle une branlée mémorable, en commençant par balancer un verre de bière sur la tête du boss, avec la crosse de son parapluie. Le jeune Eggsy reproduira l’exacte même technique, preuve qu’il a changé, mais offrant également au spectateur une satisfaction esthétique en revoyant des repères visuels anciens.

Éloignons nous un instant du cycle du héros.

J’ai beaucoup parlé tout au long de ces articles du cycle du héros c’est normal il s’agit de la trame narrative la plus utilisée et celle avec laquelle nous sommes plus familier. C’est une manière de raconter des histoires que l’on connait tous, et que ce sont des structures que l’on peut reconnaître dans les romans, les bds / mangas, les films…

Mais il en existe plein d’autres. Principalement dans les livres. Le cinéma, pour diverses raisons et je dirais, à cause d’une certaine pression financière, et car cet art est surtout promu par les américains, friands de ce cycle, est moins enclin à s’éloigner de ce sentier (ra)battu (ce qui ne l’empêche pas d’avoir des excellents films, hein). Les livres osent plus de diversité. Proposant par exemple des histoires où l’on suit un personnage, pour comprendre une époque, une athmosphère, une psychologie, sans s’embarrasser d’un cycle du héros classiqeu. Cela offre tout autant de fins différentes.

D’autres manières de raconter – et terminer des histoires.

Si vous rappelez d’un ancien article, où je parle des lignes narratives, il y a pleins d’autres manières de raconter les histoires. Il y a par exemple celles ci :

Où, très logiquement, l’histoire se termine lorsque le personnage arrive au sommet de ce qu’il peut espérer. C’est Georges Duroy, qui devient un journaliste réputé dans Bel-ami. C’est Octave Mouret qui, dans le Bonheur des Dames, aggrandit indéfiniement son rayon et épouse Suzanne.

Ou celle ci :

Ici, le schéma est inversé : l’histoire s’arrête, très généralement avec la mort du personnage (et là, on va spoiler du Zola). C’est l’Assomoir. Ou alors, lorsque le personnage principal se trouve dans le dépouillement le plus total, signe de mort symbolique (et parfois de résurection, à travers ce dépouillement) : c’est la Joie de Vivre.

MAIS il y a aussi des livres qui ne s’embarassent pas de trames narratives. Et, c’est l’une des grandes forces du livre par rapport au film, est obligé de s’y accrocher. Parfois, le livre se contente de raconter un quotidien.

Dans « Entre les Murs », super petit livre de François Begaudeau, racontant le quotidien d’un prof de banlieue, par ailleurs adapté en film par Laurent Cantet et Palme d’Or 2008. L’histoire se termine… à la fin de l’année scholaire. Ce qui accroche le lecteur n’est pas une intense résolution narrative. Ce qui le maintient, c’est simplement de continuer la découverte du quotidien de ces élèves.

Dans un autre style, mais avec le même principe, nous pouvons avoir « L’Histoire du Juif Errant », de Jean d’Ormeson.

Livre que je ne peux que vous recommander. Ce livre imagine la vie d’un coordonier juif, ayant refusé d’offrir un verrre d’eau à Jésus Christ lors de son chemin vers la crucifiction, et qui, en puntion, se voit refuser de mourir. Il va donc errer, pendant deux millénaires, endossants des dizaines, des centaines de personnalités, influençant des évènements majeurs (l’incendie de Rome, la découverte de l’Amérique, les guerre Napoléoniennes), aventures qu’il rencontre à un jeune couple rencontré à Venise, à la fin du 20ième siècle.

Histoire du juif errant, by Jean d'ORMESSON - CONSUS - FRANCE
700 pages en deux millénaires. Ou l’inverse.

Le livre fait quelques 700 pages. Il pourrait en faire des milliers : il y aurait toujours quelque chose à raconter, un autre passage historique, une autre aventure. On n’accroche pas au livre car on veut connaître sa résolution, on la sait depuis le début : le Juif errant ne peut pas mourir, et est condamner à errer jusqu’au retour du Christ, faisant pour le moment une petite escale à Venise pour parler à ce couple. L’important n’est pas le but, c’est le chemin.

Et dans ce cas, comment finir ? Et bien, quand ce n’est pas une limite arbitraire, comme une fin d’année, le choix appartient directement à l’écrivain : quand il a décidé d’en avoir assez dit. Un livre comme « Histoire du Juif Errant » n’est pas temps un livre à « trame narrative », mais une réflexion philosophique sur l’homme et le monde. Ainsi, l’histoire s’arrête quand l’écrivain estime avoir assez philosophé. L’histoire qui, au final, n’était que le support de cette philosophie, s’arrêete en même temps.

Le mot final.

depuis le début de cet article nous avons surtout parlé de comment terminer concrètement une histoire. A quel moment de d’action faut-il laisser partir ses personnages ? Mais revenons sur la forme brute, les mots. Pour cela, je vais introduire un nouveau concept, que j’appelle les ancres.

Mais une ancre, qu’est ce que c’est ?

Excellente question (décidément !). C’est un concept que j’utilise pour parler d’une reprise sémantique dans votre histoire, histoire de créer des liens entre différents moments, sans que cela n’ait une invidence particulière sur le fond de votre histoire. En gros, c’est donc un fusil de Chekov, mais utilisé sur les mots.

(J’appelel cela « anccre », peut être y a t il d’autres noms, mais je n’ai rien trouvé).

Pourquoi le mot ancre ? Même pas l’homophonie avec « encre », rendez vous compte ! Je me suis inspiré du terme informatique où une ancre est un lien clicable, qui permet d’aller, ou de revenir, à un autre endroit de la même page.

(plus de précisions ici, merci Wikipédia, fervant utilisateur de lien ancré !)

Et donc ?

Et bien il est possible de conclure une histoire en utilisant une ancre en rappeler d’autres, déjà dites plus haut, et pourquoi pas en tout début de livre.

L’exemple qui me vient directement provient de « Libre à jamais », la trilogie de BD qui suit la Guerre Eternelle.

(La Trilogie de la Guerre Eternelle est un petit chef d’oeuvre, la trilogie « Libre à Jamais est, mettons, Mheeeeee).

La guerre éternelle -INT
Bien
Libre à jamais -1- Une autre guerre
Moins bien

A la toute fin du tome trois de la seconde trilogie (vous suivez ?), le héros est de retour sur sa froide planète et dit, justement :

« Et il faut toujours aussi froid sur cette maudite planète ».

Référence, évidente au début de la seconde trilogie (vous suivez), où il est déjà sur cette planète, et où déjà il se plaint du froid.

Ce genre de détails est très important. Il ne change rien au fond, mais apporte une « couleur » particulière. En lisant ce « il faut toujours aussi froid », je sens une désabusement, une mélancolie du héros, incapable d’avoir pu changer les choses, contraints, encore, de subir. Une toute autre phrase, sans rappel à une citation précédente, ne m’aurait pas « coloré » cette conclusion ainsi.

Voilà qui clos ce chapitre, et cette longue suite d’articles sur l’écriture ! j’espère que cela vous a plu !

Mais nous, écrivains, savons que la plume qui se lève ne signifie pas la fin du travail ! Et nous verrons à partir de maintenant ce qu’il se passe, justement, après avoir aposé le point final !

Antonin A.

—-

J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !

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2 commentaires pour Histoire d’écrire #46 Comment finir une histoire ?

  1. Michel BLAISE dit :

    Bonjour, je suis abonné à votre newsletter (conseil d’écriture) ; Malheureusement, pas depuis le premier : je reçois le #47. Jai consulté le blog, en cliquant sur  » retrouver les autres conseils « , mais seulement quelque uns sont visibles. Existe t-il une possibilité de les consulter tous depuis le 1er ?
    Bien cordialement.
    Michel

    • Antonin Atger dit :

      Bonjour.

      Heureux de vous avoir parmi nous ! Vous pouvez retrouver tous les conseils d’écriture en cliquant sur « Conseils d’Ecriture », en haut à gauche (sous l’image). Puis faites défilez, et cliquez sur « Articles précédents » pour aller jusqu’au bout.

      Vous me dîtes si c’est bon ?

      Excellente journée !

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