Lorsqu’on commence l’écriture d’un texte, l’une des premières questions qui de pose est : à quelle personne écrit-on l’histoire ? Première personne ? Troisième personne ? Évitez de tirer à pile ou face, ce choix de personne a un impact fondamental sur le fond, et la forme, de votre histoire.
Troisième personne
Le livre à la troisième personne est le plus courant. Tout comme le temps du passé, vu dans l’article précédent, ce sera le choix par défaut pour beaucoup de livres. Cela dépend aussi beaucoup des styles et des genres. Le polar est souvent à la troisième personne (ou la troisième personne par transfert, voir plus bas), pour offrir du mystère au raisonnement du héros, et permettre des révélations éclatantes à la fin. Les thrillers tendent plus vers la première personne, comme les affectes du héros sont tout aussi important, sinon plus, que le raisonnement mathématique pour trouver le coupable.
Le choix de la troisième personne est le choix par défaut, car il est le plus facile. En effet, dans cette catégorie, trois choix sont possibles (si bien que la distinction 3ieme/1ère personne est artificielle : il faudrait plutôt faire une séparation entre quatre catégories). Voyons donc ces trois choix :
Narrateur omniscient
Dans ce cas, le narrateur prend, sans prétention, la place de Dieu. Il sait tout, les ressentis de chaque personnage. Il avance ses pions, tel un joueur d’échecs géants, dont chaque pièce serait douée de conscience.
Attention : cela ne veut pas dire qu’il faut révéler les intentions de tous les personnages. En plus de tout savoir de tout ses personnages, l’auteur peut décider d’une aridité d’information, pour une question d’équilibre narratifs, de mystère, de suspens.
Quand utiliser ce choix ? Lorsque vous voulez décrire un univers facilement, sans avoir à passer par le prisme d’un narrateur, ce choix est important (Le seigneur des Anneaux en est l’exemple type).
Enfin, l’exemple d’excellence d’omniscience se trouve, selon moi, dans « La vie, mode d’emploi », de Georges Perrec, que je recommande absolument.

Narrateur focalisé sur un personnage
Dans ce cas, le narrateur se focalise sur un personnage, dont on connaît toutes les émotions, et celles des autres ne sont que vu, et ressenti, à travers ce personnage principal.
Prenons un exemple que, je suis sûr, personne ne connait : Harry Potter.

IMPORTANT : il faut noter que ces différents choix ne sont pas hermétique. Il est tout à fait possible de passer de l’un à l’autre. Si nous reprenons l’exemple d’Harry Potter, l’histoire du premier tome commençant avant la naissance d’Harry Potter, il ne peut en être le narrateur principal. La narratrice est donc omnisciente, avant de se concentrer sur Harry Potter, dans le chapitre suivant.
Variation du narrateur focalisé :
Il est tout à fait possible de se concentrer sur plusieurs personnages, alternativement. Attention, cela ne transforme pas le narrateur en omniscient, puisqu’à chaque fois, il ne se concentre que sur un personnage. Pour rester sur l’exemple d’Harry Potter, c’est généralement le cas lors des premiers chapitres des romans, avant que l’action ne reprenne sur Harry Potter.
D’autres exemples d’alternance de narrateur sont encore plus flagrants : à chaque chapitre, nous changeons de personnage. Le Fille du Train, de Paula Hawkins, joue sur cette dualité de protagonistes.

Et nous retrouvons également la trilogie de Vernon Subutex, dont j’ai parlé déjà la semaine dernière, où chaque chapitre se focalise sur un personnage différent, et sur ses propres perceptions.

C’est d’ailleurs aussi le cas d’Interfeel, même si beaucoup de chapitres sont tout de même centrés sur Nathan.
Narrateur externe
Cette fois, le narrateur ne se mêle de rien. Il se contente de décrire les faits, gestes et paroles des personnages. Cette démarche, qui peut sembler arride aux premiers abords, est intéressantes pour les polars, type « Dix petits nègres ».

L’intérêt de ce choix est surtout dans les polars, car il permet de préserver une part de mystère intrinsèque au personnage : même le lecteur ne peut savoir qui est le coupable, puisqu’on ne sait rien de leurs intentions.
Il est important de noter que ces trois points de vue différents ne sont pas imperméables. Très souvent, d’ailleurs, l’auteur va changer de narrateur au fil de ses envies, ce qui généralement ne pose pas de souci pour le lecteur. Rien n’empêche, par exemple, une histoire commençant par une description objective de la ville (narrateur externe), puis on remonte l’histoire de cette ville (narrateur omniscient), enfin l’histoire commence et l’on se focalise sur un seul personnage (narrateur personnel).
Cette porosité, bien avantageuse pour développer son récit, ne se rertouve pas dans la narration à la première personne que nous allons voir désormais.
A la première personne
Un texte à la première personne ressemble au narrateur personnalisé que nous avons vu plus tôt (à la troisième personne), sauf que les perceptions du héros sont intériorisé. Tout passe par le prisme de la première personne. Il est impossible de faire un écart, de devenir un narrateur omniscient le temps de quelques lignes, pour décrire ce qu’il se passe dans la pièce d’à côté. C’est donc un choix très restrictif. Pourtant, le type de narration à la première personne ne manque pas d’intérêts. Nous verrons cela la semaine prochaine.
Quelques utilisations particulières de la première personne.
La troisième personne par transfert
Le narrateur n’est que le témoin du personnage principal. En ce sens, l’histoire est un peu un mixte de première personne (car il y a un narrateur) et de troisième personne : car le personnage principal est écrit à la troisième personne.
Cela peut être utilisé pour préserver le mystère du personnage principal. C’est d’ailleurs le seul moyen : à la troisième personne, on ne pourrait que parler de lui, à la première personne, la notion de mystère disparaît.
Cela est très présent dans les livres policiers, avec bien sûr Sherlock Holmes, personnage principal des histoires, pourtant racontées par le doctor Watson.

Mais plus récemment, l’amie prodigieuse d’Helena Ferrante emprune le même chemin. Même si la narratrice est importante, l’admiration qu’elle voue à son amie en fait le personnage principale, et permet d’ajouter une dose de mystère à cette femme.

Plusieurs narrateurs à la première personne
Le livre « La Horde du Contrevent » offre une autre utilisation intéressante du narrateur à la première personne : il y a autant de narrateur à la première personne que de personnages horde du contrevent : il y a autant de narrateur que de personnes (et il y en a 23). Intérêt : cette multiplicité de points de vue densifie l’univers, en y apportant 23 interprétations différentes. Problème : cette pluralité de narrateur peut être un peu confu.

Enfin, même si nous n’en parlerons que peu ici dans cet article, mais sachez qu’il existe également ce qu’on appelle le « narrateur incertain ». Ce qui signifie que le lecteur ne peut pas se fier au narrateur, et aux informations qu’il propose. L’exemple le plus frappant se trouve dans le livre « Le Meurtre de Roger Ackroyd », une aventure d’Hercule Poitot d’Agatha Christie. Je ne vous ferais aucune révélation supplémentaire, mais vous conseille de lire ce livre qui, oui, est écrit à la première personne, et offre une belle utilisation des informations lacunaires que peut révéler un narrateur interne !

Nous avons vu aujourd’hui les différentes possibilités de narration. La semaine prochaine, nous reprendrons là où nous nous sommes arrêtés, et nous verrons les intérêts et les inconvenients de ces différentes choix narratifs !
Je vous dis donc :

Je vous dis donc :
A vendredi prochain !
Antonin A.
PS : si vous avez des suggestions d’articles, n’hésitez pas, il me reste des créneaux !
—-
J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !
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Histoire d’écrire #34 Comment faire quand on doit écrire, mais qu’on ne veut pas écrire ?
Parfois, la contrainte dépasse l’envie. Parfois, il faut écrire mais, bon sang, l’envie est loin, loin.
Alors comment faire ? Et bien, la première question élémentaire est :
Dois je vraiment l’ecrire ?
Et oui ! Au final ce texte, cet article, est-il vraiment indispensable ? On a déjà tellement de contrainte dans la vie, pas besoin d’en rajouter :).
Si la réponse à la question précédente est « non », fermez votre ordinateur, écrivez quelque chose d’autre, regardez une série, ce que vous voulez ! Si la réponse est oui, et bien, la suite de cet article est pour vous :
Pourquoi n’ai-je pas envie ?
Est ce un manque d’objectif ? Une fatigue ? Je vous renvoie un cet article si vous cherchez la motivation. N’oubliez pas qu’écrire, ça fatigue. Vous prendriez soin de votre sommeil si vous dormiez tous les jours, non ? Pareil pour l’écriture. Dormez, reposez vous, mangez équilibré, fruits et légumes frais, etc.
Parfois, vous avez trop écrit avant, donc écrire maintenant, non, vous saturez. Faites un break.
Mais parfois, l’envie n’est tous simplement pas là. Et il faut écrire, et créer. Comment être créatif sans l’envie ?
C’est compliqué ! Mais…
Voici quelques astuces qui peuvent vous faire retrouver votre intérêt.
Trompez l’ennui par de nouvelles formes de créativités.
Vous pouvez trouver la créativité dans les formes d’écriture les plus routinières.
Vous devez rendre un rapport, ce qui n’enchante pas trop votre fibre d’artiste ? Et si vous vous fixiez pour objetif de n’écriture que neuf mots par phrase, pas un de plus, pas un de moins ? L’intérêt de prendre un travail sous cet angle, c’est que le fond, qu’on estime que vous maîtrisez, s’efface pour la forme, où la contrainte, pour reprendre les grands principes du mouvement Oulipo, génère la créativité. L’autre intérêt d’un tel challenge, c’est qu’il est relativement invisible à la première vue et donc, les récipiendaires de ce rapport, ne devrait voir que le beau texte que vous avez pondu. En plus, il y a toujours un petit plaisir de voir dans un écrit que vous venez de rendre une signature, une personnalisation, invisible aux autres !
Petit exemple personnel : il y a quelques années, j’ai rédigé une lettre de motivation que je n’avais, justement, aucune motivation à écrire. Je le suis amusé à l’écrire en Alexandrin. Douze pieds, des rimes plus ou moins riches. Je n’ai pas eu de réponse mais, au moins, je me suis bien amusé 🙂 – et je ne pense pas que ce soit à cause de mon challenge !
Démarrez !
Généralement c’est démarrer qui est dur. Telle une eau trop froide à laquelle on s’habitue une fois dedans, parfois, c’est le premier pied, le premier mot, qui pose soucis. Lancez vous ! Qui sait, vous pourrez trouver, sans même le savoir, de l’intérêt au final pour ce texte à l’apparence hermétique.
Changer sa manière de voir le texte.
Parfois, pour trouver la motivation – ou du moins, réduire la non motivation -, il est important de trouver une autre perspective pour appréhender son travail. De même, changer sa manière d’écrire (commencez par le début, jusqu’à la fin).
Écrivez de manière inconsciente.
Ecrivez le texte sans réfléchir. Oui. Bien sûr, il y a aura des coquilles, des fautes. Pas grave. L’important, et de ne pas subir la contrainte du texte. Par la suite, revenez sur ce qui est votre matière première, et peaufinez là, tel un sculpteur méticuleux. Sans réfléchir. Ensuite relisez, et peaufinez. Cette manière de voir votre travail, plus originale, vous semblera plus distrayante.
Ecrivez à l’envers.
C’est la méthode que j’utilise pour la relecture (qui, je l’admets, m’insupporte). Si vous avez plus de temps que de motivation, commencez par le dernier paragraphe. Puis remontez, jusqu’au début. Plus long, plus compliqué, mais peut être plus intéressant. De plus, cela vous permettra d’exercer votre capacité rédactionnelle, et votre manière de saisir un texte dans votre ensemble. En sommes, il sera possible d’utiliser ce texte rébarbatif comme entraînement utile pour la suite.
N’écrivez que les passages qui vous plaisent, vous reviendrez sur les transitions ensuite.
Je vous ai déjà parlé de cette méthode pour retrouver la motivation lors de l’écriture de la fiction. C’est, en outre, très utile pour déterminer les éléments clés de votre histoire. Vous pouvez bien sûr l’utiliser pour rendre une rédaction plus aisée. Commencez par l’essentiel. Puis revenez sur le moins important. Encore une fois, vous regarderez l’ensemble de votre travail d’un oeil neuf.
La méthode de dernier recours.
Dernière méthode, que j’utilise parfois, mais que je recommande d’utiliser avec parcimonie : le focus. Oubliez tout. Isolez vous complètement du monde extérieur, et avancer. Rien d’autre ne doit exister que cet objectif. Imaginez vous perdu en forêt. Fatigue ou pas, il faut avancer pour s’en sortir. Dans ces conditions « extrême », la notion même de motivation importe peu, car elle ne nous aide pas à avancer. C’est un peu ce qu’utilise l’étudient travaillant la veille d’un rendu ! Peu important la motivation, il faut finir !
Avantage indéniable de cette technique : vous avancez !
Inconvénient majeure : cette méthode vous use, et déteriore, sur le long terme, la motivation et le plaisir d’écrire. A utiliser donc avec parcimonie, et non pas tous les 4 heures du matin la veille d’un rendu !
J’espère que ces conseils d’écriture vous ont plu ! La semaine prochaine, nous verrons l’une des premières questions posées par l’un d’entre vous : à quel temps écrire ? Présent ? Passé ? Futur ? (peu probable !). A bientôt !
Antonin A.
—-
J’espère que ce conseil d’écriture vous a plu !
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