Parler à un complotiste
Comment échanger lorsque l'information est conflictuelle ?
Comment dialoguer avec un proche qui adhère à des théories du complot, sans rompre le lien ni se braquer ? Je distingue d’abord le doute ponctuel (tonton Gérard qui s’interroge sur les vaccins) de la véritable mentalité complotiste, où le complot devient une grille de lecture par défaut, souvent liée à un sentiment d’incontrôlabilité et à un isolement social. Puis je donne des outils concrets, issus de la psychologie sociale, pour amener l’autre à réfléchir sur le long terme.
Le schéma clé : argument, conviction, croyance
Dans un monde idéal, l’argument est la cause de la conviction. En réalité, c’est l’inverse : la conviction (« la Terre est plate ») précède, et l’argument n’en est que la conséquence. Sous la conviction se cachent une croyance, un contexte social et un biais d’engagement. C’est pour cela qu’un simple fait ne suffit jamais à faire changer d’avis.
Les techniques transmises
- Maintenir le lien : la personne n’est pas que sa croyance, et écouter le raisonnement jusqu’au bout
- Rappeler les valeurs communes : on partage le but (se soigner), on diverge sur le moyen
- Repérer les incohérences avec l’autre, plutôt que contre lui
- Le raisonnement par comparaison : partir d’un domaine où la personne ne croit pas au complot, puis transposer
- Raconter sa propre histoire plutôt que contredire frontalement
- Le principe de charité, l’homme de fer, l’entretien épistémique
- « Vous ne pouvez pas gagner l’échange » : préférer la délibération à la compétition
Le sujet existe aussi en billet de blog et en podcast, chez Debatology.