La question qui fâche
Commençons par la question qui, parfois, fâche : pourquoi prendre du recul sur ce qu’on écrit ? Pourquoi ne pas simplement se laisser porter par son flot littéraire, sa verve romanesque, et présenter son œuvre, brut, donc authentique.
Car il existe ce que l’on appelle la perception subjective. Et comme je le rappelais dans l’article « Pour qui écrire », si on écrit pour les autres, il faut en tenir compte, des autres. Cela ne veut pas dire lisser son style mais, au contraire, l’affuter. Et pour cela, et il enlever le nez du tableau de votre histoire et voir l’ensemble.
L’exemple du rêve
Prenez un exemple onirique : vous faite un rêve fabuleux, vous volez dans un ciel éthéré, nappé de forme somptueuse. Si vous racontez votre rêve, et que vous disez simple : « je volais », vous ressentez à travers ces simples mots vos sensations de vertige, de légèreté, de liberté. Mais la personne qui écoute n’entendra que « je volais », sans toutes les émotions qui lui sont rattachés. Au pire raccrochera-t-il ces mots à des souvenirs personnelles, mais n’est pas ce que vous vouliez raconter. Il faut donc rajouter des détails que vous connaissez, mais pas l’autre, pour quitter la simple explication de votre rêve, aux ressentis que vous voulez partager.
Si vous prenez ce recul, vous remarquerez alors que ce que vous pensiez clair ne l’était pas forcément, et ce que vous pensez complexe était tellement évident que vous n’aviez pas besoin de sur-expliquer l’ensemble des étapes.
Sauf que voilà : prendre du recul sur son propre texte, c’est compliqué. Plus difficile qu’une musique où l’on peut noter la fausse note à l’oreille, ou le manque de proportion d’un dessin au premier regard. L’écrit est personnel, il passe par notre propre intellect, et notre propre interprétation. Difficile donc de repérer l’éléphant qui cache la forêt, ou l’arbre dans la pièce.
Voici quelques astuces que j’utilise pour voir son texte d’un peu plus loin, pour pouvoir le rapprocher des lecteurs.

https://fr.depositphotos.com/92954012/stock-photo-teenager-and-blackboard.htm
Imprimer son texte.
Votre texte, sur sa page numérique, vous le connaissez. Changez donc de format pour le lire certes toujours face à la feuille, néanmoins sous un autre angle. Et l’impression permet, justement, d’en avoir une nouvelle, d’impression. Armez vous d’un stylo (mais oubliez le rouge, vous n’êtes plus à l’école), et soulignez avec bienveillance mais honnêteté les passages, mots qui vous gênent. Créez votre propre code de relecture par exemple : mots barrés = à supprimer. Soulignés en vaguelettes = à modifier. Un triangle (conspirationnnn !!!) : à développer.
Si des considérations écologiques vous freine dans votre débit de papier, je le comprends parfaitement (mais sachez que le papier n’est pas tant ecocide que cela, pas forcément plus que blinder un email de pièces jointes), vous avez aussi la solution PDF. Le PDF est, techniquement, une impression numérique de votre document et figurez vous que, vive l’effet Placebo, ça marche ! Vous voyez votre texte différemment, et vous avez une furieuse envie de reprendre votre texte Word pour y appliquer des corrections que vous n’auriez pourtant pas vu sur le document original.
Lire sur un smartphone.
Il est de bon ton de dénigrer le smartphone, généralement d’ailleurs en postant un tel message véhément sur les réseaux sociaux envoyés… de son Smartphone ! Alors oui, on peut faire plein de critiques : chronophage, obsolescence programmé, coût écologique… dans un autre registre, on associe souvent le Smartphone comme de l’anti littérature : avant, les gens lisaient, maintenant, ils jouent à Candy Crush… Oui oui oui, mais comme tous les outils, tout dépend de l’utilisation qu’on en fait. Or, pour prendre du recule sur votre texte, vous pouvez aussi le lire de votre Smartphone !

http://www.plurielles.fr/parents/enfants-bebes/help-mon-ado-passe-son-temps-au-telephone-7568890-402.html
Le plus simple pour cela est de le mettre sur un document texte basique (.txt), le mette sur le « Cloud » (Dropbox, One Drive, Google Drive, celui que vous voulez) et le lire via une application.
Pourquoi lire sur Smartphone ? Et bien, comme le pdf, c’est un format différent, qui vous apportera donc un regard tout aussi différent sur le texte. Aussi, ne sous estimez pas l’importance du contexte : si un texte papier se lit à un bureau ou dans un cadre formel, le smartphone se consulte, par exemple, dans les transports en commun. Contexte différent vous permet de votre votre texte d’une manière… Vous avez deviné :).
Pour la petite histoire, j’écris beaucoup sur mon Smartphone, notamment nombre de ces articles, que je mets ensuite en page (avec plus ou moins de succès :)) sur ordi.
Lâchez votre texte

https://www.freepik.es/fotos-premium/sonrisa-feliz-gente-negocios-tirar-papeles-documentos-volar-aire-exito-trabajo-concepto-exito-empresarial_1381146.htm
Détachez-vous, littéralement, de votre texte ! Faite du sport, allez dormir (pas en même temps, les deux sont généralement incompatibles – merci d’éviter les blagues graveleuses en commentaire :)). Il faut juste que ce soit une vraie coupure, que vous sentiez poussé par nécessité, et non un simple prétexte pour ne pas affronter un problème syntaxique que vous espérez voir disparaître pendant la nuit ! La nuit porte certes conseil, mais ne fait pas le travail à votre place :).
Au lit !
La nuit porte conseille. Je ne vais pas expliciter ici toutes les études qui le prouvent mais je pense que déjà, empiriquement, vous le savez. Lâchez votre texte, allez dormir, et reprenez le frais comme un gardon le lendemain ! Votre esprit sera plus clair, votre regard plus affûté.

https://lewebpedagogique.com/diversifier/2008/09/25/le-sommeil-est-il-un-facteur-de-reussite-scolaire/
Lire son texte à haute voix.
Dans l’ancien français, entendre voulait dire comprendre. On retrouve ce sens en espagnol avec le mot « entender », comprendre, un faux ami qui donne des sueurs froides à tout élève espagnol LV2 qui se respecte. Quelques expressions françaises ont également subsisté : on s’entend bien avec quelqu’un, on est en bonne entente…
Le lien entre l’oralité et la compréhension semble donc assez évident. A vous désormais de l’appliquer ! Lisez à haute voix ! Frottez ces mots fragiles à vos cordes vocales, pour faire des étincelles. Difficile, oui, mais nécessaire. Les petites erreurs de texte que vous cachiez dans votre lecture silencieuse trouver soudain un écho, littéral, à l’extérieur. Et une nouvelle fois, vous « entendrez » mieux votre texte !
Le faire lire aux proches.
Le regard extérieur est important, déjà, pour les conseils qu’il peut apporter. Mais aussi, car le simple fait de savoir que quelqu’un d’autre va lire ce que vous écrivez va vous apporter un autre regard. Le vôtre, mais avec du recul. Vous comprenez ?
Attention néanmoins à ne pas vous mettre une pression excessive à cause de cette lecture des tiers. Noubliez pas comment vous devez choisir vos bêta lecteurs : bienveillant mais sincère, sincère mais bienveillant.

http://rire.ctreq.qc.ca/2014/04/lecture_voix_haute/
J’espère que ces conseils vous aiderons ! Et vous, comment fait vous pour prendre du recul sur votre texte ?
A bientôt !
Antonin A.
—-
J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !
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Histoire d’écrire #15 Comment organiser ses idées ?
Mais une idée, c’est quoi ?
http://www.liberadestra.com/la-tua-idea-di/
Il y a, on va dire, deux types d’idées dans le processus d’écriture. Celles qu’on utilise au sein de notre histoire, l’action, les péripéties, (machin rencontre machine, untel se fait sauvagement tuer), et celles qui constituent votre univers et vos bibles de personnages, qui ne servent pas directement votre histoire mais la nourrissent, l’enrichissent, et vous aident à mieux la connaître. Les deux sont nécessaires, et je préconise de justement séparer ces deux types d’idées.
Quand les classer ?
Tout le temps, ma bonne dame : avant d’écrire, bien sûr, pour avoir l’architecture nécessaire de votre histoire. En cours d’écriture, surtout. Pour ne pas perdre le fil, prendre du recul sur votre histoire. Ce n’est jamais une perte de temps que d’en prendre à trier vos idées… Il ne faut juste pas que cela devienne une fuite en avant, et un prétexte pour ne pas se lancer ! (en plus, ça rime !)
Pourquoi ordonner ses idées ?
Métaphore de la chambre
http://www.upcoming.nl
Faire une histoire, concrètement, c’est ordonner différentes idées dans un ordre bien spécifique. Sauf que l’esprit est capricieux, et les idées n’arrivent toujours (pas souvent même) dans le bon ordre ! Le problème survient quand vous êtes submerger par vos idées, au point de ne plus vous y retrouver et donc, de ne pas avancer !
La chose à ne pas faire (à mon humble avis), c’est d’écrire au fil de l’eau, espérant que les idées s’arrangent magiquement. Les histoires sont peut-être magique, mais comme dans tout tour de magie qui se respecte, il faut une bonne préparation pour que le tour fonctionne à l’instant T. Donc, pour vous y retrouver, voyez cette histoire comme votre chambre. Elle est personnelle, c’est la vôtre, vous y êtes bien mais, parfois, c’est le bordel. Et prendre le temps de tout ranger, ce n’est pas une perte de temps (j’ai mis des années à le comprendre : gagnez du temps, faites le dès maintenant !). Alors prenez une heure, un jour, une semaine, pour mettre de l’ordre. Vous verrez des choses que vous pensiez indispensables, mais que vous pouvez finalement mettre à la poubelle (ou au recyclage, c’est à dire dans un autre dossier. C’est écolo, et on pourra l’utiliser plus tard !).
Classez les choses en fonction de leur utilité, et de votre attachement. Et en guise de coup de balai symbolique, pour finir, supprimez les dossiers à peine commencés, pas mis à jour depuis trois ans, obsolète. Vous avez grandit, votre histoire aussi, il est tant que ça se voit dans vos écrits.
Comment les classer ?
Faites des fiches ! Des fiches des fiches des fiches ! J’en ai déjà parlé mais : mettre à plat ses idées sur le papier, changer de support, c’est un excellent moyen de les regarder d’un autre œil. Je suggère d’en faire beaucoup en amont, peut-être pas tout planifier (impossible et étouffant) mais au moins vous aurez le canevas nécessaire pour commencer correctement votre histoire. Un peu comme une Mental Map, pour ceux qui savent : vous gardez toutes vos idées à portée de main. Et ces fiches, reprenez les tous les mois, pour les relire et les mettre à jour, et prendre du recul !
Autre solution : le logiciel. Un support comme Scrivener permet d’avoir facilement tous les éléments en main pour arranger l’ensemble. Idem pour Aeon Timeline, j’ai déjà parlé de ces logiciels.
Mais quel ordre de classement ?
Et bien il y a déjà, le classique ordre chronologique pour les évènements, regroupement par personnages pour les bibles du même nom. Je conseille d’éviter le classement alphabétique (même pour les objets imaginés, par exemple), car c’est un classement arbitraire, qui ne vous parle pas.
Ma méthode : pour les évènements de l’histoire, je mets d’un côte le classement chronologie, et d’un autre, si nécessaire le classement narratif, c’est à dire l’ordre dans lequel apparaîtront les éléments dans l’histoire. Utile, quand notre trame se passe sur plusieurs périodes, ou plus simplement si nous devons parler d’éléments antérieurs à l’histoire et qu’on veut, un peu, s’y retrouver !
Et si vous êtes débordé par les idées, ne luttez pas contre ces moulins à vent : posez le stylo, prenez les fiches, et notez, notez tout ce que vous voulez mettre MAIS AUSSI celles que vous avez déjà écrit. Vous y verrez plus claire, et pour les idées à venir, et pour les idées passées. Et parfois, de nouveaux liens utiles apparaîtrons entre le fait et l’à faire !
Les idées en trop.
Comme une cuisine un peu trop généreuse, parfois, il y a du surplus. Il serait alors tentant de vouloir la rentrer au forceps, pour ne pas gâcher cette bonne préparation ! Mais attention à l’écoeurement. Comme une bonne recette, il ne faut pas voir chaque ingrédient de votre histoire comme un élément indépendant. L’important reste comment ils se marient ensemble.
Aussi il faut parfois – à regret, certes, mais quand même – se séparer d’une idée qui ne va pas avec le reste.
Mais ne la jetez pas ! Notez là dans un coin de votre « data base », elle le sera aussi dans un coin de votre tête et reviendra, peut être, sous un autre forme plus tard. Ou sur une autre histoire. Elle sera peut-être la porte d’entrée vers une réflexion totalement nouvelle qui, elle, vous serivra. On ne sait jamais. Par exemple, l’Opale, à la base, n’était pas du tout destinée à Interfeel ! Comme quoi, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises idées. Juste une bonne façon de les utiliser
A bientôt !
Antonin A.
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J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !
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