Histoire d’écrire #37 : du bon usage du narrateur

Nous avons vu la semaine dernière les différents types de narrateur : première personne, troisième personne, omniscient, etc. Pour plus de détails, rendez-vous ici.

Voyons désormais pourquoi, quand, et comment les utiliser.

La troisième personne

Comme nous l’avons vu, l’usage de la troisième personne se fait par défaut. En cela, j’entends qu’il s’agit de l’utilisation la plus courante et la plus facile pour la narration : il est possible pour l’auteur de dire par ce biais ce qu’il veut, passer d’un personnage à l’autre, briser le quatrième mur.

Attention : cela ne veut PAS dire que le choix de la troisième personne est un choix « faible ». Être original, pour le simple fait d’être original, n’est généralement pas vendeur. Je conseille plutôt de choisir tout simplement le type de narration qui correspond le mieux à l’histoire que vous voulez raconter.

Nous l »avons vu la semaine dernière, il y a trois possibilités pour utiliser la troisième personne. Nous allons désormais voir les avantages et inconveniants de ces choix.

Ominisient.

Le narrateur omniscient sait tout, passé, présent, futur, sur tous ces personnages. Même s’il est généralement plus focalisé sur l’un des personnages (le héros), rien ne l’empêche d’aller voir la psyché d’un ou d’une autre.

Il y a de nombreux avantages à cela, surtout dans le cadre de la fantaisie / science fiction, où un nouvel univers est mis en avant.

Décrire l’univers.

Un univers tel celui d’Interfeel possède de nombreux éléments : nouveaux objets, nouvel ordre social, modification. Ces informations ne sont pas toujours accessible aux personnages. Par exemple, le héros d’Interfeel, Nathan, est un jeune homme de 16 ans, encore naïf au début de l’histoire, qui n’a pas connaissance de ce qu’il s’est passé avant sa naissance, avant Interfeel. Être un narrateur omniscient permet de raconter ces éléments, en s’éloignant du point de vue du personnage.

Montrer les autres points de vue.

De nombreux conflits surgissent dans les histoires. Pour rester sur l’exemple d’Interfeel, une tension survient au chapitre 7 entre Nathan et Livia, et Nathan n’en comprend pas (sur le moment) la cause. La force du narrateur omniscient est qu’il peut par la suite se concentrer sur le personnage de Livia pour en expliquer la raison.

Une difficulté, alors, survient : il ne faudra pas oublier que les connaissances que possède le lecteur (sur Livia) ne sont pas connu de Nathan. Ainsi, il faudra gérer en permanance ce « décallage de connaissances » entre lecteur et protagoniste.

Les flashbacks et les forshadowings.

L’outil (pour moi) le plus puissant de l’écriture omnisciente, est de créer un suspens en mettant en relief ce qu’il se passe dans le présent avec des actions passées, et d’autres qui ne sont pas encore survenus. Nous pouvons prendre l’exemple de cette phrase :

S’il l’avait rattrapé à ce moment-là, rien des tragédies futures ne seraient arrivées.

Cette phrase prend un risque dans la narration : le lecture ne va plus se demandé ce qu’il va arriver, mais comment ces tragégies vont arriver (et ce qu’elles seront). C’est, vous vous en doutez, un outil à utiliser avec parcimonie.

D’une manière générale, ce procédé est particulièrement utilisé lors d’une multiplicité de personnages. Ainsi, ce n’est pas un souci pour passer de l’un à l’autre.

Le narrateur focalisé sur un personnage.

L’un des défauts de la vision « omnisciente », c’est qu’elle met de facto une distance entre le lecteur et le personnage, le lecteur se contentant d’observer le personnage, d’un point de vue presque sociologique. Le focale sur un personnage réduit les connaissances en dehors de ce dernier, et nous permets donc meilleure approche. Nous sommes plus « près » du héros, nous avons ses limitations.

Si nous restons dans un univers nouveau, il faudra alors trouver d’autres moyens d’expliquer au lecteur les choses qu’il ne connait pas encore. Celles-ci se font souvent en plaçant le personnage que l’on suit en position de « naïf », découvrant l’univers en même temps que nous, et nous apprenons en même temps que lui ces nouveautés. C’est le cas pour Harry Potter, qui ne connait rien du monde des sorciers au début de l’histoire.

L’avantage de ce focus est que l’on peut encore décrire le personnage au delà de lui même. Ainsi, nous pouvons décrire que le héros à peur, même si lui même n’en a pas conscience (et nous pouvons d’ailleurs expliquer que « lui même n’en avait pas conscience »).

Enfin, il est à noter que « omniscient » et « focalisé » ne sont pas des catégories imperméables. Interfeel, par exemple, est un peu entre les deux. Généralement, à chaque fois il se concentre sur un personnage de manière exclusif, offrant (rarement) des informations au delà de ce que perçoit le personnage.

Le narrateur externe.

Le narrateur externe est très spécialisé, surtout dans les polars. Dans ce type de narration, nous ne faisons qu’observer les personnages du dehors, comme s’ils s’agitaient sur un grand jeu d’échec, sans n’avoir aucune idée de ce à quoi ils pensent. Par nature, donc la vision de ces personnages est plus « froide » plus mathématique. Ce n’est donc pas un hasard si nous retrouvons principalement ce proécédé dans les polars, où les sentiments importent peut, si ce n’est que ce sont des éléments pour essayer de trouver le coupable. Les 10 petits nègres d’Agatha Christie en est l’exemple type.

Une version alternative de ce narrateur est le narrateur à la première personne qui n’est pas le héros, mais l’observateur du héros. Hasting et Hercule Poirot. Watson et Sherlock Holmes. On aucun cas nous ne sommes dans la tête du détective, mais nous l’observons, par le prisme du naïf, c’est à dire Hasting ou Watson, qui n’ont pas les capacités intellectuelles de Poirot ou Holmes, mais plutôt les nôtres. Du côté « cocorico », la saga des enquêtes du journaliste Rouletabille utilise le même procéssus, puisque ces aventures sont narrés par son ami, l’avocat Sainclaire.

L’usage de la première personne.

L’usage de la première personne est plus exclusif. Il offre une contrainte supplémentaire à l’écrivain : il est impossible de décrire ce qu’il se passe en dehors de la tête de son personnage principal, et nous n’avons accès qu’à ses propres perceptions.

Il est toujours possible d’écrire un roman de Fantasy ou de Science Fiction de cette manière, mais dans ce cas le rôle du naïf semble indispensable. L’exemple type va être la saga Hunger Game, ou Katniss découvrira le Capitole en même temps que nous.

The Hunger Games - Wikipedia

De même, la saga Twillight utilise le même procédé, Bella découvrant l’univers des vampires au fil des pages de la narration.

Le choix de la première personne, pour ce type d’ouvrage, n’est donc pas le choix par défaut, à l’instar de choisir de faire une photo noir et blanc à notre époque. Mais c’est un choix acté, pour offrir une nouvelle perspective de l’histoire ( de même que les photos noir et blanc offrent une nouvelle perspective de l’image). Car il y a des avantages.

La réduction de informations à transmettre au lecteur ont un avantage fondamental : cela humanise grandement le récit, et le met à l’échelle du héros, du moins de la personne que nous suivons. Le récit devient celui du narrateur. Expliquons cela :

Dans un récit à la troisième personne, si le héros, que nous nommerons Harry, à peur, le narrateur écrira vraissembablement

Harry a peur

A la première personne, le personnage dira certainement « J’ai peur ». (j’ai conscience que c’est un peu plat pour le moment, mais suivez mon raisonnement !)

Mettons maintenant qu’Harry a bel et bien peur, mais n’ose pas se l’admettre. A la troisème personne, on écrra donc :

Harry a peur, mais j’ose pas se l’admettre.

Et maintenant, si l’on passe à la première personne, on arrive à un problème : autant le narrateur externe peut comprendre que et le héros a peur, et il ne peut pas l’admettre.

Mais le narrateur interne ne possède pas cette distanciation avec lui-même (surtout si l’histoire est rédigée au présent). Il ne peut pas à la fois avoir peur, et le dire, s’il ne peut pas l’admettre.

Cela est une contrainte narrative. Mais une contrainte génératrice de créativité. C’est à l’écrivain de trouve un moyen de faire exprimer au héros un seniment qu’il n’ose pas admettre formellement (le coeur bat la chamade, les murs penchent, etc.).

Et cette manière de décrire un sentiment, de le ressentir, même, est beaucoup plus… humain ! On se colle vraiment au protagoniste, on partage, au point même d’en oublier la frontière du livre, ce qu’il vit. C’est une expérience forte.

Jean Claude Izzo a écrit une trilogie de polar se déroulant à Marseille, que j’ai lu il y a au moins 15 ans. Le narrateur est le héros, Fabio Montale, qui parle à la première personne. Si je me souviens très peu des histoires, l’état d’esprit du héros, profondément mélencolique, me marque encore. C’est la force de ce genre de récit. Beaucoup plus contraignant à écrire, potentiellement émotionnellement plus fort à lire.

Pour conclure, vous avez de nombreux choix pour écrire votre histoire ! Vous pouvez même mélanger les différentes possibilités (mais attention à la confusion). J’espère qu’avec cet article, vous aurez comprends les avantages et les inconvéniants de chacun, histoire d’écrire l’histoire qui vous correspondra le plus !

A bientôt !

A propos Antonin Atger

Ecrivain, mon livre Interfeel est disponible aux Editions Pocket Jeunesse : https://www.lisez.com/livre-grand-format/interfeel/9782266248280
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